La Fédération des Entreprises des Outre-mer (FEDOM) et le cabinet Tactics viennent de publier les actes d’un colloque organisé en décembre 2025 au Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), en partenariat avec la Fondation Concorde et du GW Competition and Innovation Lab de l’université George Washington (États-Unis). Intitulé « Régulation dans les Outre-mer : solution à la vie chère ou facteur d’aggravation ? », cette rencontre, rassemblant principalement des dirigeants économiques et des universitaires, s’est penchée sur la réalité de la vie chère, l’évaluation de l’efficacité des politiques de régulation, et la question du dynamisme économique.
Dans sa synthèse, le rapport relève que la régulation économique dans les territoires ultramarins constitue un enjeu majeur, au croisement des questions de pouvoir d’achat, de cohésion sociale et de développement économique. Si les pouvoirs publics ont multiplié les dispositifs pour lutter contre la vie chère, leur efficacité reste limitée en raison de l’absence d’évaluations solides et de la complexité structurelle des économies ultramarines. Une approche plus stratégique, fondée sur l’analyse, la différenciation territoriale et la transparence, apparaît indispensable pour améliorer durablement la situation.
« Les économies ultramarines cumulent des contraintes importantes. L’éloignement géographique allonge les chaînes d’approvisionnement et renchérit les coûts de transport. L’insularité impose des contraintes logistiques supplémentaires. L’étroitesse des marchés limite les volumes d’activité et empêche la réalisation d’économies d’échelle », souligne le document.
La vie chère résulte avant tout d’un déséquilibre entre prix et revenus. À prix constants, ce sont le niveau de revenu et l’accès à l’emploi qui déterminent le pouvoir d’achat réel. Or, les territoires ultramarins présentent des taux d’emploi plus faibles et des inégalités de revenus plus fortes qu’en Hexagone. Ce décalage explique largement les tensions autour du pouvoir d’achat et l’importance prise par la question de la vie chère.

Les dispositifs de régulation économique se sont multipliés dans les territoires ultramarins, qu’il s’agisse du contrôle des prix et des marges, de l’encadrement de certaines pratiques contractuelles ou de restrictions à l’expansion d’entreprises dominantes. Cependant, cette accumulation n’a pas été accompagnée d’une véritable évaluation. Les effets de ces mesures sur les prix et sur le fonctionnement des marchés restent largement inconnus, et leur maintien repose souvent davantage sur des postulats ou des positions politiques que sur des résultats empiriques établis.
« Les analyses présentées lors du colloque convergent pour mettre en doute l’efficacité de plusieurs de ces régulations. Les dispositifs de contrôle des prix ou d’encadrement des marges n’agissent pas sur les déterminants des prix. En revanche, ils contraignent les entreprises, réduisent leur rentabilité, leur souplesse d’adaptation et risquent de freiner l’investissement », déplore l’étude.
Si le droit de la concurrence demeure essentiel pour sanctionner les pratiques anticoncurrentielles, il ne saurait pour autant légitimer l’accumulation de dispositifs visant à administrer le fonctionnement des entreprises et des marchés. Une application de ce droit dans un sens excessivement régulateur comporte en effet le risque de freiner l’innovation et de limiter la créativité entrepreneuriale, en rigidifiant des marchés déjà contraints.

Des prix à la consommation supérieurs à ceux de l’Hexagone
Cela ne signifie pas pour autant que toute action sur les prix soit exclue. Il existe en effet des leviers permettant d’agir indirectement sur les niveaux de prix en s’attaquant aux déterminants structurels des coûts. Parmi ceux‑ci figurent notamment les instruments fiscaux — tels que la modulation de l’octroi de mer ou des droits de douane — qui peuvent influer sur le coût d’importation des biens. De même, l’amélioration des infrastructures portuaires et de transport, tout comme la modernisation des chaînes logistiques, constitue un moyen de réduire les prix liés au fret, au stockage ou à la distribution. Ces interventions, en diminuant les coûts supportés par les entreprises, sont susceptibles de contribuer à un rapprochement des niveaux de prix entre les Outre‑mer et l’Hexagone.
Pour autant, ces leviers relèvent d’une transformation des conditions de fonctionnement de l’économie, et non d’un encadrement administratif des prix. Ils visent à agir sur les facteurs structurels qui les déterminent, plutôt qu’à imposer des plafonds ou des contrôles directs dont l’efficacité demeure limitée et parfois contre‑productive. L’enjeu est donc moins de réguler les prix eux‑mêmes que de créer un environnement économique permettant leur ajustement naturel.
« Dans ces conditions, le débat public devrait être réorienté », recommande le rapport. « La question centrale n’est pas de savoir comment faire baisser les prix, mais comment accroître durablement les revenus. Le pouvoir d’achat dépend d’abord du niveau d’activité, de l’emploi et de la distribution des revenus. (…) Cela implique un déplacement du centre de gravité des politiques publiques. La régulation ne peut être conçue comme un instrument de traitement direct de la « vie chère ». Elle doit être replacée dans sa fonction propre : garantir le bon fonctionnement des marchés, sans se substituer aux mécanismes de création de richesse ».

PM

