Tourisme aux Antilles : Enguerrand Fabre, directeur du groupe GFD renforce son pari sur la formation et ouvre un nouveau campus Vatel en Guadeloupe

Tourisme aux Antilles : Enguerrand Fabre, directeur du groupe GFD renforce son pari sur la formation et ouvre un nouveau campus Vatel en Guadeloupe

Après la Martinique, le groupe GFD ouvre une nouvelle école hôtelière Vatel en Guadeloupe dès septembre. Pour Enguerrand Fabre, directeur du groupe GFD et de Karibea Hôtels & Résidences, l’ambition dépasse la seule formation : accompagner la montée en gamme du tourisme antillais tout en formant localement les futurs managers du secteur. À quelques jours de la Convention internationale Vatel, organisée à Nantes du 20 au 24 mai et réunissant une centaine de directeurs d’écoles hôtelières du monde entier, le dirigeant revient sur les défis du tourisme antillais, le pari de la formation locale et sa vision d’une filière plus professionnalisée.

Former localement pour structurer le tourisme de demain

Présente dans le tourisme antillais depuis les années 1990, la famille Fabre a progressivement fait du groupe GFD un acteur de l’hôtellerie régionale, notamment à travers les établissements Karibea Hôtels & Résidences implantés en Martinique et en Guadeloupe. Pour Enguerrand Fabre, le développement du secteur ne peut toutefois plus reposer uniquement sur les infrastructures ou l’offre d’hébergement. Dans des territoires où les profils qualifiés restent difficiles à recruter, l’enjeu consiste désormais à former sur place les futurs cadres et managers du tourisme.

« On a la conviction que si la Martinique et la Guadeloupe veulent devenir des pôles d’excellence touristique, une partie de la qualité passe par le service », résume le directeur du groupe GFD.

C’est dans cette logique qu’un nouveau campus Vatel ouvrira ses portes à Jarry, en Guadeloupe le 11 juin prochain pour une première rentrée en septembre. Déjà implantée en Martinique depuis 2020, le campus guadeloupéen spécialisé dans le management hôtelier et touristique doit accueillir une vingtaine d’étudiants en première année de licence et une quinzaine en master. Pour Enguerrand Fabre, l’ambition dépasse la seule création d’un centre de formation : il s’agit de permettre aux jeunes Antillais de construire une carrière dans l’hôtellerie et le tourisme sans nécessairement quitter leur territoire, tout en les ouvrant aux exigences du secteur à l’échelle mondiale.

Le pari Vatel en Guadeloupe

C’est dans ce contexte qu’est née l’idée d’implanter un campus de Vatel aux Antilles. Loin d’une logique d'école locale, Enguerrand Fabre explique avoir cherché un partenaire capable d’apporter une reconnaissance internationale et une expertise déjà validée par les professionnels de l’hôtellerie. Le choix s’est porté sur Vatel, groupe de formation spécialisé dans le management hôtelier et touristique, dont le siège est installé à Lyon. Fondé en 1981, le réseau est aujourd’hui présent dans une trentaine de pays à travers une cinquantaine de campus et forme près de 9 000 étudiants dans le monde. Une dimension internationale qui a pesé dans la décision du groupe GFD.

« Il ne s’agissait pas de créer une petite école de plus. Nous voulions une formation reconnue, avec un vrai savoir-faire et une marque identifiée par les hôteliers », explique-t-il.

Le premier campus ouvre ainsi en Martinique en 2020, malgré un lancement perturbé par la pandémie. Cinq promotions y ont déjà été accueillies, avec environ quinze à vingt étudiants par promotion bachelor et master. Aujourd’hui, le campus martiniquais compte près de 80 étudiants, répartis entre les différents niveaux de formation. Pour le dirigeant, les premiers résultats sont encourageants. Les diplômés commencent à intégrer des établissements hôteliers, restaurants et structures touristiques du territoire, tandis que d’autres poursuivent des expériences à l’international.

Au-delà du dossier scolaire, la motivation reste le premier critère de sélection bien avant les résultats académiques : « On regarde avant tout le potentiel et le projet du jeune », explique Enguerrand Fabre. Chaque candidat est reçu par un jury d’admission composé de plusieurs personnes, avec l’ambition d’évaluer moins le niveau immédiat que la trajectoire possible. « L’idée est de se demander où ce jeune peut être dans dix ans », résume le dirigeant.

Adapter le rythme de l’alternance au calendrier du secteur touristique

Certifié Qualiopi, le centre de formation propose un rythme d’alternance pensé pour répondre aux contraintes calendaires du secteur hôtelier. Les étudiants suivent d’abord une période de formation théorique à partir de septembre, avant d’intégrer durablement une entreprise pendant plusieurs mois. Un calendrier conçu pour répondre aux besoins opérationnels des professionnels du tourisme, souvent confrontés à des tensions de recrutement.

« Un jeune qui ferait des allers-retours permanents entre école et entreprise ne serait pas adapté à nos réalités », explique Enguerrand Fabre. Le modèle privilégie ainsi des immersions longues, permettant aux étudiants de s’intégrer pleinement aux équipes et aux employeurs de miser sur des profils formés sur la durée. Une organisation qui facilite également l’ouverture à davantage de partenaires professionnels.

Monter en gamme

Derrière l’ouverture de Vatel Guadeloupe, c’est une vision plus large du tourisme antillais qui se dessine. Pour Enguerrand Fabre, le principal défi reste celui de la qualification des talents locaux.

Dans les Antilles françaises, le recrutement de cadres formés dans l’hôtellerie demeure complexe. Attirer des profils venus de l’Hexagone ou de l’international se heurte souvent à des difficultés d’adaptation ou de mobilité. D’où la stratégie assumée de former sur place. « Notre idée, c’est de donner aux jeunes du territoire les moyens de réussir ici, tout en leur permettant d’acquérir une expérience ailleurs », explique le directeur du groupe GFD.

Les stages à l’étranger occupent ainsi une place centrale dans le parcours des étudiants. Monaco, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et d’autres établissements internationaux accueillent régulièrement des jeunes formés aux Antilles. Un passage jugé nécessaire pour se confronter aux standards les plus élevés de l’hôtellerie. « Quand un étudiant revient après avoir travaillé dans un grand établissement, il revient avec des méthodes, un regard différent, une autre exigence du service », estime Enguerrand Fabre. Selon lui, cette circulation des compétences doit contribuer progressivement à élever les standards du tourisme local.

Car la montée en gamme ne se limite pas aux ressources humaines. Le dirigeant insiste aussi sur la nécessité d’investir dans les infrastructures hôtelières et touristiques.

« Former des jeunes à un haut niveau est indispensable, mais encore faut-il qu’ils puissent ensuite travailler dans des établissements capables de répondre à ces standards », prévient-il. Hôtels rénovés, investissements lourds, amélioration des services… autant de leviers qui nécessitent, selon lui, des financements et un accompagnement public plus structuré.

L’autre défi majeur reste celui de la connectivité aérienne, facteur déterminant pour des économies insulaires dépendantes du tourisme. Contrairement aux destinations continentales, les Antilles restent tributaires des capacités aériennes et des fluctuations internationales.

« Le tourisme est un moteur économique majeur mais il faut un vrai plan, une stratégie de développement avec une mise en œuvre opérationnelle », plaide-t-il, appelant à une meilleure coordination entre les collectivités et les acteurs économiques et professionnels du secteur.

Aujourd’hui, le tourisme représenterait entre 8 % et 9 % du PIB en Martinique et en Guadeloupe. Un poids économique déjà significatif, qu'Enguerrand Fabre estime pourtant encore sous-exploité au regard du potentiel touristique des territoires et de l’émergence d’une nouvelle génération de managers formés localement.