Le directeur général de la compagnie Air Tahiti Nui est actuellement à Paris, pour l’IFTM Top Resa. Accompagné par le président du Conseil d’administration, Hiro Arbelot, et du directeur France-Europe, Jean-Marc Hasting, Lionel Guérin et la compagnie internationale polynésienne sont dans les starting-blocks pour l’ouverture, le 14 décembre, des vols directs entre Tahiti-Faa’a et Sydney, tout en travaillant au renouvellement de ses cabines à l’horizon 2028.
« Ça se présente bien » nous a assuré Lionel Guérin. Air Tahiti Nui peut déjà compter sur son code-share avec Qantas -actuellement via Auckland-, qui lui permettra en vol direct d’atteindre « toute l'Australie, en correspondance sur le hub de Sydney qui est puissant ». « Ensuite, nous préparons d'autres accords avec des compagnies asiatiques pour aussi amener sur Papeete des touristes de la région via Sydney ». Lionel Guérin reste discret sur les négociations en cours avec les compagnies d’Asie.
Localement, « les Polynésiens ont hâte d'aller à Sydney » assure aussi le dirigeant, en lien étroit avec Tahiti Tourisme pour préparer ce lancement. La compagnie n’est pas à son coup d’essai sur la grande ville australienne, qu’elle desservait de 2005 à 2009. La crise financière et les difficultés d’Air Tahiti Nui avaient forcé les dirigeants d’alors d’abandonner Sydney, en même temps que New York et Osaka.
« Tout le monde veut cocher Tahiti et Air Tahiti Nui en allié »
Cette fois, Lionel Guérin veut viser plus loin et entend s’appuyer aussi sur le réseau de Qantas vers l’Europe, et toucher la clientèle américaine avec des « combinaisons » : « les Américains sont intéressés par l’idée de faire deux jours à Papeete et après d'aller à Sydney. Il y a beaucoup d'Américains qui rêvent d'aller à Tahiti, mais qui n'y allaient pas et qui vont à Sydney en direct. Ils vont pouvoir passer par Tahiti ». « En fait, c'est une combinaison d'Européens, d'Américains, d'Australiens et de Polynésiens qui fera le succès de Sydney », explique-t-il.
« On va regarder de près tout ce qui va alimenter Sydney et qui peut alimenter la Polynésie » résume Lionel Guérin. « Le trafic que l'on aura à bord, ce sera une grande partie du réseau Qantas, en plus de notre trafic direct ». « Les Européens combinent beaucoup Tahiti avec d'autres destinations : États-Unis, Australie ou Japon. Ils vont construire leur itinéraire depuis leur pays avec leur compagnie. À un moment donné, ils vont rejoindre le réseau d'Air Tahiti Nui sur le Pacifique » abonde Jean-Marc Hasting.
Lire aussi : Aérien : 17 ans après, Air Tahiti Nui va officiellement revoler vers Sydney
À Paris, la compagnie entend aussi s’appuyer sur les agences expertes de l’Australie pour vendre ce circuit. « 80% du chiffre d'affaires d’Air Tahiti Nui est fait en dehors de la Polynésie. C'est une compagnie internationale, Pacifique mais aussi transatlantique, puisqu'elle vend aussi du Paris-Los Angeles. C'est une compagnie qui existe parce qu'elle a des alliances multiples, interligne et des codeshare puissants. On passe beaucoup de temps avec les compagnies ici, dans ces salons, à discuter d'alliances, de développement de produits », détaille Lionel Guérin.
Et des opportunités d’alliances, la compagnie ne manquerai pas d’en recevoir, assure le dirigeant, parce que la Polynésie « intéresse beaucoup de monde » parmi les compagnies aériennes. « J'étais au congrès IATA de Rio, au mois de juin, avec notre directrice commerciale, et j'étais étonné de l'attrait de Tahiti. Tout le monde veut cocher Tahiti et Air Tahiti Nui en allié. Cette destination, elle est puissante ».
« Faire connaître » la Polynésie « aux Australiens »
Pour l’heure, les dirigeants d’Air Tahiti Nui sont prudents sur les projections de remplissage des vols entre Tahiti-Faa’a et Sydney-K. Smith. « On verra en 2027 comment cette ligne se comporte », glisse encore Lionel Guérin qui rappelle en outre que le lancement se fait en basse saison. « Le mois de décembre est bien rempli » assure tout de même le directeur général, qui compte aussi sur des promotions pour attirer les passagers lors des premiers mois de la desserte.
« Il faut faire connaître » la Polynésie « aux Australiens », plutôt habitués aux destinations anglophones dans la région insulaire du Pacifique sud, comme Fidji ou les îles Cook desservies par Jetstar depuis Sydney et Brisbane, voire en Nouvelle-Calédonie pour la partie francophone. « Il y a beaucoup d'opérations média, beaucoup d'opérations avec les « tour operators », les agences de voyage et puis aussi beaucoup de road shows qui vont être faits sur le lancement ».
Renouvellement des cabines : « Le pays qui nous soutient et je le remercie »
L’autre sujet chaud de la compagnie polynésienne, c’est le renouvellement de ses cabines à l’horizon 2028-2029. Pour ce faire, Air Tahiti Nui comptait sur un prêt de 8,5 milliards de Fcfp inscrit au collectif budgétaire du gouvernement polynésien, son principal actionnaire. Finalement, passé le tamis de l’Assemblée territoriale, ce prêt a été ramené à 4 milliards de Fcfp. Mais pas d’inquiétudes pour les dirigeants d’Air Tahiti Nui, qui évoquent « un consensus politique ». « Le pays qui nous soutient et je le remercie » assure Lionel Guérin.
« On est en négociation avec les banques, avec des financiers aussi » pour compléter le financement du renouvellement des cabines de ses quatre Boeing 787-9. « Ça va bien se passer parce que nous avons déjà voté au conseil d'administration, à l'unanimité, le renouvellement des cabines. (…) Donc nous allons bien évidemment continuer à préparer ces financements », insiste Lionel Guérin.
Pour le dirigeant, ce renouvellement est indispensable pour la compétitivité de la compagnie, le maintien de son attractivité, sa montée en gamme -puisque les futures cabines auront huit sièges supplémentaires en business- et par ricochet, l’augmentation de ses recettes. « Les cabines ont huit ans et quand on va les renouveler, elles auront dix ans. C'est l'âge normal de renouvellement des cabines » explique Lionel Guérin, qui vise donc l’horizon 2028 pour refaire à neuf l’intérieur des aéronefs. « Ça sera les 30 ans de la compagnie en même temps » rappelle-t-il.
Pour ce qui est de la flotte de la compagnie, un sujet souvent évoqué ces dernières années, Lionel Guérin, arrivé à la direction de la compagnie en février 2026, paraît plus patient, visant l’horizon 2036, « les avions auront 18 ans à ce moment-là », tout en préparant ce moment important pour une compagnie aérienne. « On a besoin de regarder loin devant nous puisque que le temps de la commande et du financement est long ».
La compagnie polynésienne, qui a débuté ses opérations en 1998 avec des Airbus A340, a renouvelé sa flotte entre 2018 et 2019, au moment de ses 20 ans, passant chez Boeing. Mais ce premier renouvellement avait été acté en 2013 et dans un trafic aérien toujours plus dense, les principaux avionneurs Airbus et Boeing croulent sous les commandes, forçant les compagnies à prévoir les renouvellements tôt pour un délai de livraison raisonnable.
Pour la compagnie polynésienne, ce renouvellement doit aussi être en cohérence avec ses objectifs à long terme. Pour l’heure, ses dirigeants planchent sur son redressement, car si elle a transporté toujours plus de passagers ces dernières années, la concurrence à Tahiti-Faa’a lui a fait perdre en parts de marchés et en rentabilité. Et pour relever la barre, la compagnie se concentre sur l’Australie, l’Asie -avec aussi le retour des vols vers le Japon toute l’année-, et le renouvellement de ses cabines.

