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Nouvelle-Calédonie: un archipel profondément bouleversé à l'aube d'un scrutin crucial

Choc démographique inédit, dette publique record, industrie du nickel exsangue: avant les élections provinciales du 28 juin, la Nouvelle-Calédonie aborde le scrutin le plus décisif de son histoire affaiblie par sept ans de crises qui ont ramené son économie à son niveau de 2010.

En 2019, à l'aube du précédent scrutin provincial, le territoire semblait encore en mesure de surmonter ses difficultés structurelles, fort de la stabilité institutionnelle héritée de l'accord de Nouméa (1998) et de son industrie du nickel.

Sept ans plus tard, le Covid puis les violences insurrectionnelles de mai 2024 ont conduit l'archipel à la plus grave crise économique, sociale et politique de son histoire.

18.000 départs

Le choc démographique est l'un des signes les plus visibles de cette transformation. Selon les résultats du dernier recensement, la population est passée de 271.407 habitants en 2019 à 264.596 en 2025, une baisse inédite depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le solde migratoire est fortement négatif, avec environ 18.000 départs de plus que d'arrivées sur la même période, selon l'Institut de statistique et d'études économiques (Isee).

Le recul de la natalité, le vieillissement de la population et les conséquences du Covid et des événements de 2024 ont également contribué à cette évolution.

 Un archipel très endetté

Le territoire doit faire face à un endettement public record. En 2020, pour faire face à la pandémie liée au Covid, le gouvernement calédonien ferme les frontières et emprunte 240 millions d'euros pour financer le chômage partiel, les dépenses de quarantaine et les pertes de recettes fiscales.

Deux ans plus tard, alors que le virus a fait 314 morts sur le territoire, un nouveau prêt est contracté auprès de l'Agence française de développement (AFD) pour un montant de 175 millions d'euros.

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L'an dernier, pour financer la reconstruction et rembourser les avances de l'État après les violences de 2024, qui ont fait 14 morts, plusieurs milliards d'euros de dégâts et laissé des quartiers entiers de Nouméa dévastés, la Nouvelle-Calédonie a souscrit un troisième prêt garanti par l'État auprès de l'AFD, d'un total de 370 millions d'euros.

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Le nickel exsangue

Pilier historique de l'économie calédonienne, le nickel symbolise à lui seul le décrochage du territoire. En 2019, trois usines métallurgiques étaient en activité: la Société Le Nickel (SLN) à Doniambo, Koniambo Nickel SAS (KNS) dans le Nord et l'usine du Sud, devenue Prony Resources.

En 2026, l'une est à l'arrêt: KNS cherche toujours un repreneur depuis 2024. Prony Resources, toujours en activité, est à vendre, tandis que la SLN ne survit que grâce au soutien continu de l'État.

La crise a des conséquences majeures sur l'emploi. Au total, 12.800 emplois ont été détruits depuis 2024, selon l'Isee. Le nombre de salariés a baissé de 18,4% dans le secteur privé et de 7,3% dans le secteur public.

Les importations ont chuté de 11% en 2025, après une baisse de 29% en 2024. Le PIB par habitant est retombé en 2024 à son niveau de 2010, l'emploi à son niveau de 2009.

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Une trajectoire institutionnelle dans l'impasse

En 2019, la Nouvelle-Calédonie sortait du premier des trois référendums d'autodétermination prévus par l'accord de Nouméa de 1998. Deux autres consultations ont suivi: en 2020, le référendum marqué par une participation record (85,69%) voyait le "oui" à l'indépendance (46,74%) se rapprocher du "non" (53,26%).

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En 2021, en pleine crise sanitaire, le troisième et dernier référendum, boycotté par les indépendantistes, a vu le "non" recueillir 96,50% des suffrages avec une participation divisée par deux (43,87%).

Depuis, les discussions s'enlisent et aucun accord n'est venu prendre la suite de l'accord de Nouméa. Conclu en juillet 2025 entre l'État et une partie des acteurs calédoniens, l'accord de Bougival, qui prévoyait la création d'un Etat de Nouvelle-Calédonie dans la France, a été rejeté par les indépendantistes du FLNKS, puis par l'Assemblée nationale le 2 avril.

Les discussions doivent reprendre une fois le gouvernement issu des élections provinciales nommé.

 

Avec AFP