La mission transpartisane a conclu ses entretiens à Paris avec le président de la République Emmanuel Macron, à l’Élysée. Un « bilan extrêmement positif » pour la mission conduite par le président du gouvernement calédonien, Milakulo Tukumuli pour qui, le « risque » financier fin 2026 et 2027 pour la Nouvelle-Calédonie « n'existe plus ». Reste pour les députés calédoniens de plaider la cause de l’archipel auprès d’un Parlement toujours sujet à l’instabilité.
« Le bilan de la délégation transpartisane est extrêmement positif sur tous les sujets » s’est réjoui le président du gouvernement calédonien, à l’issue du dernier entretien de cette mission à l’Élysée, vendredi soir à Paris.
« Il y avait un risque fort pour couvrir et apporter des garanties afin de finir l'année 2026. Ce risque n'existe plus » a-t-il ajouté. Jeudi, le Premier ministre a annoncé « 11 millions d'euros pour couvrir les besoins de fin d'année 2026 (inscrits au projet de loi de finances de gestion pour 2026, ndlr) » et « 50 millions d'euros pour démarrer l'année 2027, débloqués avec le vote de ce même texte ».
Sébastien Lecornu s’est aussi engagé sur une enveloppe de 400 à 460 millions d’euros, « surtout en subvention », pour couvrir l’ensemble de l’année 2027. « On a eu une belle victoire sur ce sujet » souligne Milakulo Tukumuli. « L'adoption du PLF (2027, ndlr) et la manière dont il sera adopté ne dépend pas de nous. Mais nous avons des garanties de la part du gouvernement, des montants qui seront inscrits pour le projet de loi de finances ».
Si dans son communiqué Sébastien Lecornu ne mentionne pas le contrat de responsabilité et de désendettement, qui figurait dans les demandes de la délégation calédonienne, Milakulo Tukumuli assure que celle-ci sera conduite par le Haut-commissaire, dans le cadre de la mission du Premier ministre dépêchée prochainement en Nouvelle-Calédonie.
« Ce contrat de responsabilité sera travaillé par le Haut-commissaire et le directeur de la mission interministérielle pour le compte de l'État. Et au niveau de la Nouvelle-Calédonie, ce sera le gouvernement (…). On devra le bâtir avant la fin de cette année » a précisé Milakulo Tukumuli. « C'est un contrat dans lequel il y aura les engagements de notre territoire, ceux du gouvernement de la République, en soutien financier, mais surtout, c'est ça qui est important, la partie désendettement ».
Si la mission transpartisane « n'est pas forcément à 100% » des objectifs, abonde la présidente non indépendantiste du Congrès de l’archipel, Virginie Ruffenach, les annonces faites par Paris permettent de « passer le cap de 2026 et 2027 ». Mercredi, à la sortie d’un entretien avec les groupes politiques de l’Assemblée nationale, le député Nicolas Metzdorf avait avancé le chiffre de 540 millions d’euros pour toute l’année 2027.
Éviter une loi spéciale
Pour Emmanuel Tjibaou, qui participait aux entretiens au titre de député, les objectifs de la délégation sont également remplis. « Charge à nous, après, à les mettre en œuvre, tant au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et au Congrès qu'au niveau du Parlement C'était le sens de cette mission, c'est que les options qu'on a portées et qu'on a défendues sur la stabilité, l'urgence, soient inscrites dans la copie initiale du budget. Ce sont des engagements qu'a compris le Premier ministre et qui ont été confirmés par le président de la République ».
Le député GDR et président de l’Union calédonienne reste toutefois prudent car le sauvetage de la Nouvelle-Calédonie se heurte au contexte politique national, notamment la campagne de la présidentielle bien lancée et la menace du 49-3 qui plane toujours sur le gouvernement Lecornu. « Notre crainte, c'est que s'il y a une instabilité (…), la loi spéciale ne permettra pas que ces crédits soient reportés ».

« Pour l'instant, il y a des promesses d'inscription budgétaires. Encore faut-il qu'elles soient votées et adoptées par le Parlement » confirme son collègue Nicolas Metzdorf. « Mais on va dire que c'est un bon début avec des montants qui correspondent à nos attentes et surtout beaucoup de subventions, contrairement aux années précédentes où c'était des prêts », a concédé l’élu Les Loyalistes.
Reprise des usines de nickel : « pas d'investisseur chinois en Nouvelle-Calédonie »
Sur la reprise des usines de nickel de Nouvelle-Calédonie, « le président nous a assuré qu'il était très déterminé dans les jours à venir à avoir un aboutissement favorable, c'est-à-dire au cours du mois de septembre (…), pour faire en sorte qu'avant la fin de l'année, on ait une situation clarifiée et des repreneurs sur nos trois usines de nickel », a déclaré Virginie Ruffenach. D’après le député Renaissance Nicolas Metzdorf, « le président de la République (…) ne veut pas d'investisseur chinois en Nouvelle-Calédonie ».
« On sait qu'aujourd'hui, pour nos usines, il y a plusieurs multinationales de différents pays qui se sont positionnés, des groupes indiens, des groupes émiratis et des groupes chinois » a précisé le député, estimant que la préférence du chef de l’État irait vers les Indiens ou les Émiratis, « alliés dans le cadre de la stratégie d'Indopacifique ». Emmanuel Macron « considère que les Chinois n'ont rien à faire en Nouvelle-Calédonie puisque c'est eux qui ont mis le secteur du nickel dans cette situation en faisant baisser les cours de manière drastique suite à leurs investissements en Indonésie ».
L’institutionnel renvoyé au prochain mandat
La mission transpartisane précise que les discussions à Paris n’ont pas concerné l’institutionnel, renvoyé au prochain quinquennat. « On a clairement dit qu'il y avait eu trop d'ascenseurs émotionnels en Nouvelle-Calédonie sur ces sujets ces derniers mois » explique Virginie Ruffenach. « Nous ne voulons pas, avant le prochain mandat de l'Assemblée nationale et le prochain président de la République, avoir des discussions sur ces sujets pour ne pas décevoir les Calédoniens, mais plutôt nous concentrer sur le redressement économique, financier et la relance de notre territoire ».
« La délégation a exprimé le fait qu'il y avait nécessité de stabilité (…) avant de se projeter sur une solution institutionnelle » abonde Emmanuel Tjibaou, assurant que son parti, indépendantiste, « est toujours ouvert à la discussion ». Même point de vue pour Billy Forrest, membre du gouvernement et élu de l’Union nationale pour l’indépendance : « Avant de venir, nous nous étions exprimés (…) pour préciser que notre déplacement aujourd'hui était dans le cadre d'une mission transpartisane, par rapport aux urgences que l'on avait sur la table et qu'il était hors de question de parler d'institution ».
Une méthode qui, selon Milakulo Tukumuli, a porté ses fruits et permis à la délégation d’obtenir des réponses et engagements de Paris. « La première victoire, c'est qu'on a fait quelque chose ensemble malgré nos divergences. C'est important de le souligner parce que les Calédoniens attendaient de la part des élus calédoniens (…) qu'ils travaillent ensemble pour relever le pays. Je crois que l'image est assez belle pour le souligner ».

