Tout l’été, Outremers360 donne la parole aux directeurs et directrices des centres hospitaliers ultramarins. Pour ce premier épisode, Lionnel Calange, directeur du Centre hospitalier universitaire de La Réunion revient sur les nombreux projets portés par l’établissement : un futur bâtiment dédié à la santé des femmes et des enfants, un hôpital de jour pour les patients souffrant de diabète, un centre régional de formation et de simulation en santé… Malgré un plan de retour à l’équilibre lancé en 2025, le CHU poursuit son développement. « Il ne faut pas opposer les sujets financiers et les projets en santé », estime le directeur dont l’objectif est de renforcer l’autonomie sanitaire de l’île.
De Wallis-et-Futuna à Mayotte en passant par la Guadeloupe, les hôpitaux ultramarins ont une importance capitale dans chacun des territoires. Malgré des difficultés liées à l’isolement géographique, à l’insularité, aux conditions météorologiques, aux différentes maladies ou au manque de personnel, ils tiennent bon, innovent et se développent.
Cet été, Outremers360 a choisi de mettre en lumière le travail de ces établissements de santé répartis aux quatre coins du monde. Spécificités en matière de soins, maladies présentes sur les territoires, événements marquants de 2026, projets à venir… On donne la parole aux directeurs et directrices des centres hospitaliers dans tous les territoires ultramarins.
Épisode 1 à La Réunion : Lionel Calange, directeur du Centre hospitalier de La Réunion depuis le 23 mai 2016.
Marion Durand : Le Centre hospitalier universitaire de La Réunion compte 8 000 professionnels et 150 métiers au service de la santé. C’est une grosse machine à faire tourner. Comment se porte l’hôpital réunionnais en ce début d’été ?
Lionel Calange : Le CHU de La Réunion est un centre hospitalier universitaire plutôt récent qui fait partie du groupement hospitalier du territoire. Au niveau national, c’est un des CHU les plus attractifs. Depuis l’épidémie de la Covid-19, sur les 33 CHU en France, on est dans le trio de tête des centres hospitaliers universitaires les plus dynamiques en termes d’évolution de l’activité et des recettes. Je pense que notre hôpital est un objet de fierté pour la population réunionnaise.
Quels sont les enjeux du CHU ?
D’un côté, le CHU doit rattraper une offre de soin en retard par rapport à l’Hexagone tout en faisant face à diverses contraintes physiques ou géographiques. Nous continuons à soutenir Mayotte, avec de plus en plus de transferts de Mahorais vers notre île. On réalise environ 2 000 évacuations sanitaires de Mayotte à La Réunion chaque année. Nous mettons en œuvre des initiatives diverses pour soutenir nos soignants et nos équipes mais nous devons aussi mener un plan de retour à l’équilibre pour retrouver une stabilité financière pour l’hôpital.
Qu’implique ce plan de retour à l’équilibre de 54 millions d’euros ?
Ces économies de 54 millions s’étalent sur trois ans, le plan de retour à l’équilibre a démarré en 2025 et ira jusqu’à fin 2028. Nos premiers résultats montrent que le déficit, qui s’élevait à 69,1 millions d’euros, a été réduit à 30 millions entre 2024-2025. C’est un très bel effort de maîtrise. Les recettes ont augmenté de 5 % durant cette période grâce notamment à l’activité de la chirurgie obstétrique. Mais nous ne sommes pas sortis de la zone rouge, il nous reste un déficit 40 millions. On vise un horizon 2028 pour en sortir. Je tiens à remercier toute la communauté hospitalière car c’est un travail collectif.
Les syndicats dénoncent une dégradation des conditions de travail du personnel liée à la situation financière. Que leur répondez-vous ?
On est sur un dialogue social très constant et constructif avec les syndicats représentatifs du personnel. On a réduit l’absentéisme de 12 % en seulement une année, entre 2024 et 2025, ce qui fait du CHU de La Réunion l’un des établissements français ayant diminué le plus son taux d’absentéisme. Cela a été permis par un plan d’amélioration des conditions de travail et de réduction de l’absentéisme, doté d’1,2 million d’euros.
Ce n’est pas un plan de retour à l’équilibre qui se fait au détriment du personnel. Nous menons tout un travail de consolidation des équipes, d’achats de matériel, d’outils, de formation. Nous avons continué à recruter, on titularise une cinquantaine de médecins par an et nous avons créé 32 postes de personnel non médical entre 2024 et 2025.
On a encore 305 professionnels contractuels sur des postes vacants depuis plus de cinq ans, notre objectif est de leur trouver un poste pérenne d’ici 2028.
Les amoureux de la randonnée viennent à La Réunion pour se confronter aux pentes du Piton des Neiges et du Piton de la Fournaise. Cette période estivale avec l’arrivée des touristes implique-t-elle des changements pour le CHU ?
On a pas mal de blessés en randonnée, on travaille en partenariat avec le peloton de gendarmerie de haute montagne qui intervient dans ce genre d’accident. On a aussi un SMUR maritime, qui intervient en mer pour secourir les plaisanciers ou les pêcheurs.
Depuis 2019, nous avons aussi un hélicoptère sanitaire à La Réunion, il fait plus de 1000 sorties chaque année que ce soit pour prendre en charge des situations d’urgence comme des infarctus ou pour transporter des patients partout sur le territoire dans des zones plus isolées.
Êtes-vous amené à évacuer des patients hors de La Réunion pour qu’ils reçoivent des soins dans l’Hexagone ?
On fait 800 transferts de patients chaque année entre La Réunion et la métropole dans les cas où la spécialité médicale n’existe pas sur notre territoire, c’est le cas pour certains cancers pédiatriques rares, des greffes de poumon ou des tumeurs endocriniennes. Mais nous avons de plus en plus de soignants spécialisés qui répondent aux besoins médicaux de la population. Notre objectif est l’autonomie sanitaire alors on réduit de plus en plus les spécialités non couvertes.
Dans ce sens, nous faisons au sein de l’hôpital des greffes cardiaques, des greffes de moelle osseuse, de reins, des chirurgies cardiaques pour des malformations congénitales. Nous avons par exemple été labellisé hôpital ambassadeur du don d’organe. Se faire soigner ici c’est éviter le déracinement, l’éloignement de la famille, les dépenses liées au déplacement, etc.
La Réunion fait aussi face à des cas de chikungunya et de dengue autochtones détectés depuis le début de l’année. Faut-il s’attendre à une flambée épidémique ?
Je peux dire qu’il n’y a pas, à l’heure actuelle, de menace d’épidémie de chikungunya pour 2026. On a connu un gros épisode épidémique en 2022-2023. On sait faire, le CHU de La Réunion est résilient et sait s’adapter. En 2025, on a fait face à la fois au cyclone Garance et à une épidémie de trois mois de chickunguya. 500 patients ont été déprogrammés, des services ont été reconvertis pour accueillir des patients en hospitalisation. On est préparé pour gérer ce genre de situation.
Quelles sont les spécificités en matière de soin à La Réunion ?
On a davantage de maladies cardiovasculaires, de diabète, de maladies rénales chroniques. On a aussi une surmortalité maternelle et infantile à La Réunion. Le CHU travaille avec la recherche, on mène des études sur la santé maternelle et infantile, sur les maladies émergentes (comme la dengue ou la leptospirose), sur les maladies chroniques ou le diabète. Nous avons aussi une forte prévalence d’AVC sur notre territoire. Alors qu’il y en avait 1 500 en 2015, on en dénombre 2 400 aujourd’hui. Cela est lié aux habitudes de vie et au terrain génétique. Il ne faut pas oublier aussi que 36 % de la population de notre île vit sous le seuil de pauvreté, c’est un déterminant de santé très important.
En avril, la première pierre du nouveau bâtiment Femme Parent Enfant (BFPE) a été posée sur le site nord à Saint-Denis. Parlez-moi de ce projet…
Les travaux ont commencé et ce nouveau bâtiment sera construit jusqu’à fin 2029. Ces nouveaux locaux permettront d’accueillir une maternité de niveau 3 et le service de pédiatrie, l’ensemble de la médecine femme-parent-enfant sera regroupé dans un bâtiment dédié. Ce programme est accompagné par l’État (87 millions d’euros) et par la région (10 millions d’euros).
Quels sont les autres projets en cours au CHU ?
On construit une unité post-greffe du rein au sein du CHU nord, on construit aussi un bâtiment dédié à la cancérologie sur le CHU sud, comprenant une unité d’hospitalisation, pour permettre la prise en charge des tumeurs solides. On a ouvert une unité de médecine post-urgence de 12 lits supplémentaires au CHU Saint-Pierre depuis le 10 juin. Cela nous permet d’accueillir des patients âgés polypathologiques de plus de 75 ans. En janvier on a mis en place un hôpital de jour pour les patients souffrant diabète au CHU nord. On construit aussi deux salles de blocs supplémentaires dont la livraison est prévue pour mi-2027.
On a de nombreux projets. Finalement la difficulté c’est d’avoir autant de projets différents, avec un projet d’investissement à 420 millions d’euros sur 5 ans, tout en ayant des capacités contraintes.
Le CHU a aussi créé un Centre régional de formation et de simulation en santé de l'océan Indien. Il permettra aux étudiants et aux soignants de s'entraîner dans des conditions ultra-réalistes, en intégrant les outils pédagogiques les plus innovants. Pourquoi un tel projet ?
C’est une petite révolution. Ce nouveau centre, porté avec l’Université de La Réunion, permettra de former tous les étudiants mais aussi les professionnels déjà en exercice. C’est un outil d’avenir car c’est un centre de formation par la simulation de niveau maximal. Aujourd’hui, lorsqu’on forme les futurs soignants, il y a un adage : « jamais la première fois sur le patient ». Toutes les formations sont faites sur des simulateurs, dans des salles de formations. On fait donc de la simulation en équipe, on forme sur des mannequins, des robots, on observe le travail d’équipes sur une opération à risque. Ce nouveau centre offrira des conditions ultra-réalistes.
Regardons en arrière. Comment se sont déroulés ces premiers mois de 2026 pour le CHU de La Réunion ?
Même si on est actuellement dans un plan de retour à l’équilibre, on continue de porter des projets importants pour le territoire. Il ne faut pas opposer les sujets financiers et les projets en santé. Toutes ces initiatives répondent à des besoins de soin et contribuent à redresser la situation financière du CHU. Chaque euro économisé nous permettra de préserver notre hôpital et de mener des projets futurs. Le centre hospitalier universitaire est la locomotive de l’économie réunionnaise.
Enfin, quels sont les enjeux à venir pour le CHU de La Réunion ?
D’autres projets arrivent comme le développement de l’hôpital de jour en chirurgie cardiaque car les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité à La Réunion. On souhaite aussi organiser l’activité ORL-ophtamologie mais aussi accompagner les parents en parcours de procréation médicalement assistée.

