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Hôpitaux des Outre-mer (7/10). À Saint-Pierre-et-Miquelon, « l’isolement rend la télémédecine indispensable au fonctionnement de l’hôpital »
© Centre hospitalier François Dunan

Tout l’été, Outremers360 donne la parole aux directrices et directeurs des centres hospitaliers ultramarins. Pour ce huitième épisode, direction Saint-Pierre-et-Miquelon. Dans cet archipel français de l’Atlantique Nord, le Centre hospitalier François Dunan est l’unique établissement de santé sur le territoire. Pour faire face au nombre réduit de soignants, l’hôpital fait appel à la télémédecine et collabore avec de nombreux établissements de l’Hexagone.

De Wallis-et-Futuna à La Réunion en passant par la Guadeloupe, les hôpitaux ultramarins ont une importance capitale dans chacun des territoires. Malgré des difficultés liées à l’isolement géographique, à l’insularité, aux conditions météorologiques, aux différentes maladies ou au manque de personnel, ils tiennent bon, innovent et se développent.
Cet été, Outremers360 a choisi de mettre en lumière le travail de ces établissements de santé répartis aux quatre coins du monde. Spécificités en matière de soins, maladies présentes sur les territoires, événements marquants de 2026, projets à venir… On donne la parole aux directrices et directeurs des centres hospitaliers dans tous les territoires ultramarins. Épisode 8 à Saint-Pierre-et-Miquelon avec Mickaël Morisseau, directeur du Centre hospitalier François Dunan depuis septembre 2025.

Comment se porte le Centre hospitalier François Dunan ?

Mickaël Morisseau : Nous n’avons pas de canicule contrairement à l’Hexagone, chez nous c’est plutôt la saison du brouillard et des températures modestes. Nous avons une activité assez dense en cette période estivale car il y a un certain nombre de virus qui continuent à circuler du fait des températures peu élevées, autour de 10-15 degrés. Notre hôpital est toujours un peu en tension, comme tous les lieux médicaux qui connaissent un vieillissement de population, nous faisons face à un recours aux soins plus important qu’avant et à une sollicitation de plus en plus forte.
Le Centre hospitalier François Dunan est le seul établissement sur le territoire et Saint-Pierre-et-Miquelon mais notre offre médico-sociale reste relativement limitée. On ne fait pas que gérer l’hôpital, vu qu’on est le seul acteur de santé du territoire, on est un véritable service public de santé. On couvre tous les domaines et tous les secteurs, on doit tenir compte de tout et de tout le monde. On n’est pas juste un hôpital, on va au-delà des missions d’un simple hôpital.

Combien de personnes (soignants et professions non médicales) travaillent dans votre hôpital ?

On a 408 agents dans l’hôpital en temps plein, dont 23 médecins. Nous répondons à différentes missions avec un service d’urgence, une maternité, un service de chirurgie, de la médecine générale, un service de psychiatrie, de la dialyse et nous faisons aussi de la prévention. En tout, nous avons 35 lits d’hospitalisation et 25 lits d’Ehpad.



Quelles sont les spécificités de votre territoire en matière de soins ?

On a un isolement géographique très important, ce point est central dans l’organisation des soins sur l’archipel. Les conditions météorologiques sont compliquées et nous faisons face à des contraintes logistiques très importantes. Le fait d’être l’unique établissement de santé du territoire nous oblige à maintenir des compétences qui, ailleurs, seraient réparties sur plusieurs établissements. Ici on doit réussir à tout faire dans la limite de nos compétences car nous n’avons pas sur place toutes les spécialités médicales.
La difficulté majeure reste les délais d’approvisionnement très contraints, on passe systématiquement par le Canada. Il n’y a pas de vol direct entre nous et l’Hexagone. On a des coûts de transport très élevés. Ici, nous n’avons pas d’agence intérim ou des soignants pouvant remplacer les arrêts ou les départs. On doit faire face à l’absentéisme et nous organiser au mieux pour la prise en charge dans des circonstances d’urgence.

Le recrutement est-il problématique pour vous ?

Je dirais que le recrutement est modérément un problème. On arrive à recruter mais on n’arrive pas à maintenir les soignants en poste de façon pérenne. On a beaucoup de personnes qui viennent six mois ou un an, on a du mal à embaucher sur de longues durées. Pour autant, nous n’avons pas de déficit de professionnels mais on aimerait que les contrats s’inscrivent davantage dans le long terme.

Durant l’été, la population de Miquelon-Langlade peut doubler, qu’est-ce que cela implique pour votre hôpital ?

En effet, durant cette période il y a une variation de la population à Miquelon-Langlade, car on y trouve beaucoup de maisons secondaires. La population passe de 500 à 1200, donc on met des moyens supplémentaires sur la partie Miquelon pendant la période estivale. À Langlade, nous avons une infirmerie qu’on ouvre de mi-juillet à fin août. On a aussi tendance à renforcer le centre médical de Miquelon, avec du temps médical doublé. Par exemple, il y a un festival qui à lieu pendant trois jours, à ce moment-là, on envoie un médecin et une infirmière supplémentaire sur l’archipel. On s’adapte en fonction des besoins.


Quelles maladies sont très présentes sur votre territoire ?

On a les mêmes maladies qu’en métropole avec un vieillissement important de la population. On a aussi une alimentation locale qui vient du Canada, ce qui peut avoir comme conséquence une augmentation des maladies cardiovasculaires ou des problèmes de diabète mais je pense que ce n’est pas très différent de ce que l’on connaît dans l’Hexagone.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face de par l’isolement de votre territoire ?

On doit mettre en place un certain nombre de solutions pour pallier l’isolement, qui représente un coût financier. On a de la dialyse ici mais on n’a pas de néphrologue, donc ces consultations se font par télémédecine. On fait aussi des chimiothérapies mais on consulte des oncologues du centre Eugène Marquis à Rennes par visio. Pour la neurologie, on fait de la télémédecine avec Besançon.
Ces dispositifs de télémédecine sont très bien mais coûtent de l’argent. On passe par des interfaces très sécurisées de données de santé, ce qui implique aussi des dispositifs de stabilité des réseaux et de la sécurisation.
Il est certain que la télémédecine est indispensable au fonctionnement de notre hôpital, on ne peut pas vivre sans télémédecine. Elle évite d’envoyer les patients ailleurs pour des prises en charge par des spécialistes. Ça nous permet d’avoir un premier diagnostic à distance et de décider si on organise une évacuation sanitaire.
Les transferts représentent un budget d’environ 10 millions d’euros par an pour l’ensemble des évacuations sanitaires du territoire, ça peut être pour passer un examen mais aussi pour une prise en charge modérée (intervention chirurgicale) ou une prise en charge en cancérologie, avec un transfert vers l’Hexagone.

Faites-vous souvent appel à des praticiens extérieurs ?

Ça arrive que nous fassions appel à des praticiens extérieurs pour des consultations plutôt que pour des diagnostics. On a des médecins missionnaires, des spécialistes qui viennent pour une semaine à quinze jours sur place dans différentes spécialités. Pour l’oncologie, nous avons deux missions par an, tout comme pour l’ophtalmologie, l’ORL et l’orthopédie. Toutes les spécialités viennent entre 2 et 4 fois par an. On a un accès aux spécialistes qui est plutôt bon, mais dès que le soin devient plus lourd, ça nécessite un transfert des malades.

Le changement climatique, dont les effets se font déjà ressentir sur votre territoire, a-t-il un impact sur votre hôpital ?

Oui, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup plus de vent qu’avant. Ce vent abîme le bâtiment, notamment la toiture et la façade. Depuis quatre ans on a observé un changement, avec des vents plus intenses, ce sentiment est partagé au niveau local. Notre bâtiment en souffre. On a quelques infiltrations dans la toiture et sur la façade. Il va falloir le refaire mais cela implique beaucoup d’investissements. Ce n’est pas catastrophique pour le moment mais il va falloir que les crédits soient disponibles pour faire les réparations.

Regardons en arrière. Comment se sont déroulés ces premiers mois de 2026 pour le Centre hospitalier François Dunan ?

On a une activité qui est assez forte, avec une tension sur les lits que l’établissement ne connaissait pas jusqu’à maintenant. On a aussi une situation financière très dégradée, comme c’est le cas pour beaucoup d’hôpitaux.

Enfin, quels sont les enjeux à venir pour l’hôpital de Saint-Pierre-et-Miquelon ?

L’enjeu principal est d’abord de préserver une offre de soins de qualité pour les habitants de l’archipel. Ensuite, c’est de faire évoluer et d’adapter l’hôpital au vu de l’évolution démographique en cours à Saint-Pierre-et-Miquelon. Historiquement, nous faisions plus de chirurgie et de maternité. Aujourd’hui avec le vieillissement de la population et la baisse du nombre de naissances, nous faisons moins d’obstétrique mais davantage de médecine ou de prise en charge de patients âgés.
Le troisième enjeu est financier, si on veut continuer à investir dans les équipements, les bâtiments et les projets, nous devons trouver des capacités financières pour pouvoir faire les investissements nécessaires au bon fonctionnement de l’hôpital. Ça passe par une gestion rigoureuse, en faisant attention aux achats, aux moyens consacrés à l’activité et en optimisant les dépenses.

Sur le long terme, on a un projet de développement de l’hospitalisation à domicile, nous allons aussi avoir un appareil IRM en 2027 et on souhaite renforcer certaines coopérations médicales notamment sur la cardiologie avec un hôpital dans l’Hexagone. On va aussi travailler sur l’organisation des soins et sur le secteur des personnes âgées, avec peut-être une réflexion autour du nombre de places pour la partie Ehpad.

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