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Hôpitaux des Outre-mer (10/10). En Guyane, « l’attractivité est un vrai enjeu pour notre CHU »

Tout l’été, Outremers360 donne la parole aux directrices et directeurs des centres hospitaliers ultramarins. Pour ce dixième et dernier épisode, direction la Guyane. Le directeur du Centre hospitalier universitaire de Guyane, Ahmed El-Bahri, revient sur les grands projets de l’établissement : le développement de la télémédecine, l’ouverture d’un service de procréation médicalement assistée (PMA), la création d’un institut de cancérologie. Tous ces projets visent à améliorer l’attractivité du CHU afin de mener la Guyane vers davantage de souveraineté sanitaire.


De Wallis-et-Futuna à La Réunion en passant par la Guadeloupe, les hôpitaux ultramarins ont une importance capitale dans chacun des territoires. Malgré des difficultés liées à l’isolement géographique, à l’insularité, aux conditions météorologiques, aux différentes maladies ou au manque de personnel, ils tiennent bon, innovent et se développent.
Cet été, Outremers360 a choisi de mettre en lumière le travail de ces établissements de santé répartis aux quatre coins du monde. Spécificités en matière de soins, maladies présentes sur les territoires, événements marquants de 2026, projets à venir… On donne la parole aux directrices et directeurs des centres hospitaliers dans tous les territoires ultramarins. Dans cet épisode direction la Guyane avec  Ahmed El-Bahri, directeur général du CHU de Guyane.

 Comment se porte le CHU de Guyane ?

Ahmed El-Bahri : Ce CHU est né le 16 juin 2025 dans une configuration spécifique qui ne rend pas sa gestion très simple. Nous avons encore des difficultés dans la facturation, dans la gestion du personnel ou dans la gestion des parcours. Quand j’ai pris mes fonctions en 2025, on a découvert un déficit de 55 millions d’euros en 2024 et le prévisionnel constaté après un audit était de 75 millions d’euros sur un budget de 585 millions d’euros cumulé sur les trois établissements. Nous avions donc un déficit très important avec un nombre de personnels qui augmentait mais une activité qui se maintenait. Nous avons dû prendre des mesures d’urgence car l’hôpital était en grande difficulté financière.

Qu’est-ce qui a été mis en place ?

Un plan d’action d’urgence pour récupérer le codage, c’est-à-dire la tarification à l’activité, et la facturation. Actuellement, nous rencontrons toujours des difficultés pour facturer certains actes de consultation ou certaines opérations. Nous avons mené ce plan d’action avec les parties prenantes et recruté des professionnels pour mieux coder et facturer. On a aussi regardé où on pouvait optimiser les dépenses.
Ce plan d’action a porté ses fruits, on a réduit de manière significative le déficit. On a inversé la tendance, nous avons récupéré plusieurs millions de facturations, l’Agence régionale de santé a augmenté les dotations. Les dépenses de charges générales ont été fortement maîtrisées et nous avons encore des marges de manœuvre.
On avait des délais de paiement très importants et des problématiques d’approvisionnement accrues du fait de l’isolement de notre territoire. Aujourd’hui ce n’est toujours pas facile mais on gère, on fait face malgré les difficultés.

Quelles sont les spécificités de votre territoire en matière de soins ?

Notre vision repose sur la souveraineté sanitaire. C‘est un mantra, notre boussole. Nous voulons soigner ici, sur le territoire, former ici et décider ici.
Mais le territoire souffre encore d’un déficit d’offre de soins sur certaines spécialités comme la cancérologie, la procréation médicalement assistée ou la réanimation pédiatrique. Avec la mise en œuvre du CHU, les spécialités sont en train d’être installées.
Nous avons encore beaucoup d’évacuations sanitaires : 2 200 chaque année sur l’ensemble du territoire, dont 400-500 à partir du CHU. Ces évacuations nous coûtent très cher. Développer une offre de soins sur le territoire c’est faire des économies dans ce sens.

Le CHU souhaite-t-il développer cette spécialité pour permettre aux parents de faire une PMA sur le territoire ?

La Guyane est un territoire dynamique d’un point de vue démographique. C’est un territoire jeune qui fait face à des problématiques de fertilité très importante : 30 % des couples dans le monde souffrent de problèmes de fertilité, la Guyane ne fait pas exception. Pourtant, aujourd’hui les couples voulant faire une PMA sont obligés d’aller dans l’Hexagone. Nous avons un service de PMA sur le site de Kourou mais notre objectif est d’offrir une offre de soins complète répartie sur le territoire et sur l’ensemble des sites.


Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face ?

L’étendue du territoire en est une. Sur les 84 000 km2, la population est peu dense et certaines zones restent difficiles d’accès ce qui nécessite une certaine logistique. Le CHU est le seul établissement qui possède historiquement des centres de santé intégrés, des hôpitaux de proximité. Ces centres offrent les soins quotidiens et permettent de réaliser des consultations avec des médecins généralistes. Mais pour le reste, on envoie des missions spéciales avec des médecins spécialisés en cardiologie, diabèto, etc…

La télémédecine peut-elle être une réponse à ce problème ?

C’est un projet en cours de développement, les téléconsultations existent déjà mais nous avons identifié 17 filières à renforcer qui permettront de combler un réel manque. Le déploiement est prévu d’ici la fin de l’année. D’importants moyens de télécommunication et de réseaux doivent être déployés en même temps, ce qui reste difficile car nous sommes actuellement dans un plan de rattrapage de nos infrastructures.

Le Centre hospitalier universitaire de Guyane a inauguré l'Institut de santé des populations en Amazonie (Ispa). Pourquoi ce nouvel institut ?

L’Institut de santé des populations en Amazonie est le phare de l’activité de recherche et de la formation du territoire, il ne sera pas uniquement dédié aux maladies infectieuses, tropicales et épidémiologiques, même si c’est un axe très fort de la recherche et de notre travail hospitalier. Cet institut est une sorte de temple de l’enseignement et de la recherche, une plateforme pour faire rencontrer et travailler ensemble les chercheurs, les enseignants, les praticiens. Il a vocation à renforcer l’activité de recherche déjà existante au sein du CHU.
On veut que la recherche réponde aux besoins du territoire mais aussi aux problématiques de santé de la région amazonienne. On prévoit de travailler sur les maladies liées aux métaux lourds, les maladies endocriniennes ou des maladies cardiovasculaires. La vocation de ce nouvel institut est de travailler sur tous les sujets qui répondent à un besoin et à un problème de santé publique. Notre rôle est très important car nous faisons de la recherche sur des maladies des pays du Sud avec les moyens d’un pays du Nord.

Il y a un projet de création d’un institut de cancérologie au sein du CHU. Où en est le projet ?

Ce projet est au tout début, le plan d’action est en train d’être mis en œuvre. On a déjà de l’oncologie médicale, que l’on veut renforcer ainsi que des activités de chimiothérapie et de radiothérapie. Mais cette activité reste à développer et à fédérer autour d’un même institut en cancérologie, ce qui permettra aussi d’améliorer l’attractivité de l’hôpital pour recruter des professionnels de santé. On bataille dur pour avoir les autorisations afin de développer la médecine nucléaire, un élément fondamental dans la prise en charge des cancers, dans leur traitement et dans leur diagnostic.

Rencontrez-vous des problèmes de recrutement ?

Les difficultés de recrutement touchent tous les territoires et les Outre-mer particulièrement. Devenir un CHU nous permettra d’améliorer l’attractivité car on est à présent en capacité d’offrir de meilleures conditions d’exercice puisque le personnel peut à présent faire de la recherche et de l’enseignement. L’attractivité est un vrai enjeu pour le CHU de Cayenne. L’oncologie reste la spécialité où nous avons le plus de mal à recruter, tout comme la neurochirurgie. Mais nous sommes un CHU jeune, avec des projets nombreux et novateurs, on présente les atouts du territoire et les enjeux à exercer la médecine en Guyane. On a des challenges pour tous ceux qui veulent nous rejoindre.

Regardons en arrière. Comment se sont déroulés ces premiers mois de 2026 pour le CHU de Guyane ?

On travaille sur la finalisation et la mise en œuvre du projet médical partagé. On continue dans la structuration et dans l’identification des pistes d’efficience de notre établissement. On a demandé un accompagnement de l’Agence nationale d’appui à la performance pour nous aider à améliorer nos activités supports ou métiers. On a eu aussi reçu la visite de la Haute autorité de santé au mois de mars, ils nous livreront des recommandations pour améliorer la prise en charge au sein de l’hôpital.

Enfin, quels sont les enjeux à venir pour le CHU de Guyane ?

La souveraineté sanitaire reste l’enjeu principal. On veut décider ici mais aussi former ici, localement. Nous avons une faculté de médecine, à terme nous pourrons accueillir 50 étudiants et une partie d’entre eux sera intégrée à notre système de santé. On veut susciter des vocations chez les lycéens, on se rend dans les écoles de Guyane. Le développement de la formation sur le territoire permettra de répondre à nos besoins en santé.

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