Face aux tensions budgétaires des collectivités, à la crise du logement et au vieillissement de la population, la Banque des Territoires entend renforcer son rôle auprès des acteurs locaux. À l’occasion du Printemps des Territoires, Gisèle Rossat-Mignod, directrice du réseau de la Banque des Territoires, revendique une action à la fois immédiate et structurante : accompagner les besoins urgents tout en préparant les territoires aux transitions de demain. Pour Outremers360, elle revient sur les priorités de l’institution, du logement à la santé, en passant par le vieillissement, l’intelligence artificielle et l’accompagnement des territoires ultramarins.
Accompagner les transformations locales
Face aux besoins croissants des collectivités, la Banque des Territoires entend mobiliser une palette d’outils financiers adaptée aux réalités locales : « On ne peut pas que réparer, on doit aussi impulser pour préparer l’avenir », résume Gisèle Rossat-Mignod.
Concrètement, l’institution intervient à travers trois leviers complémentaires. D’abord, les crédits d’ingénierie, sous forme de subventions destinées à accompagner les collectivités ou acteurs territoriaux dans la conception de leurs projets. L’objectif est d’aider à structurer une stratégie, évaluer la faisabilité d’une opération ou encore faire émerger un projet. « On finance quelque part un moyen d’aider à la décision », explique la directrice du réseau.
Deuxième levier : les prêts de long terme, mobilisés notamment pour financer des projets d’intérêt général ou de grandes infrastructures. « Il y a des projets très structurants, mais aussi très coûteux. L’apport de la Banque des Territoires, avec notamment des prêts sur le long terme, permet de rendre soutenable le financement de ces projets », souligne-t-elle. Ces investissements sont souvent lourds pour les collectivités, notamment dans le logement, les équipements publics ou les infrastructures structurantes.
Enfin, la Banque des Territoires peut intervenir en investissement via les fonds propres de la Caisse des dépôts et consignations. Contrairement à un prêt remboursable selon un échéancier défini, ce mécanisme consiste à participer directement au financement d’un projet avec une logique de long terme. « Comme tout investisseur, nous attendons une rentabilité variable en fonction des projets », précise Gisèle Rossat-Mignod, insistant sur une logique d’intérêt général avant tout. « L’idée est d’accompagner la transformation des territoires et surtout d’avoir un impact réel sur le quotidien des populations », insiste-t-elle.
Dans les territoires ultramarins, cette stratégie s’est traduite par une montée en puissance des financements. En 2025, la Banque des Territoires a accordé 850 millions d’euros de prêts de long terme, soit 30 % de plus qu’en 2024, ainsi que 18 millions d’euros d’investissements en fonds propres, en hausse de 5 %. Pour Gisèle Rossat-Mignod, cette progression traduit une volonté claire : « Il faut que nous prenions notre place dans les territoires ultramarins. »
Logement : du logement social mais aussi du logement pour les étudiants
« Le logement est une priorité dans tous les territoires », insiste Gisèle Rossat-Mignod. Il demeure en effet l’un des principaux axes d’intervention de la Banque des Territoires, dans un contexte de forte tension immobilière et de besoins croissants en logements abordables.
Au-delà du logement social, l’institution renforce aussi son action en faveur du logement étudiant, confronté à une demande grandissante dans de nombreux territoires. « Dans les territoires ultramarins, la pression sur le logement reste particulièrement forte. Le groupe CDC Habitat, filiale de la Caisse des Dépôts, y occupe une place centrale : au 1er janvier 2025, il représentait 55 % du parc de logements sociaux », souligne Gisèle Rossat-Mignod.
« En 2026, on met vraiment l’accent sur la réalisation de logements étudiants », explique la directrice du réseau, évoquant notamment un projet mené à La Réunion, où 300 logements doivent être construits à proximité immédiate du campus de Saint-Denis, dans le cadre d’un partenariat avec le Crous et plusieurs acteurs locaux.
Pour Gisèle Rossat-Mignod, cet enjeu dépasse la seule réponse immobilière et touche plus largement à l’attractivité des territoires et aux conditions de vie des jeunes.
Vieillissement des populations : un enjeu de société
« L’accompagnement du vieillissement, c’est une question de société », insiste Gisèle Rossat-Mignod auxquels certains territoires sont plus massivement comme la Martinique, qu’elle présente comme le département au vieillissement le plus marqué. L’enjeu, selon elle, est de permettre aux personnes âgées de rester le plus longtemps possible à domicile, tout en adaptant les solutions de logement lorsque cela devient nécessaire.
Dans cette perspective, la Banque des Territoires accompagne notamment l’adaptation du parc de logements sociaux au vieillissement, tout en soutenant progressivement des acteurs de la « silver économie », qu’il s’agisse de domotique, d’assistance à domicile ou de nouvelles formes d’habitat intermédiaire.
L’intelligence artificielle, un nouvel outil pour les collectivités
Avec le programme Territoires d’IA, lancé lors du Printemps des Territoires, la Banque des Territoires souhaite désormais accompagner les collectivités dans leurs usages de l’intelligence artificielle. Mais au-delà de la technologie, Gisèle Rossat-Mignod insiste sur un enjeu plus large : la souveraineté numérique. « On ne parle pas simplement de l’usage de l’intelligence artificielle, mais aussi de savoir où sont les données, où elles sont stockées, comment on les utilise », explique-t-elle.
La Banque des Territoires veut aider les collectivités à développer des cas d’usage concrets et reproductibles, dans un cadre maîtrisé et sécurisé. « L’objet, c’est d’aider les collectivités à s’approprier les outils d’IA de façon souveraine », souligne-t-elle, évoquant notamment le recours à des technologies européennes.
Pour l’heure, l’expérimentation débute avec quelques grandes collectivités métropolitaines, avant une extension plus large.
Les Outre-mer, un engagement intégré à l’action territoriale
Dans cette stratégie territoriale, les Outre-mer occupent une place croissante. La Banque des Territoires y renforce ses interventions autour des priorités nationales : logement, santé, résilience ou infrastructures. « Nous sommes vraiment convaincus que la place de la Banque des Territoires est aussi en Outre-mer, tout comme elle l’est dans les territoires hexagonaux », souligne Gisèle Rossat-Mignod.
En 2025, la Banque des Territoires dit avoir renforcé ses interventions ultramarines, notamment sur le logement, les infrastructures, la résilience climatique et la santé.
À Mayotte, l’institution participe à la reconstruction après le cyclone Chido avec une enveloppe de 500 millions d’euros de prêts de long terme. En Guadeloupe, elle accompagne notamment un projet de centre de dialyse aux Abymes. À La Réunion, le logement étudiant fait partie des priorités.
Mais la directrice du réseau refuse une approche cloisonnée. « Le logement, la résilience, la santé, ce sont des priorités dans tous les territoires », rappelle-t-elle.
Construire une vision d’avenir
Gisèle Rossat-Mignod revendique une action publique à double temporalité : répondre aux urgences tout en préparant les grandes transitions. « Il y a des déclinaisons opérationnelles pour répondre aux besoins de la population, le logement, l’accès à l’eau, la mobilité, c’est maintenant, c’est tout de suite et ça ne peut pas attendre », dit-elle.
Mais selon Gisèle Rossat-Mignod, il faut aussi, « construire une vision d’avenir pour redonner de l’espoir, mais un espoir concret ».
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