Portrait. De Papeete, à Paris en passant par Montréal, Philippine Dunan, cheffe de cabinet au Medef, maîtrise l’art de créer des ponts

© Romuald Meigneux

Portrait. De Papeete, à Paris en passant par Montréal, Philippine Dunan, cheffe de cabinet au Medef, maîtrise l’art de créer des ponts

À 35 ans, Philippine Dunan a fait de son double ancrage ultramarin une force. Née à Tahiti de parents saint-pierrais, passée par Montréal puis l’Assemblée nationale auprès de la députée polynésienne Maina Sage, elle rejoint le Medef, en tant que cheffe de cabinet du président Geoffroy Roux de Bézieux et aujourd’hui de Patrick Martin. Forte de ses racines et de son expérience, elle incarne une conviction : les Outre-mer ne sont pas seulement des territoires confrontés aux défis, mais aussi des espaces de solutions. Pour Outremers360, elle revient sur son parcours, son poste au Medef et son engagement profond pour les Outre-mer.

 

Une autre manière de regarder la France

Elle le dit avec franchise : venir des Outre-mer forge un regard particulier sur la France. Un regard parfois distancié, souvent plus ouvert. « Parce qu’on est sur des territoires insulaires, on a un regard extérieur sur la France hexagonale », explique Philippine Dunan. « On peut se sentir isolés et pour autant, comme tous les ultramarins, je pense qu’on a cette chance de devoir s’ouvrir beaucoup plus. »

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Cette ouverture, elle la relie directement à son parcours qui tient de la géographie autant que du destin. Après avoir grandi à Papeete, Philippine Dunan pose ses valises à Paris pour entamer des études d'histoire-géographie, avant de réaliser que sa vocation est ailleurs. Elle envisage d'abord le journalisme, ses deux parents travaillent dans ce milieu, puis la science politique s'impose à elle comme une évidence, sa mère étant spécialisée dans la politique locale. Sauf que la communication politique, spécialité qu'elle vise, n'existe pas au niveau licence en France. C'est une amie tahitienne, de passage dans la capitale, qui va changer le cours des choses. « Elle m'a dit : ce que tu fais n'a pas l'air de correspondre. Viens à Montréal, tu vas voir, c'est incroyable. »

Direction le Québec. Philippine Dunan y restera cinq ans, obtenant un master en sciences politiques et communication à l'UDEMd. Une expérience nord-américaine qui lui offre une troisième grille de lecture : « J'ai réussi à tirer mon épingle du jeu en ayant une vision différente de la France. »

L’école du terrain et de la pédagogie politique

En tant que collaboratrice parlementaire de la députée polynésienne Maina Sage, Philippine Dunan découvre les rouages du travail parlementaire et une mission aussi politique que pédagogique : faire comprendre les réalités ultramarines au cœur de la machine institutionnelle parisienne. « Il y a beaucoup de méconnaissance de nos différences statutaires et du partage des compétences qui en découle au quotidien », explique-t-elle. « Les besoins des Polynésiens ne sont pas les mêmes que ceux des habitants des DROM. C’était important d’expliquer nos différences statutaires et notre partage des compétences. »

Au fil des dossiers, elle développe ce qu’elle appelle le « réflexe Outre-mer », partagé par de nombreux collaborateurs et élus ultramarins, au-delà des appartenances politiques. Ensemble, ils font bloc et prennent le temps de relire chaque politique publique à l’aune des réalités territoriales : « On avait tous, à notre façon, quelle que soit la commission dans laquelle on travaillait, le réflexe Outre-mer : prendre chaque texte et s’assurer que les Outre-mer y avaient été mentionnés. »

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Plus encore qu’une méthode de travail, elle retient de cette expérience une conviction : une politique nationale ne peut être efficace qu’à condition d’être pensée au plus près du terrain. Une conviction forgée notamment sur les enjeux environnementaux, au cœur des combats de la députée polynésienne : « Quand on est né dans les îles, on est les premiers à voir les changements qui s’exercent sur notre environnement », souligne-t-elle.

Une conviction se profile alors progressivement : participer à déplacer le regard sur les Outre-mer. Non comme des territoires seulement confrontés aux fragilités climatiques ou à l’isolement, mais comme des espaces d’innovation et d’expérimentation : « Nos territoires ont eux aussi des solutions. Il faut les écouter. » Sur les sujets liés à la montée des eaux et l’érosion du trait de côte, elle affirme : « Je pense sincèrement que nos territoires sont une solution. Ce sont des territoires d’expérimentation, souvent en avant-poste sur ces sujets, et cela se voit très clairement. »

Car les réalités ultramarines imposent souvent des réponses différenciées. « Quand on parle de passoires thermiques à Tahiti, évidemment que les compatriotes de Saint-Pierre-et-Miquelon n’ont pas les mêmes enjeux », observe-t-elle, rappelant qu’une politique publique ne peut être uniforme sur des territoires aux réalités si contrastées.

Cette expérience parlementaire confirme aussi un intérêt plus ancien, celui de la communication politique territoriale et la relation directe avec les citoyens : « J’ai toujours été très attirée par la politique territoriale et la façon de communiquer avec les administrés. »

Un fil rouge qui guide encore aujourd’hui son parcours. Les Outre-mer ne demandent pas seulement à être entendus, mais véritablement compris.

 

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Au Medef : écouter les entreprises comme on écoute les territoires

Quand elle rejoint le Medef, Philippine Dunan change d’univers sans vraiment changer de méthode. La politique laisse place au monde économique, mais le principe reste le même : aller sur le terrain et écouter.

Cheffe de cabinet des présidents Geoffroy Roux de Bézieux et Patrick Martin, elle accompagne leurs déplacements au plus près des entreprises de France : « Le travail du président du Medef, c’est d’aller au contact », explique-t-elle. « On est une structure qui travaille depuis le terrain, qui prend les ambitions, les inquiétudes et les projets des chefs d’entreprise. »

Là encore, l’expérience ultramarine nourrit sa lecture du pays. Elle observe des parallèles entre certains territoires ruraux hexagonaux et les problématiques insulaires : « En Lozère ou en Auvergne, il y a aussi des problématiques d’enclavement, de logement. Comme en Guyane ou dans certains territoires ultramarins, on retrouve des préoccupations similaires. »

Au Medef, Philippine Dunan revendique un rôle d’intermédiaire : « Je suis quelqu’un qui aime créer des ponts, permettre aux gens de s’entendre, de s’écouter et de trouver des voies de passage pour qu’il y ait du dialogue. » Une attention qu’elle dit aussi porter aux enjeux ultramarins dans ses fonctions actuelles. « Je pense que j’ai la chance de porter la voix des entreprises ultramarines et je le défends fermement au quotidien. Je suis vraiment une oreille attentive de nos Outre-mer dans la structure pour laquelle je travaille. »

Cet été, Patrick Martin se rendra notamment aux Antilles, en Guadeloupe, à Saint-Martin et en Martinique, accompagné de Bruno Arcadipane, également coprésident du comité Outre-mer du Medef. Le Medef sera également mobilisé autour du B7, le sommet international du patronat organisé cette année par la France, où seront abordés les grands enjeux économiques mondiaux, le commerce international, la transition écologique et le numérique.

Le MEDEF compte également porter haut la voix des entrepreneurs durant la campagne présidentielle à venir en organisant notamment des forums régionaux à travers toute la France, et ainsi faire que l'entreprise pèse davantage dans le débat public. Pour se faire l'organisation a lancé une grande concertation nationale afin de recueillir la parole des chefs d'entreprise hexagonaux et ultramarins accessible ici : Sondage.

© Sébastien Toubon 

« On est déjà excellents parce qu’on vient d’Outre-mer »

À 35 ans, Philippine Dunan revendique volontiers la richesse de son double ancrage : « Je pense avoir cette chance d’avoir plusieurs cartes en main. Avec cette double culture, ultramarine et hexagonale, j’ai appris à regarder les choses sous différents angles. »

Pour autant, elle n’ignore rien des difficultés que représente souvent le départ pour les jeunes ultramarins : « Je sais que c’est difficile de quitter son territoire pour partir faire ses études. Pourtant, on découvre énormément et surtout on a tout à donner. »

Une conviction qu’elle résume en quelques mots, comme un écho à son propre parcours : « Quand on arrive quelque part, on devient ambassadeur de nos territoires. C’est à nous de mettre nos territoires sur la carte, quelle que soit la voie qu’on emprunte. On est déjà excellents parce qu’on vient des Outre-mer, autant leur montrer ce qu’on a sous le pied. »