La compagnie internationale réunionnaise clôt l’année 2025/2026 sur un résultat positif, malgré le contexte de crise au Moyen-Orient, et la volatilité des prix du carburant. Une crise qui oblige le président du Directoire Hugues Marchessaux à réajuster son plan de redressement tout en gardant le cap vers une croissance positive solide.
« En 2026, nous allons clôturer notre résultat d'exploitation à environ 9 millions et notre résultat net à 1,5 million positif » a confié le président du Directoire d’Air Austral à Outremers360. Arrivé à la tête de la compagnie il y a deux ans, celle-ci affichait un résultat d'exploitation de 2 millions positif, et une perte de 11 millions en résultat net « du fait d'événements exceptionnels qui venaient perturber le résultat d'exploitation ».
Pour Hugues Marchessaux, le bilan de l’exercice 2025/2026 demeure « globalement positif ». « Parce que nous sommes au résultat annoncé. On avait annoncé l'équilibre, on est légèrement au-dessus » assure-t-il. Mais ce résultat, nuance le président du Directoire, « aurait pu être meilleure si nous avions eu un peu moins d'événements techniques ».
Dès 2025, soit un an après la prise de poste d’Hugues Marchessaux qui avait entamé un plan de redressement à son arrivée, Air Austral avait pu bénéficier d’un résultat d’exploitation de retour dans le positif. Pour 2026, la compagnie réunionnaise poursuit son retour à une croissance positive due notamment, selon son dirigeant, au « travail engagé par les équipes » et au « plan d'économie qui portait à la fois sur du développement de recettes et de l'optimisation des coûts ».
« Sur les recettes » poursuit Hugues Marchessaux, Air Austral « est passé de 443 millions à 464 millions cette année », « ce qui fait une croissance du chiffre d'affaires de 4,7% », avec « des moyens totalement équivalents, voire légèrement moins que l'année dernière ». Outre son plan d’économie, la compagnie a pu aussi bénéficier de la baisse du carburant pendant toute l'année 2025, « pas tant à la consommation, mais au prix du carburant », et de la parité dollar-euros.
« On a entre 30 et 40% de nos dépenses qui sont en dollars, notamment les dépenses de maintenance, les avions en leasing. À partir du moment où le dollar se déprécie vis-à-vis de l'euro, mécaniquement, ça nous fait un gain sur le plan des résultats », ajoute le dirigeant.
« A contrario, nous avons été pénalisés par des événements majeurs, notamment dans le domaine technique et les indemnisations clients qui, l'année dernière, ont été beaucoup trop élevées. On n’est pas loin des 10 millions d'indemnisations clients ». Des indemnisations qui comprennent à la fois l’hébergement ou le réacheminement des passagers.
Comme l’ensemble du secteur aérien, Air Austral traverse une phase de turbulence : la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz a multiplié par trois les prix du pétrole et des hydrocarbures. Et naturellement, les compagnies aériennes en pâtissent. « La crise nous oblige à revoir l'année qui est en cours, parce qu'on ne peut pas, évidemment, ne pas prendre en compte l'impact majeur de la flambée du carburant ».
Si Air Austral est « mieux couverte » que d’autres compagnies pour ses besoins de carburants, elle va tout de même devoir intégrer ces coûts élevés. « Nous savons que nous allons avoir malheureusement une année difficile du fait du carburant comme les autres entreprises. Mais nous prenons des mesures », parmi lesquelles une inévitable hausse des prix du billet. « Ça ne fait pas plaisir aux clients, mais on ne peut pas faire autrement », concède Hugues Marchessaux.
Des augmentations qui, rassure le président du Directoire, sont « restées raisonnables ». Car ce n’est pas en réalité le billet qui augmente directement mais « la surcharge carburant pour faire face à un événement exogène qu'on ne maîtrise pas ». « À un moment donné, on est face à une situation pour laquelle soit on paye notre carburant, soit on ne vole plus. On préfère payer le carburant, voler et assurer le service client ».
Si l’augmentation des tarifs est un passage obligé pour toutes les compagnies aériennes, le dynamisme de la destination et la concurrence ont pour effet de maîtriser cette augmentation. « Nous avons devant nous un été qui, d'un point de vue commercial, se profile plutôt bien pour l'instant, notamment quand on compare à ce qu'on entend sur le ralentissement, sur les marchés moyen-courrier, sur les États-Unis », rassure-t-il. Une « dynamique » qui appelle à « rester attentif ». « À côté de ça, on a des coûts carburants qui sont beaucoup plus élevés que ceux auxquels on s'attendait en début d'année ».
Et face à la concurrence, « on ne peut pas se permettre de faire des tarifs exorbitants (…). Pour vous illustrer le propos, cet été par exemple, nous avons des tarifs d'appel qui sont en deçà par rapport à l'année dernière. C’est lié à la concurrence intense que se livrent les compagnies. C'est au bénéfice des consommateurs, peut-être un peu moins pour l'entreprise, mais c'est la réalité du marché avec laquelle on doit jouer ».
L’autre réalité pour Air Austral c’est que malgré la crise, la compagnie doit continuer de dérouler son plan débuté en 2024. « La crise n'empêche pas la compagnie d'avancer sur tous les projets qu'elle a à mener » résume Hugues Marchessaux. Que ce soit sur sa stratégie commerciale et le développement de ses accords, Air Austral tient le cap. Ces derniers mois, la compagnie, plutôt que d’annoncer de nouvelles destinations et élargir son réseau en propre, a préféré nouer des partenariats (Thai Airways, Madagascar Airlines, Aircalin, AirLink, Air India).
« Il vaut mieux avoir un réseau plus resserré et plus efficace que de vouloir desservir des destinations avec un risque avéré derrière de ne pas être rentable » estime Hugues Marchessaux. « Le partenariat avec d'autres compagnies reste au centre de notre stratégie ». Une stratégie qui permet à Air Austral de proposer des vols vers l’Asie, l’Inde, la Nouvelle-Calédonie, l’Australie ou la Polynésie française via Bangkok, ou vers l’Afrique australe et Ouest via Johannesburg.
Air Austral poursuit aussi ses évolutions de flotte. À court-termes, la compagnie va recevoir deux Airbus A320 entre mars et mai 2027. Ces deux appareils, des monocouloirs, vont remplacer les A220, « qui ne correspondent plus à ce qu’on veut faire en termes de réseau régional ». Quant au réseau international, la compagnie demeure en phase de « discussions exploratoires, tant avec Airbus qu'avec Boeing ».
Des discussions avec toutefois trois prérogatives : « se projeter suffisamment dans le temps parce que les capacités de production d'avions long-courriers sont très restreintes par rapport à la demande » ; n’avoir qu’un seul type d’avion pour des raisons d’économie d’entretien ; et prendre en compte la complexité de la desserte de Mayotte où, pour l’heure, les travaux pour un nouvel aéroport avec une piste longue n’ont pas débuté.
« Le fait que Mayotte est une île avec des contraintes d'exploitation aéroportuaires qui sont très particulières peut avoir des incidences sur le choix de la flotte ». La compagnie, qui a par ailleurs fêté les dix ans de son Paris – Mayotte en vol direct, demeure attentive sur le sujet qui aura une incidence sur son futur.
En attendant, Air Austral entame un nouvel exercice sur un bon pied, compte tenu des résultats positifs dans un contexte de soubresauts internationaux qui impactent le secteur de l’aérien. Et pour continuer à tenir son cap, la compagnie va aussi moderniser son image et dynamiser ses produits commerciaux et notamment « un nouveau programme de fidélité qui a été complètement revu pour mieux répondre aux attentes des clients » explique son dirigeant.

