Un vaste programme de mise à jour de l’inventaire des ressources minérales est en cours en Guyane. Annoncé en 2023 par Emmanuel Macron, ce projet national concerne cinq zones du territoire français, dont le sillon nord guyanais. Pilotée par le BRGM, l’étude a fait l’objet d’un point d’étape un an après son lancement. Focus grâce à l’interview de Blandine Gourcerol, directrice de l'inventaire des ressources minérales, Pierre-Michel Rosier, premier vice-président de la FEDOM, et Floriane Deneuville Mayer, directrice du BRGM, par nos partenaires de Radio Péyi.
D’ici 2029, plus de 20.000 km² seront étudiés entre Régina et le Maroni. En Guyane, près de 4 000 échantillons géochimiques, prélevés dans l’eau et les sols, ont été identifiés, dont 1.200 déjà collectés. Les résultats sont attendus dans le courant de l’année. Au total, 55 substances sont recherchées, allant des terres rares aux matériaux nécessaires à la fabrication de batteries et de composants électroniques.
Pour Blandine Gourcerol, le choix de cette zone repose sur plusieurs critères : « Alors déjà, c'est une zone qui est cohérente d'un point de vue géologique, qui est celle où il y a le plus grand bassin de vie, qui est accessible plus facilement que d'autres zones, et c'est un endroit où la connaissance géologique est très hétérogène. Donc on s'est focalisé sur cette zone, tout simplement parce que géologiquement, il y a un intérêt. C'est une zone qui est pourvue d'un territoire d'âge assez ancien et avec des minéralisations très diversifiées, et également parce qu'on a un besoin de connaissances géoscientifiques sur cette zone. Simplement et très basiquement, d'un point de vue géologique, on a besoin de comprendre cette zone dans sa globalité pour pouvoir répondre à un certain nombre de questionnements ».
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L’inventaire vise avant tout à identifier des indices de présence de ressources, sans préjuger d’une exploitation future : « L'IRM, l'inventaire des ressources minérales, se base essentiellement sur la recherche et l'exploration stratégique. C'est-à-dire qu'on va identifier un potentiel d'occurrence, donc de présence de certains métaux ou substances critiques et stratégiques sur le territoire. Pour autant, ça n'est pas pour cela qu'on va passer à l'échelle suivante, qui est une mine ou une mise en production de quelque chose. Il y a quand même un jalon qui est effectivement de fournir une occurrence. On va, on va formuler le fait qu'effectivement, il y a la probabilité que l'on retrouve, par exemple, du lithium dans telle zone, mais les acteurs locaux doivent se saisir des données qui seront développées pour effectivement passer à l'étape suivante et faire vraiment de l'exploration concrète et développer les projets. Ce qui est évident, c'est qu'on essaye dans sa mise en place d'avoir une tribune associée à toutes les parties prenantes, quelles qu'elles soient, et de faire en sorte d'agir dans notre neutralité et de fournir à tout le monde de la donnée géoscientifique au sens large qui soit disponible pour tous ».
Des attentes et des inquiétudes économiques
Du côté des acteurs économiques, certaines interrogations émergent. Pierre-Michel Rosier souligne que l’étude permettra surtout d’identifier des indices, et non des gisements exploitables immédiatement : « Vu la maille de l'inventaire, on ne va pas découvrir, par exemple, de nouveaux gisements aurifères. Par contre, on va certainement avoir des indices d'autres minéraux. Une fois qu'on aura cet indice-là, ça va demander à refaire des analyses pour les sociétés qui pourraient être intéressées, plus resserrées sur l'endroit où on aura eu un indice. Donc ce n'est pas pour dire « l'IRM va définir tout de suite un gisement de taille exceptionnelle ». Pour l'instant, on cherche des indices. Imaginez un peu une table où vous commencez par chercher une miette, et ensuite quand vous avez eu la miette, vous essayez de remonter tranquillement, voir si c'est une miette qui amène à un gâteau ou est-ce que c'était juste une miette isolée. Pour voir caractériser la puissance et le volume d'agissement, ça va demander des analyses complémentaires ».
Il exprime également des craintes quant aux retombées locales en cas de découverte de minerais stratégiques : « Ce n’est pas parce qu'on fait de l'or qu'on va être en mesure d'exploiter du lithium. Ce n’est pas le même niveau, ce n’est pas la même catégorie, ce n’est pas le même type d'exploitation, ce n’est pas le même type d'usine, c'est pas du tout le même travail en fait. Donc la crainte qu'on peut avoir, si on se base en tant que Guyanais, c'est la crainte par rapport aux retombées locales, économiques. C'est la crainte d’une société extérieure parce que les miniers locaux n’auront pas la capacité de pouvoir l'exploiter et que ça ne profite pas directement, que ce soit en termes d’emplois ou en termes de retombées financières, au territoire. Je pense que dans le futur, là où il faudra être vigilant, ce sera d'associer les miniers locaux pour pouvoir aller vers ce virage et toujours avoir la mine avec de la localité pour pouvoir défendre au mieux les intérêts guyanais, mais pas laisser des intérêts complètement partir et se faire exploiter comme on a pu voir dans d'autres pays où l'Afrique, par exemple, qui va avoir des richesses incroyables en termes de minerais, mais qui peut voir des sociétés étrangères prendre ces richesses-là ».
Une actualisation jugée nécessaire
Selon Floriane Deneuville Mayer, directrice du BRGM, ce nouvel inventaire répond à l’évolution des besoins industriels et technologiques :« Pas forcément avec le moins de connaissances, mais en toutes les autres causes, avec des connaissances qui, jusque-là se sont limitées aux métaux premiers, donc l'or forcément, mais on a aussi recherché du cuivre, du plomb, etc. Tous les métaux et toutes les substances qui participent à la transition énergétique ou numérique, à l'époque du premier inventaire, on n'en avait pas le besoin, on n'en connaissait pas l'intérêt. Donc aujourd'hui, on est obligé de revenir, parce que la connaissance sur ces substances, on ne l'a pas (…) Là où ça devient plus intéressant à l'échelle du territoire, c'est la partie géophysique qui va apporter des éléments non plus sur des substances en elles-mêmes, mais sur la composition, la configuration, la structuration du sous-sol. Et là, ce sont des données qu'on va pouvoir utiliser pour d'autres fonctions que les ressources minérales ».
Un équilibre à trouver avec l’activité minière existante
Enfin, la question de la cohabitation avec l’exploitation aurifère est soulevée. Pierre-Michel Rosier met en garde contre une possible concurrence entre permis :« Il faudra faire attention pour que les permis de recherche de ces autres minéraux, qui ne peuvent pas être exploités sur une taille aussi petite que les permis miniers aurifères, ne fassent des grands permis qui couvrent des secteurs qui, au final, empêchent l'activité minière. Parce qu'aujourd'hui, avec le nombre de normes environnementales diverses et variées qu'on a en Guyane, l'activité minière est très encadrée et peut se faire dans des endroits qui sont équivalents à moins de 8 % de la superficie du pays. Et la crainte d'avoir des grands permis de recherche qui vont rentrer en concurrence avec les permis d'exploitation aurifère, c'est quelque chose qu'il faut avoir à l'œil, mais ce n'est pas quelque chose aux horizons immédiats ».
Ce programme d’inventaire, à la fois scientifique et stratégique, devrait ainsi contribuer à mieux connaître le potentiel du sous-sol guyanais, tout en posant les bases de futurs débats sur son exploitation et ses retombées économiques.





















