Après le Sénat et le ministère de l’Action et des Comptes publics mardi, la mission transpartisane calédonienne a été reçue, pendant près de 3 heures ce mercredi, par le Premier ministre Sébastien Lecornu, puis plus tard par la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Des entretiens satisfaisants pour la mission transpartisane, qui attend toutefois une communication officielle de Matignon sur les engagements du gouvernement.
« Le Parlement est clairement en soutien » a confié le député Renaissance de l’archipel, Nicolas Metzdorf, à l’issue de l’entretien avec Yaël Braun-Pivet et les présidents des groupes politiques de l’Assemblée nationale. Un soutien que la mission transpartisane de l’archipel a également reçu la veille du Sénat.
« Il y a une unanimité sur le fait de ne pas faire des prêts, mais de faire des subventions, de mettre les montants qu'il faut, de relancer l'industrie du nickel », a-t-il ajouté, reconnaissant des « discussions plus tendues avec le gouvernement ». « C'est Bercy avec qui on a le plus de difficultés » a concédé le député loyaliste qui reconnaît aussi « un ministère des Finances dans son rôle ».
La collectivité calédonienne « a besoin d'une petite rallonge, à la fois pour finir 2026 et débuter 2027 » avait rappelé le président du gouvernement calédonien Milakulo Tukumuli lundi. « On a un PGE qui court en 2026, dans lequel il reste un tirage intermédiaire de 115 millions d'euros, auquel on ajoute une subvention de 60 millions d'euros qui a été discutée et négociée dans le cadre de l’accord Élysée-Oudinot au mois de janvier » avait-il ajouté, précisant aussi un besoin de l'aide de l'État pour le budget de la Nouvelle-Calédonie pour l'année 2027.
« Il y a une attente de 540 millions d'euros » a abondé Nicolas Metzdorf. « On peut avoir moins selon les modalités de remboursement ou non de la dette (…). C'est de ça dont tiennent les discussions aujourd'hui ». « On est sorti de Matignon avec l'attente d'une communication officielle » a poursuivi le député calédonien qui se dit « raisonnablement optimiste ».
« On a fait plus d'efforts que la métropole sur bien des domaines en termes de réforme » a rappelé pour sa part la présidente du Congrès Virginie Ruffenach, alors que l’aide de l’État est conditionnée à des réformes en Nouvelle-Calédonie. Il reste toutefois, a-t-elle dit, à réformer le régime des retraites du privé et la sécurité sociale de l’archipel (Ruamm). Milakulo Tukumuli évoquait aussi une réforme de la fiscalité et une réduction des dépenses du gouvernement.
« Nous avons fait beaucoup de réformes » a insisté la présidente du Congrès. « C'est 365 millions d'euros d'économie chaque année qu'on a fait par les 27 textes de réforme que nous avons votés en Nouvelle-Calédonie. C'est beaucoup, mais ça ne suffit pas ». « Nous commençons à remonter la pente. Nos recettes fiscales commencent à augmenter très légèrement » assure encore Virginie Ruffenach qui évoque « un frémissement » qui doit « être accompagné par l'État » pendant « au moins deux ans ».
« Les gens qui sont partis génèrent des emplois en moins, donc des cotisations en moins sur nos régimes de retraite, de sécurité sociale, donc des consommateurs en moins. Globalement, si on avait 20 000 personnes de plus, ne serait-ce que ça, en Nouvelle-Calédonie, on arriverait à rééquilibrer structurellement notre système » a estimé la présidente de la province Sud Sonia Backès. « On sera accompagné également sur ce sujet-là » a-t-elle assuré.
« On ne peut plus nous prêter de l'argent »
Sur les prêts contractés par la Nouvelle-Calédonie depuis le covid, et la dette qui s’accumule depuis, « l'État fait ce choix, considérant que la Nouvelle-Calédonie produit sa propre fiscalité et donc ne participe pas au budget national », « là où il a aidé les collectivités métropolitaines sous forme de subventions » pendant la crise covid notamment. « C’est inacceptable » estime Sonia Backès. « On n'est pas des citoyens français de seconde zone et donc on défend le fait de dire que la Nouvelle-Calédonie doit être traitée comme toutes les autres collectivités de la République et donc doit être accompagnée pour sa relance ».
D’autant que, rappelle la présidente de la province Sud, « les Calédoniens ont payé ». « Nous, on est à 39 heures là où l'État est à 35. On a mis un jour de carence pour les fonctionnaires là où en métropole, ils sont incapables de le faire. On a reculé l'âge de la retraite pour les fonctionnaires là où en métropole, ils sont incapables de le faire. On a baissé les retraites là où ici, ils sont capables de le faire. On a augmenté le prix de l'électricité ».
« Ce n'est pas nous qui devons annoncer le soutien de l'État. C'est à l'État lui-même de le faire » résume le président du gouvernement calédonien Milakulo Tukumuli. Une annonce qui devrait arriver ce jeudi, et qui devrait contenir, espère-t-il, le soutien de l’État pour clôturer 2026, couvrir 2027 et le contrat de responsabilité « dans lequel la Nouvelle-Calédonie s'engage à faire des réformes et en contrepartie, le gouvernement de la République nous accompagne en responsabilité, en confiance vers une trajectoire vertueuse ».
Une certitude en attendant les annonces du Premier ministre, « c'est qu'on ne peut plus nous prêter de l'argent ». « On a emprunté, entre 2020 et 2026, 1,5 milliard d'euros, alors qu'annuellement, on emprunte 40 millions d'euros. Tout ça, c'est lié aux crises covid mais aussi aux émeutes de mai 2024. Ce qui fait qu'on arrive à un truc totalement vicieux, c'est-à-dire qu'on a emprunté en 2026 pour rembourser le PGE de 2025 », a-t-il souligné.

