Et si la première femme institutrice de Guyane, la première femme
anthropologue à avoir déchiffré les langages sifflés et tambourinés de l’Ouest Africain, la première résistante d’outre-mer, la seule femme à avoir siégé au sein des 3 Assemblés de la République devenait la première ultramarine à entrer au Panthéon. Tels sont le souhait et le combat portés par Guillaume Villemot, Président du comité de soutien à la panthéonisation d'Eugénie Eboué, qui a lancé une pétition en ce sens.
Eugénie Tell-Éboué représente un rôle modèle en tant que femme, en tant que femme engagée, en tant que femme ultramarine et que connaisseuse du continent et de la culture africaine.
La mobilisation pour que son entrée au Panthéon soit une réalité dans un proche avenir se fait de plus en plus sentir. En Guyane déjà où les collégiens scolarisés dans l’établissement qui porte son nom à Saint Laurent du Maroni ont adressé une pétition au Président de la République. D’autres territoires ultramarins se mobilisent derrière son nom comme la Guadeloupe, La Réunion, ou la Polynésie française. Des élus de l’Assemblée Nationale comme Thomas Lam député des hauts de Seine, du Sénat comme Georges Naturel sénateur de Nouvelle-Calédonie ont apporté leurs signatures à cette demande de Panthéonisation pour Eugénie. Mais on y trouve aussi Manuel Aeschlimann maire d’Asnières sur Seine où Eugénie fut élue ainsi que des personnalités du monde des arts ou des médias comme C215, Mémona Hintermann-Afféjee ….
Pourquoi Eugénie Tell-Éboué a-t-elle sa place à part entière au Panthéon
Toute sa vie, Eugénie Tell-Éboué a été une pionnière :
Première femme institutrice en Guyane à Saint Laurent du Maroni en 1912.
Dans les années 30, avec Félix Eboué qu’elle a épousé en 1922, elle se fait anthropologue et déchiffre pour la première fois les langages sifflés et tambourinés de l’ouest africain, travaux toujours de référence et qui ont participé à la mise en lumière des cultures africaines.
Seule femme à avoir siégé dans les 3 assemblées de la République :
- Assemblée Nationale 1945/1946 (élue de la Guadeloupe)
- Sénat 1946/1952 (élue de la Guadeloupe)
- Conseil économique social et environnemental (1959/1962)
Elle a été une des premières femmes élues de l’Histoire du Pays et élue par des femmes qui votaient pour la première fois en Avril 1945 et cela dès les élections municipales à Grand-Bourg en Guadeloupe.
Lorsqu’elle est élue à l’Assemblée Nationale en 1945, elles ne sont que 33 femmes à faire leur entrée dans l’hémicycle.
Et lorsqu’elle entre au Sénat elles ne sont que 21 femmes qui siègent au palais du Luxembourg.
Elle sera par la suite conseillère municipale à Asnières sur Seine entre 1958 et 1971.
Ses combats sociaux :
C’est aux côtés de Félix Éboué et avec son expérience d’institutrice qu’elle s’appliquera à développer en Guadeloupe (1937) une politique de développement de la jeunesse en s’appuyant sur une pratique du sport comme élément d’insertion et d’éducation.
C’est ce même modèle qu’elle développera dans le cadre de ses mandats municipaux à Asnières qui se traduiront entre autres par la construction de la piscine municipale et par ses missions au sein du CCAS à la tête de la commission Famille et Sport.
Elle sera également une figure influente dans les milieux intellectuels auprès de personnalités comme René Maran (prix Goncourt en 1921) ou encore de Léopold Sédar Senghor qui deviendra son gendre en 1946.
Elle militera pour rendre la culture accessible à tous et pour tous rêvant qu’aux frontons des bâtiments publics on puisse lire « culture gratuite accessible servez-vous ».
Ses combats pour les égalités :
Durant toute son existence, Eugénie Tell-Éboué aura mené une vie d’engagements :
- Pour la connaissance des cultures et des langues africaines
- Pour la lutte contre les inégalités et le racisme pendant la seconde guerre mondiale (elle s’engagera dés 1941 au sein du corps des Volontaires féminines de l’Afrique française libre comme infirmière à l’hôpital militaire de Brazzaville)
- Pour l’égalité de traitement entre les territoires ultramarins et ceux de l’hexagone (création de liaisons pour désenclaver les territoires en mars 1949, extension de la sécurité sociale dans les outremers en Juillet 1949, régime fiscal des départements en 1951, défenseuse du principe des assemblées locales dans les territoires…), elle sera vice-présidente de la Commission de la France d’Outre-mer à partir de janvier 1951.
- Pour la reconnaissance de l’égalité entre les femmes et les hommes (membre du comité directeur de l’Alliance Internationale des femmes créée en 1904).
- Pour l’égalité de traitement entre les enfants nés de parents de métropole et ceux nés de parents issus des territoires ultramarins et de l’ancien empire colonial (loi de 1951 portée avec Jane Vial)
- Pour le devoir de mémoire (elle militera et votera pour le transfert des cendres de Victor Schœlcher au Panthéon en 1947, elle ne cessera de promouvoir l’action de son époux sur des sujets tels que la fin de la colonisation, la reconnaissance des populations et des territoires ultramarins et la libération de la France). Le 20 mai 1949 Victor Schoelcher et Félix Éboué entraient au Panthéon pour commémorer leurs engagements pour la liberté l’un en faisant abolir définitivement l’esclavage en France l’autre en refusant de capituler en s’engageant aux côtés du Général de Gaulle et de la France comme Gouverneur du Tchad.
Il est temps que Eugénie Tell-Éboué qui se présentait comme « la première résistante de la France d’outre-mer » retrouve sa place dans notre histoire et au sein de notre Panthéon national où elle retrouvera son Lix, car Félix Eboué repose lui au Panthéon depuis 1949.
Enfin, rien de mieux que ses mots prononcés en 1965 pour illustrer la philosophie de sa vie « Laissez votre doyenne qui, en 1940, a vu naître et grandir sous le signe de la France libre l’Union fraternelle de tous les Français rassemblés sous le même drapeau, pour une même patrie, vous dire qu’avec l’union tout est possible. On construit dans la concorde, on détruit dans la discorde… »
| Lien de la pétition : Honorer Eugénie Tell-Eboué et l'inhumer au Panthéon |

