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Hôpitaux des Outre-mer (8/10). En Guadeloupe, le nouveau CHU prochainement au cœur du système de santé guadeloupéen
© CHUG

Tout l’été, Outremers360 donne la parole aux directrices et directeurs des centres hospitaliers ultramarins. Pour ce septième épisode, Eric Guyader, directeur du CHU de Guadeloupe revient sur l’enjeu majeur de l’année : le déménagement au sein du tout nouveau CHU après de nombreuses années de travaux. Si les premiers patients sont accueillis dans le nouvel établissement depuis avril, le déménagement complet aura lieu en septembre.


De Wallis-et-Futuna à La Réunion en passant par la Martinique, les hôpitaux ultramarins ont une importance capitale dans chacun des territoires. Malgré des difficultés liées à l’isolement géographique, à l’insularité, aux conditions météorologiques, aux différentes maladies ou au manque de personnel, ils tiennent bon, innovent et se développent.
Cet été, Outremers360 a choisi de mettre en lumière le travail de ces établissements de santé répartis aux quatre coins du monde. Spécificités en matière de soins, maladies présentes sur les territoires, événements marquants de 2026, projets à venir… On donne la parole aux directrices et directeurs des centres hospitaliers dans tous les territoires ultramarins. Dans cet épisode direction la  Guadeloupe avec Eric Guyader, directeur du CHU de Guadeloupe.

Comment se porte l’hôpital de Guadeloupe en ce début d’été ?

Eric Guyader : Pour nous c’est une période particulière, on a commencé l’aménagement dans le tout nouveau Centre hospitalier universitaire. On a pris en charge les premiers patients au début du mois d'avril et le transfert des services d’hospitalisation se fera a compter de septembre. C’est une période particulièrement intense pour l’ensemble des équipes de l’hôpital.
Les consultants externes, c’est-à-dire tous les patients qui viennent pour des consultations, sont reçus sur le nouveau CHU. On profite de cette période estivale pour transférer les services administratifs, techniques, logistiques sur le nouveau site pour ne pas avoir à gérer le transfert de patients et celui d’autres services en même temps à la rentrée. Le déménagement définitif aura lieu en septembre et nous prévoyons huit semaines de déménagement.

C’est un nouveau départ, après des années de travaux, le nouveau Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe (CHUG) a ouvert ses portes en avril dernier aux premiers patients. Qu’apportera ce nouvel hôpital ?

Ce nouveau CHU implique de grands changements d’un point de vue hôtelier avec un niveau de confort significativement différents pour les patients pris en charge.
Les équipements sont beaucoup plus modernes que ce que nous avons sur l’actuel établissement. Nous avons eu un budget de 160 millions d’euros pour l’informatisation et pour l’équipement de ce nouvel établissement.

Vous dites que le futur CHU de la Guadeloupe saura faire face aux types de crise telles que la crise sanitaire de la Covid19 ou bien celles d'épidémies comme le Zika ou le Chikungunya. Comment ?

Dans ce nouveau CHU, nous aurons de nouvelles unités dédiées à ce type de situations. Au-delà des capacités actuelles, on aura des unités supplémentaires pouvant accueillir 60 patients que l’on pourra mobiliser en cas de crise. Le reste du temps, ces unités resteront en sommeil.

Quelles sont les spécificités de votre territoire en matière de soins ?

La première spécificité de notre territoire est une population qui connaît des indicateurs de santé qui sont plutôt défavorables, notamment sur le plan de l’hypertension et sur le plan cardiaque. Il y a aussi un important taux d’obésité et de diabète, dans une population socialement moins favorisée que celle des départements de l’Hexagone. Cela implique des prises en charge plus complexes et un recours aux soins plus tardif.
Pour nous, l’enjeu principal reste l’accès aux soins, qui ne dépend pas uniquement du CHU mais de l’ensemble des professionnels et des établissements de santé du territoire. En parallèle de l’ouverture du nouveau CHU, on réfléchit à une meilleure organisation du parcours de soins sur le territoire guadeloupéen, en impliquant la médecine de ville et les spécialistes des autres établissements de santé.

La Guadeloupe manque-t-elle de soignants ?

Il y a sur notre territoire un enjeu de recrutement et de fidélisation des médecins. D’une manière générale, c’est plus significatif sur des disciplines déjà en tension dans l’Hexagone, comme les radiologues ou les urgentistes. On compte sur l’accueil dans le nouveau CHU pour faciliter l’intégration de nouveaux professionnels en leur offrant des conditions d’exercices beaucoup plus favorables et attractives.
On constate que nous avons déjà un peu plus de candidatures de praticiens qu’avant et on espère bien que le mouvement va s’accélérer dans les mois à venir.

Quelles sont les maladies qui sont très présentes sur votre territoire ?

Le diabète et l’hypertension figurent en tête, ce sont vraiment les sujets majeurs sur notre territoire. Cela est lié à un mode de vie occidental mais aussi à la fragilité particulière de notre population afro-descendante, qui est plus sensible à ce type de risque.

Comment travaillez-vous sur la question de la chlordécone ?

Nous avons une équipe de recherche qui participe aux travaux sur la chlordécone. C’est un sujet que l’on connaît bien et qui est majeur pour le territoire. Évidemment, on y travaille avec la médecine de ville et les autres partenaires institutionnels comme l’Agence régionale de santé et les autorités du territoire.
Notre hôpital peut être impliqué dans la réalisation de bilans, demandés par les propriétaires de terres qui souhaitent mettre en place des cultures. Aujourd’hui, il existe des outils qui permettent de connaître le niveau de contamination des terrains et de savoir s’il y a un risque. Malheureusement quand le risque est avéré, il n’y a pas de dépollution possible.

Les patients vous parlent-ils de la chlordécone ? Est-ce un sujet de préoccupation majeur ?

Oui, la pollution à la chlordécone fait partie du contexte de fragilisation du territoire. La chlordécone et les sargasses ont des implications de santé publique évidente. Les professionnels connaissent les risques et sont en capacité de conseiller la population par rapport à ce type de sollicitations. Mais il est clair que cela fait partie des préoccupations de la population.


Les hôpitaux sont-ils prêts selon vous aux conséquences à venir du changement climatique ?

Je pense que oui. De notre côté, nous avons pensé le nouvel établissement de manière à faire face à un certain nombre de risques climatiques, et notamment aux risques cycloniques et sismiques auxquels nous sommes soumis. On voit ici en Guadeloupe comme partout dans le monde qu’il y a une évolution du cycle des saisons, perturbé par des phénomènes climatiques. Nous avons anticipé ces risques et nous sommes prêts à y faire faire.

Comment ce nouvel hôpital est-il adapté ?

Le nouveau CHU est adapté, l’actuel l’est très peu. Les climatisations ne fonctionnent pas bien donc c’est un établissement pas bien adapté à la chaleur. Dans le nouveau CHU, le traitement d’air a été pensé pour qu’il y ait un rafraîchissement de l’air le plus naturel possible, avec une climatisation qui fonctionne et qui permet de maintenir une température agréable quel que soit l’endroit où on situe.

Regardons en arrière. Comment se sont déroulés ces premiers mois de 2026 pour le CHU de Guadeloupe ?

Bien qu’on soit toujours sur l’ancien hôpital, on constate une progression de notre activité, ce qui est plutôt rassurant et positif. Dans le nouvel établissement on aura davantage de lits, avec plus de possibilités d’accueil et de prise en charge des patients.
On remarque aussi une forte mobilisation des équipes pour intégrer le nouveau CHU. C’est un effort énorme attendu de l’ensemble des équipes pour s’installer dans ce nouvel établissement. Il permettra aussi de moderniser l’offre de soins sur le territoire. Le CHU joue un rôle pivot sur l’ensemble de l’offre de santé. C’est le vaisseau-amiral du système de santé guadeloupéen. C’est important d’offrir une capacité d’accueil et d’examen qui corresponde à ce qui est attendu aujourd’hui par la population d’un territoire.
Un patient qui ne peut pas avoir un avis de spécialiste sur le CHU est un patient qui doit partir à Paris. En créant un nouvel hôpital, on souhaite limiter au maximum les transferts et favoriser au maximum la prise en charge sur le territoire. Sinon, on crée un différentiel entre les patients pouvant s’offrir un voyage à Paris pour se faire soigner et ceux qui ne peuvent pas. C’est évidemment inacceptable.

Avez-vous un objectif de zéro évacuation sanitaire ?

Zéro ne serait pas possible, on peut toujours avoir besoin d’une spécialiste que nous n’avons pas ici. Mais on veut sensiblement diminuer le nombre d’évacuation sanitaire.
On travaille aussi beaucoup avec les autres États caribéens pour accueillir leurs patients. Jusqu’à présent, c’était difficile de le faire car on ne pouvait pas leur offrir des bonnes conditions d’accueil. Aujourd’hui on pourra le faire grâce à ce nouvel hôpital donc on prévoit un rapprochement avec les autres îles afin de favoriser le travail collaboratif et un rapprochement régional.

Quels sont les enjeux à venir pour votre hôpital ?

Assurément l’intégration au sein de ce nouveau CHU, c’est le défi de l’année 2026 !

 

 

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