Jean Castex reçoit mercredi des responsables politiques de Nouvelle-Calédonie, premier rendez-vous d'une semaine de discussion voulue par le gouvernement pour renouer le dialogue entre indépendantistes et loyalistes, à un « moment charnière » à l'approche d'une troisième consultation sur l'indépendance.
« Le gouvernement veut essayer de relancer le dialogue. Ce n'est pas facile et ça dépendra des acteurs et de leur capacité à sortir de leurs postures (...) pour réellement aller dans le fond des échanges », assure Matignon qui estime que « probablement rien ne sera signé à l'issue de cette semaine ». Ce n'est par ailleurs pas le but affiché.
Cette réunion doit permettre d'organiser la troisième consultation référendaire d'ici octobre 2022, et de travailler sur toutes les conséquences du oui et du non, explique Matignon dans un communiqué. Le gouvernement présente comme l'une des possibilités un « accord d'association » en cas de oui à l'indépendance, dans un document de travail des conséquences du oui et du non à l’indépendance.
Il s’agit aussi pour le gouvernement de maintenir le fil du dialogue avec les partenaires calédoniens de l’accord de Nouméa. Dialogue repris en octobre dernier, au lendemain du 2ème référendum, mais mis à mal par la crise liée à la session de l’usine du Sud.
En effet, après le deuxième référendum d'octobre 2020, qui a vu le non à l'indépendance l'emporter une nouvelle fois, mais avec moins de marge que pour le premier, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu avait mené de nombreuses réunions bilatérales tant avec les indépendantistes qu'avec les loyalistes. Mais les personnalités politiques des deux bords ne souhaitaient pas se rencontrer. Sébastien Lecornu avait alors invité cinq membres de chaque camp à une réunion tripartite en petit comité sur l'île Leprédour, au large de la Nouvelle Calédonie, pour réussir à renouer le dialogue.
Mais quelques jours plus tard, ce sont les tensions autour de la vente de l'usine de nickel de la province sud qui avaient de nouveau « handicapé le dialogue », explique-t-on au ministère des Outre-mer. Et malgré l'accord politique sur l’usine du Sud trouvé en mars, les positions sont restées figées depuis. « Un dialogue politique devait reprendre sur une base nouvelle, c'est le sens de l'invitation que le premier ministre a envoyée début avril aux membres du format Leprédour », ajoute le ministère.
Absence de l'UNI
Le casting sera cependant un peu différent cette fois car l'Union nationale pour l'indépendance (UNI), l'un des deux courants du FLNKS, a annoncé qu'elle ne répondrait pas à l'invitation. « Je suis accoutumé à cela désormais. Dans d'autres temps, des formations politiques favorables au maintien dans la France avaient quitté la table d'Édouard Philippe », rappelle Sébastien Lecornu mercredi dans Libération, en précisant que l'UNI a annoncé sa venue à Paris en juillet.
« Rien ne me décourage : la main de l'État est tendue, y compris si des formations politiques veulent participer aux échanges à distance », ajoute le ministre. Par ailleurs, le gouvernement assure que le fil du dialogue n’est pour autant pas rompu avec l’UNI de Paul Néaoutyine, président de la province Nord.
Pour les délégations présentes à Paris, le programme de cette semaine d'échange est fourni. Ainsi, jeudi et vendredi les politiques calédoniens assisteront à des présentations des travaux menés par les services de l'État pour évaluer précisément les enjeux et les conséquences des deux issues possibles lors de la prochaine consultation : « une analyse presque clinique des sujets à traiter » dans les domaines juridiques, économiques et financiers, sur les politiques publiques du quotidien et sur l'exercice des compétences régaliennes.
Les discussions seront « plus politiques » lundi 30 mai en format bilatéral et mardi 1er juin en plénière, et viseront à préciser les positions des uns et des autres dans cette dernière phase de l'accord de Nouméa, avec un enjeu majeur pour le gouvernement : que le dialogue soit maintenu dans la durée. Matignon et le Ministère des Outre-mer ont par ailleurs confirmé qu'un Comité des signataires de l'accord de Nouméa doit avoir lieu avant le 3ème référendum.
Le ministre des Outre-mer a déclaré mardi devant l'assemblée qu'il formait un vœu, « au nom du gouvernement de la République », celui de sortir du choix binaire « un peu obscur et stérile » entre le oui et le non, et essayer « de trouver un nouveau chemin qui permette non seulement la paix et la concorde, mais aussi le développement prospère de la Nouvelle-Calédonie ». « C'est la promesse républicaine que nous formulons ».
« Cela ne veut pas dire que l'intention du gouvernement est d'éviter cette consultation », a précisé Matignon, mais qu'à l'issue de cette semaine de discussions toutes les conséquences de l'issue de la consultation aient été étudiées car « quel que soit le scénario », l’accord de Nouméa signé en 1998 arrive à terme, et « il faudra que les Calédoniens vivent ensemble dans la paix ».
Ce mercredi soir à 17h, le Premier ministre ouvrira cette semaine de discussion à Matignon. Mais les différentes délégations indépendantistes et non indépendantistes, ont d’ores et déjà débuté leurs rendez-vous. Ainsi, le petit parti communautaire wallisien l’Éveil océanien a pu rencontrer le nouveau Haut-commissaire (équivalent du préfet) nommé la semaine dernière. Sonia Backès, présidente de la province Sud et non indépendantiste, devrait se rendre à l’Élysée ce mercredi. La veille, c’est Nicolas Metzdorf, fondateur du jeune parti loyaliste Génération NC qui s’est rendu à l’Élysée. Groupes indépendantistes et non indépendantistes ont aussi eu des réunions en bilatérales au Ministère des Outre-mer.
Avec AFP.























