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En Polynésie, Honomoana, le câble sous-marin de Google qui veut changer la donne numérique
©Onati (Illustration)

Développé par Google, le câble dernière génération Honomoana est particulièrement attendu en Polynésie française. C’est ce mardi que le gouvernement annoncera l’atterrage de ce nouveau câble international à Papenoo en présence de représentants de Google. Au total, cinq opérations d’atterrage de câbles sont programmées en septembre. Un projet qui promet de faire de la Polynésie un futur hub numérique du Pacifique. Reportage de notre partenaire TNTV.

On ne les voit pas. Et pourtant, les câbles sous-marins parcourent des milliers de kilomètres au fond du Pacifique pour relier la Polynésie au reste du monde. C’est le cas de Honotua (reliant notamment Tahiti à Hawaii depuis 2010) et de Manatua qui relie la Polynésie via les îles Cook, Niue et Samoa depuis 2020, sans compter les câbles internes à la Polynésie, Natitua nord et sud, qui lient Tahiti aux Marquises et aux Australes. 

Avec l’arrivée de Bulikula et bientôt de Honomoana, la Polynésie s’apprête à entrer dans une nouvelle dimension. Ce nouveau câble promet de relier les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Australie en passant par la Polynésie française, sur plus de 15 000 kilomètres, avec deux points d’atterrage à Tahiti : l’un à Papenoo, l’autre à Faratea. Pour le club des Directeurs des Systèmes d’Information, c’est une opportunité économique sans précédent et la promesse d’une connexion plus fiable et moins vulnérable aux pannes en série.

« Concernant les pannes à répétition, clairement, il fallait qu’on donne notre point de vue en disant, OK, on comprend, il y a des projets, on sait très bien qu’il y a une stratégie numérique dans le pays, on la respecte et on est avec. Mais aujourd’hui, là, on est dans le creux d’une vague, c’est-à-dire qu’il y a un vrai emballement sur l’économie numérique, sur l’appétence numérique à tous les niveaux, des particuliers et des entreprises, mais on n’a pas les moyens de nos ambitions actuellement », estime le vice-président du club des DSI polynésiens, Sylvain Todman. « Même si les moyens arrivent, et on est fiers de ça, et on sait très bien que la Polynésie va être mise au centre du jeu numérique océanien. »

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Développé par Google, Honomoana est tout particulièrement attendu pour ses capacités hors normes. Issue d’une génération dernier cri de câbles sous-marins, il a été spécialement conçu pour absorber l’explosion du trafic liée au cloud et à l’intelligence artificielle.

Avec ses 16 paires de fibres optiques, capable de transporter chacune au moins 16,2 térabits de données par seconde, ce câble promet un changement d’échelle spectaculaire. Pour le secteur de l’audiovisuel par exemple, c’est la possibilité de transférer des centaines de milliers de flux vidéo 4K en même temps.

Un risque accru de cyberattaques

Mais qui dit plus connecté, dit aussi plus dépendant à internet et plus vulnérable aux cyberattaques. « Ce qu’on dit, c’est que plus on expose de données à travers le monde sur Internet, plus on augmente notre surface d’attaque », résume une spécialiste du Clusir (Club de la Sécurité de l’Information Tahiti), Anne-Sophie Bonnat. « En Polynésie, les petites structures type TPE, petites PME, associations, communes, sont des structures qui n’ont pas forcément des moyens importants en termes de cybersécurité, qui n’ont pas forcément investi là-dedans (…) Donc cette population, je pense, n’est pas encore protégée. »

Sauvegarde de données, cartographie des risques, plan de reprise de d’activité : pas de doute pour le Clusir, il reste encore beaucoup à faire en Polynésie pour protéger les petites structures. 

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Car l’essor exponentiel de l’IA offre au passage de nouvelles opportunités majeurs aux hackers. « En fin de compte, maintenant, il suffit d’avoir des bonnes connaissances en maîtrise d’une IA pour pouvoir utiliser une faille de sécurité existante que l’IA elle-même identifiée à la place de la personne », explique le président du Clusir, Bertrand Hersent. « Donc on devient plutôt coordinateur d’une IA qui va pénétrer une structure. Il n’y a plus besoin d’être un expert avancé technique pour pouvoir créer des cyberattaques. »

Une perspective inquiétante qui justifie la mise en place de structures spécialisées. A l’instar du Centre de Ressources Cybersécurité de Polynésie française (CRCPF) annoncé la semaine dernière par le Clusir. Sorte de centre 15 de la cybersécurité. « Ce centre-là n’a pas vocation à prendre la place des professionnels de la place » rappelle Bertrand Hersant. « Il a vocation à être le point d’accueil, d’analyse, de qualification, de savoir quel est le niveau d’incidence, et de rediriger après vers le bon prestataire, qui pourrait être un des prestataires référencés du centre. »

Reste à savoir quelle partie de la capacité du câble sera effectivement réservée à la Polynésie et quel sera le calendrier de mise en service. Un « manque de visibilité sur la stratégie numérique du Pays » pointé du doigt par le club des Directeurs des Systèmes d’Information.

« C’est quoi les contrats ? C’est quoi la bande passante ? L’atterrage, ok, on sait qu’il va y avoir de l’atterrage aux États-Unis que c’est le début de la commercialisation là-bas, mais quand est-ce qu’on sera vraiment actif au niveau de la Polynésie ? » demande Sylvain Todman. « Quand est-ce qu’on va commencer, nous, à discuter des offres et des contrats avec Onati ? (…) On voudrait avoir des précisions sur la priorité au niveau du câble. Quels sont les secteurs prioritaires ? Aujourd’hui, on ne le sait pas. C’est l’armée, c’est la santé, c’est les entreprises ? »

Mais derrière la course aux contrats et à la bande passante se joue un enjeu bien plus vaste : que fera la Polynésie de cette nouvelle puissance numérique ? Plus elle sera connectée, plus elle pourra accéder au cloud et à l’intelligence artificielle. Mais ces services reposent souvent sur des serveurs hébergés à l’étranger. Et avec aux se pose une autre question : celle de la maîtrise des données et de la souveraineté numérique.

Un enjeu qui occupe notamment les réflexions universitaires. Le campus de Outumaoro expérimente depuis quelques mois un outil basé sur des infrastructures de recherche françaises comme le CNES à Montpellier. « Une copie d’enseignement d’étudiant ou un travail de recherche ne peut pas être confiée à des IA américaines ou chinoises avec le risque qu’elle soit utilisée par celle-ci. L’idée c’est que l’université doit fournir à sa communauté des outils souverains qui soient partagés avec d’autres universités » précise le responsable de la transformation numérique à l’UPF, Nicolas Truchaud.

« L’important dans la souveraineté, ce n’est pas forcément le drapeau où on pose son IA. L’important, c’est notre indépendance liée aux choix qu’on fait et aux contrôles qu’on a. Parce que si on passe par les serveurs américains, ou chinois, on développe une dépendance à leur système. D’une certaine façon, on leur vend notre âme, on leur vend notre recherche, on leur vend notre histoire, on leur vend notre pratique, et ils s’en nourrissent. C’est des ogres, après nous de choisir qui on a envie de nourrir » rappelle l’universitaire.

Google a déjà annoncé l’arrivée d’autres câbles. Le Humboldt, entre le Chili, la Polynésie française et l’Australie. Et Halaihai, destiné à relier Guam et la Polynésie française. De quoi placer ce territoire au croisement d’un réseau d’autoroutes du numérique dans le Pacifique.

TNTV