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« Zoos humains » : le Parlement entérine la restitution à la Guyane des restes de six Amérindiens
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Le Parlement a entériné lundi la restitution à la Guyane des restes de six Amérindiens Kali’nas et Arawaks conservés au Muséum d'histoire naturelle, plus de 130 ans après leur mort dans les conditions indignes des « zoos humains » où ils furent exhibés. Une loi « d’espèce » qui ouvre la voie à une loi-cadre élargie à tous les Outre-mer.

« Nos ancêtres vont enfin pouvoir rentrer chez eux ». L'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité (59 pour, 0 contre) cette proposition de loi, « d’espèce », transpartisane, déjà adoptée en mai au Sénat, qui va permettre leur inhumation sur leur terre natale et de « réparer une injustice vieille de plus d'un siècle », selon son rapporteur, le député de Guyane Jean-Victor Castor.

Soutenue par le gouvernement, cette restitution, portée par les sénateurs Catherine Morin-Desailly (centriste), Max Brisson (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (Parti communiste), a été adoptée à l’unanimité dans l’émotion, en présence de descendants de ces huit Amérindiens morts dans les « zoos humains » à la fin du XIXème siècle. Il s'agit de l'une « des pages les plus sombres de l'histoire coloniale française », a rappelé Jean-Victor Castor.

En 1892, 33 Amérindiens des peuples Kali'nas et Arawaks furent emmenés par paquebot vers l'Hexagone sous de fausses promesses par l'explorateur français, François Laveau. Ils furent exhibés vivants dans des « zoos humains » au Jardin d'Acclimatation à Paris. Huit d'entre-eux ne survécurent pas à l'hiver en raison de leurs conditions d'hébergement ignobles.

Pire, cinq ans plus tard, les dépouilles de six d'entre eux furent exhumées à des fins anthropologiques: quatre hommes d'une vingtaine d'années, une femme enceinte et un adolescent. Au pupitre, plusieurs députés ont tenu à rappeler leurs noms : Pékapé, Couani, Emo-Marita, Mibipi, Makéré et Miacapo. Depuis lors, leurs restes n'ont jamais quitté les collections publiques.

« Des êtres humains réduits à des numéros d'inventaire, des objets de collection », toujours présents dans les « tiroirs du musée à des milliers de kilomètres de leur terre natale », a fustigé Frantz Gumbs (MoDem), une histoire qui continue de « peser sur les épaules » de leurs descendants.

Lors des débats, les députés sont longuement revenus sur ces « zoos humains », organisés en France entre 1877 et 1931. Ces « expositions », qui ont fait près de 30 000 victimes, avaient pour but de promouvoir une prétendue hiérarchie des races. Plusieurs élus de gauche ont estimé que cet héritage colonial continue de produire des effets aujourd'hui, rappelant notamment les attaques racistes qui ont visé plusieurs maires noirs lors des municipales.

Ces restitutions répondent à la demande de l’association Moliko Alet + Po, présidée par Corinne Toka-Devillier, qui veut offrir des funérailles et une sépulture sur le sol guyanais à ces Amérindiens issus des peuples Kali’nas et Arawaks. Outre des représentants des peuples autochtones Kali’nas et Arawaks, le président de la Collectivité territoriale de Guyane, Gabriel Serville, était aussi présent lors de ce vote.

« C'est un jour historique, nos ancêtres vont enfin pouvoir rentrer chez eux », s'est exclamée Corinne Toka-Devilliers, émue aux larmes après le vote. Depuis cinq ans, elle mène le combat pour leur rapatriement à la tête de l'association, Moliko Alet+Po, qui souhaite leur offrir des funérailles et une sépulture sur leurs terres.

« Il faut que la suite se traduise rapidement, que le président promulgue la loi, et que le décret d'application soit rédigé dans un temps court » a dit, soulagé, le rapporteur du texte à l’issue du vote. Les représentants autochtones sont d’ailleurs attendus ce mardi à l’Élysée puis au Ministère de la Culture pour préciser les modalités de rapatriement des corps en Guyane.

Lire aussi : Le Sénat adopte à l'unanimité la restitution de dépouilles d'Amérindiens à la Guyane, 130 ans après leur mort dans des « zoos humains »

Jusqu’à présent, pareil rapatriement était impossible en raison du principe d’inaliénabilité des collections publiques, qui interdisait que les biens appartenant aux collections des personnes publiques (musées, bibliothèques publiques, archives, etc.) soient vendus, donnés ou cédés librement. 

La loi dite « d’espèce », c’est-à-dire qui concerne uniquement le cas précis des restes humains Kali’nas et Arawaks, ouvre la voie à une loi-cadre qui pourrait concerner d’autres territoires ultramarins, et à la fois pour une restitution des restes humains et des biens culturels. « Les restes humains, ça concerne aussi d'autres communautés » a rappelé Jean-Victor Castor qui cite les « 23 000 restes humains » encore « au Musée de l’Homme ».

Le gouvernement, par la voix de la ministre de la Culture Catherine Pégard, ainsi que les groupes parlementaires se sont dit favorables à une telle loi-cadre dont les prémices ont été posés par un rapport du député Christophe Marion (EPR). « Pourquoi acceptons-nous encore que d'autres ancêtres guyanais, caribéens, réunionnais, néo-calédoniens, polynésiens demeurent dans le même état d'abandon au nom de la science ? Traiter différemment nos ancêtres, hiérarchiser leurs dépouilles, c'est hiérarchiser leurs descendants », s'est d'ailleur indigné le député Christophe Marion.

« Tant que le gouvernement n'avance pas sur ce sujet, on ne peut rien faire parce qu'on a besoin que le gouvernement prenne une décision, pose un cadre légal dans lequel les restes ultramarins peuvent être restitués » a expliqué Martin Friess, Responsable scientifique des collections d'anthropologies biologiques du Muséum National d'Histoire Naturelle.

« Il faut trouver un véhicule législatif comme ça a été fait là, avec une procédure accélérée » a estimé Jean-Victor Castor, rappelant au passage les promesses non tenues de l'État envers les peuples autochtones. En 2017, après trois semaines de mobilisation populaire, l'État s'était engagé à attribuer 400 000 hectares à ces peuples. 

Huit ans plus tard, « aucune restitution n'a été réalisée à ce jour », a souligné Jean-Victor Castor. « Cette réalité nous rappelle que la reconnaissance des peuples autochtones ne peut se limiter au discours. Elle doit aussi se traduire par des actes ».

Avec AFP