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SÉRIE. Histoire des chefs-lieux d’Outre-mer : Papeete la corbeille d’eau, poumon économique et politique de la Polynésie française
La rade de Papeete, sa gare maritime et son terminal de croisière. Derrière, les quartiers résidentiels et en arrière plan, la pointe Venus ©Tahiti Fly Shoot

Pendant ces vacances, Outremers360 se penche sur les histoires riches et diversifiées des chefs-lieux d’Outre-mer. Ce samedi, direction la Polynésie française et son chef-lieu, Papeete, la corbeille d’eau, qui prendra toute son influence dans l’histoire de Tahiti et de la Collectivité d’Outre-mer au cours du XIXème siècle. Au point, aujourd’hui, de concentrer l’essentiel de la vie politique, institutionnelle et économique du territoire.

Aux temps anciens, avant l’arrivée des premiers européens, Papeete -littéralement « corbeille d’eau »- n’était pas une ville, et n’avait pas beaucoup d’importance. Ce lieu était lié à la chefferie de Te Porionu’u, qui s’étendait de Arue à l’est et Faa’a à l’ouest. Cette chefferie n’était par ailleurs pas la plus influente de Tahiti. Dans cette corbeille d’eau, on y trouve notamment une source, dans l’actuel quartier de Tarahoi, baptisée plus tard « bain de la Reine ». 

Papeete commence à prendre de l’importance quand les navigateurs européens, à commencer par les missionnaires anglais, préfèrent son lagon protégé à la grande baie ouverte de Matavai, premier lieu de rencontre entre les Tahitiens et les navigateurs. Le pasteur anglais William Crook fait de Papeete son domicile en 1818, avec sa famille, construisant un temple, une école et un hospice. Plus tard, la reine Pomare IV décide d’y installer sa cour en 1827 et Papeete devient la capitale en 1842, lors du protectorat français. 

Le bain de la Reine, dans les jardins de l'Assemblée territoriale ©DR

Elle est la première ville polynésienne dotée du statut de commune en 1890, et devient un port incontournable du Pacifique sud, sous la houlette de son premier maire, François Cardella, un Français originaire de Corse, devenu conseiller de Pomare V, et parmi les grands propriétaires colons de l’époque, dont son ami Victor Raoulx, mais aussi les familles Malardé, Cadousteau ou Bambridge côté britannique.

Papeete est aussi le siège de la Mission catholique. Une mission qui s’installera dans le quartier éponyme, où sera érigée une école, l’École des Frères, qui deviendra plus tard le collège-lycée La Mennais, et qui verra passer dans ses classes les plus éminentes personnalités de l’Histoire. Papeete reflète la concurrence que se livrent les missionnaires catholiques français et leurs homonymes protestants anglais en Polynésie. De cette concurrence, elle en garde des emblèmes : le temple Paofai, la Cathédrale Notre-Dame ou encore la petite chapelle épiscopale du Sacré-Cœur, dans les jardins de l’Évêché.

La baie de Papeete en 1848, par Shipley Conway

Au début du XXème siècle, la ville se développe et se peuple. Un recensement de juin 1902 révèle que Papeete compte précisément 3 720 habitants, soit la moitié de la population tahitienne. Un premier drame touche la ville en février 1906, quand un cyclone inonde ses rues et bâtisses.

Deuxième drame marquant lors de la Première Guerre mondiale : la ville est bombardée et incendiée par deux cuirassés allemands, le 22 septembre 1914, alors que les autorités de la ville et de la colonie refusent le ravitaillement des navires ennemis. Les immeubles en bois qui bordent la petite baie, devant la Cathédrale, sont détruits. Mais la même année, l’ouverture du Canal de Panama rendit Papeete accessible aux premiers navires de croisière, donnant un nouvel élan économique à la ville.

Bombardement de Papeete le 22 septembre 1914 : les immeubles en bois devant la Cathédrale ont disparu 

Au cours de son histoire, la capitale polynésienne a été le théâtre privilégié des grandes pages de la Collectivité. C’est à Papeete que le « Metua », père du nationalisme tahitien, Pouvanaa a Oopa façonne l’héritage politique de la Polynésie. C’est aussi dans sa maison du Pont de l’Est, derrière la vieille menuiserie Ah Kiau, qu’il est arrêté manu militari, accusé à tort d’avoir voulu incendier Papeete, en 1958.

Dix ans plus tard, c’est dans cette même ville que les Polynésiens se réunissent en nombre pour accueillir leur Metua, de retour d’exil forcé dans l’Hexagone. Son décès, en 1977, rassemble une foule similaire du temple protestant de Paofai au cimetière de l’Uranie, aux portes ouest de la ville.

Le palais royal de la reine Pomare à Papeete

La capitale a été témoin des grandes dates du visage politique du territoire : du protectorat de 1842 au statut d’autonomie de 2004, en passant par l’annexion de 1880, la constitution du premier gouvernement du territoire sous Pouvanaa a Oopa, l’autonomie de gestion en 1977 et l’autonomie interne de 1984. C’est aussi à Papeete, plus précisément à l'Assemblée territoriale place Tarahoi, que les yeux étaient rivés lors de l’arrivée des indépendantistes en 2004 et les années d’instabilités politiques jusqu’en 2013.

Papeete a aussi été le théâtre des émeutes anti-nucléaires de 1986 puis celles de 1995, durant lesquelles une partie du vieux centre part en fumée, en même temps que l’aéroport. Naturellement, le Centre d’expérimentation du Pacifique, qui bouleverse profondément la société polynésienne, n’est pas étranger à l’essor de Papeete qui s’urbanise en parallèle, parfois dans l’anarchie.

Retour d'exil du Metua, Pouvanaa a Oopa, à Papeete, en 1968

Poumon économique et politique de la Polynésie française, Papeete abrite le Port autonome de la Collectivité d’Outre-mer, qui s’étend de son front de mer pour les croisières et les navettes vers Moorea et les îles, au quartier de Motu Uta, du nom de l’ancien îlot de la Reine Pomare, où se trouvent les ports de commerce international et interinsulaire. Entre ces deux parties du port sont accostés les navires militaires français et, plus loin, le port de pêche de la capitale.

Papeete est également la proche voisine de l’aéroport international de Tahiti-Faa’a, et c’est aussi dans cette ville que les institutions du territoire sont établies, voire concentrées, avec le Haut-commissariat de la République française, la Présidence de la Polynésie, l’Assemblée territoriale, le CESEC ainsi que l’ensemble des ministères. Une concentration qui n’est pas sans conséquence, car en captant l’essentiel de l’activité économique, l’agglomération de Papeete doit composer avec un trafic quotidien intense et des prix de l’immobilier élevés.

En 1995, Papeete est le théâtre de violentes émeutes, en raison de la reprise des essais nucléaires annoncée par Jacques Chirac

Paradoxalement, la capitale n’est pas la ville la plus peuplée de Polynésie, titre décerné à sa proche voisine Faa’a, puis vient Punaauia, plus à l’ouest. La population de la capitale se concentre sur ses hauteurs et vallées, dans les quartiers de Titioro, Mamao, la Mission, Orovini, Sainte-Amélie, Paofai et Tipaerui. Du côté littoral, les quartiers résidentiels s’étendent au nord-nord-est, vers la commune de Pirae, avec Manuhoe, Patutoa, Paraita, Vaininiore, Fariipiti ou encore, Taunoa.

Le centre-ville, lui, est peu peuplé. Et s’il est vivant en journée et dans la semaine, grâce aux nombreuses entreprises présentes dans la capitale, l’ambiance y est bien plus calme, voire morose, en soirée et les weekends. L’activité y est plus attrayante sur le front de mer, où s’étend vers l’Ouest un grand parc arboré, une marina et le terminal international dédié aux croisiéristes, entrecroisés de restaurants, bars et hôtels.

Le gouvernement de la Polynésie française, sous la houlette de son président Moetai Brotherson et son ministre des Grands travaux Jordy Chan, tentent toutefois d’inverser la vapeur : déconcentrer la capitale tout en la rendant attractive. Pour se faire, l’exécutif polynésien a décidé de mettre son foncier à disposition des investisseurs privés pour faire sortir de terre des centres commerciaux, des logements, des bureaux, des lieux culturels en lieu et place des vieux immeubles administratifs.

Ces mêmes administrations, elles, sont poussées de l’autre côté de l’île, à Taravao, avec l’espoir d’un rééquilibrage, à la fois de la densité démographique, de l’attractivité économique, des prix de l’immobilier ou encore du trafic routier. Papeete restera tout de même la première porte d’entrée maritime et aérienne de la Polynésie française, sa principale vitrine, et sa carte de visite, en plus du lieu de vie incontournable des Polynésiens, qu’ils soient de Tahiti ou des îles.

Voir à Papeete : 

L’Hôtel de Ville : inauguré en 1989 en présence de François Mitterrand, l’Hôtel de Ville de Papeete s’inspire du palais de la Reine.

Le marché de Papeete – Mapuru a Paraita : un incontournable où se croisent les odeurs, les saveurs et les savoir-faire de la Polynésie française. 

La Cathédrale de Notre-Dame, le Temple de Paofai, les Jardins de l’Évêché et sa chapelle : des lieux de cultes symbolisant la christianisation et l’évangélisation de Tahiti. 

Les Jardins de Paofai : en bord de mer, ce parc apprécié des habitants de Papeete et son agglomération s’étend de la place To’ata à la place Tu Marama. On peut y flâner, se reposer à l’ombre d’un flamboyant, faire du sport, se restaurer, admirer les piroguiers et leur va’a, les bateaux entrant dans la rade ou les avions qui se croisent à l’aéroport de Tahiti-Faa’a. On peut aussi y découvrir des monuments, récents, racontant l’histoire de la Polynésie. 

Le bain de la Reine : une source discrètement nichée dans les jardins de l’Assemblée territoriale de la Polynésie française. On peut aussi contempler cette source depuis le Parc Bougainville. 

La vallée de la Fautaua, du bain Loti à la cascade (et au-delàs) : une belle randonnée au cœur de Papeete, pour les aventuriers, sur un sentier sur lequel on pourra croiser un ancien « marae », jusqu’aux ruines du fort de Fachoda -vestiges des guerres franco-tahitiennes- et aux jardins du gouverneur. Le tout au pieds du Diadème, montagne emblématique de Papeete. 

La maison de la reine Marau : dernière reine de Tahiti, épouse du roi Pomare V, la maison de la reine Marau Johana Taaroa, parmi les dernières habitations du XIXème siècle, est toujours visible à Papeete. Si la demeure reste fermée au public, des projets de réhabilitation, encore balbutiant, tente de lui donner un second souffle.