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Grandes figures des Outre-mer : Simone Schwarz-Bart, mémoire vive de l’histoire et de l’imaginaire guadeloupéens
Simone Schwarz-Bart en 2015 au festival « Étonnants voyageurs » de Saint Malo

Dans notre série hebdomadaire sur les personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer, nous nous intéressons aujourd’hui au parcours de la Guadeloupéenne Simone Schwarz-Bart. Autrice majeure de la littérature antillaise contemporaine, elle explore les héritages de l’esclavage, de la colonisation, de l’exil et de la transmission culturelle. Son écriture, à la fois poétique et engagée, éclaire les réalités sociales et historiques des Antilles tout en développant une réflexion universelle sur la mémoire, la dignité humaine et la résilience. Son œuvre, de dimension internationale, occupe aujourd’hui une place centrale dans les études francophones, postcoloniales et de genre.

Née Simone Brumant le 1er août 1938 à Saintes, en Charente‑Maritime, de parents guadeloupéens, la future écrivaine passe seulement quelques mois dans l’Hexagone avant de partir en Guadeloupe avec sa famille. Elle grandit à Trois‑Rivières puis Goyave, dans un environnement, à l’époque, profondément marqué par la culture créole, les traditions orales et une mémoire ancrée dans l’esclavage. Sa mère, institutrice, lui inculque l’importance de l’éducation. La jeune Simone poursuit sa scolarité au Cours Michelet de Pointe‑à‑Pitre, puis au lycée Gerville‑Réache de Basse‑Terre.

À partir des années 1950, elle continue ses études à Paris. C’est une rupture géographique et culturelle, dans laquelle elle prend conscience des réalités de l'exil et des discriminations auxquelles sont confrontés de nombreux Antillais. Cette expérience façonne chez la jeune fille une conscience critique des rapports entre la France hexagonale et ses Outre-mer au sein de l'empire colonial. Simone découvre aussi les milieux intellectuels parisiens foisonnant dans l’après-guerre, avant de poursuivre des études à Dakar, au Sénégal. Ce voyage élargit son horizon à une Afrique postcoloniale en pleine effervescence.

Rencontre avec André Schwarz‑Bart

De retour en France, elle fait une connaissance qui va bouleverser sa vie en la personne du romancier André Schwarz‑Bart (1928-2006), alors en pleine rédaction du Dernier des Justes, qui obtiendra le prix Goncourt en 1959. Ils se marient en 1961 et de là va naître une collaboration littéraire unique autour des thèmes de la mémoire historique (la Shoah et l'esclavage), des persécutions et de la transmission des traumatismes collectifs, ainsi que des mécanismes de la violence, de l'exclusion et de la résistance.

Dans son dernier livre, Nous n’avons pas vu passer les jours (avec Yann Plougastel, éditions Grasset, 2019), Simone Schwarz-Bart évoque « le miracle » de sa rencontre avec celui qui allait devenir son époux, « cet homme au cœur troué, en méditation permanente devant la beauté et la cruauté du monde ». Elle raconte, un jour qu’elle était égarée dans Paris : « C’est alors qu’un jeune homme maigre et affublé d’un manteau qui l’avalait s’avança vers moi. Dans cet accoutrement, il semblait une apparition sortie d’un autre temps, comme par magie, à la fois jeune et vieux. Il me dit timidement : « Vous cherchez votre chemin ? », et en créole : « Vous n’êtes ni de la Martinique, ni de la Guyane, mais de la Guadeloupe. » J’ai répondu que c’était bien vrai et me préparais à continuer mon chemin sans me douter que ma première étoile venait de naître à l’Orient. »

 En 1967, ils publient Un plat de porc aux bananes vertes, un premier roman commun dédié à Aimé Césaire et Elie Wiesel. L’ouvrage effectue une mise en parallèle des destins diasporiques juifs et antillais, en explorant les génocides, les esclavages et les exils, dans une sorte de fresque mondiale des souffrances et des résistances. Cinq ans plus tard, Simone Schwarz-Bart s'impose comme une écrivaine de premier plan en écrivant, seule cette-fois, Pluie et vent sur Télumée Miracle, que l’on peut considérer comme son œuvre fondatrice. Cet ouvrage, oscillant entre le merveilleux et le réalisme social, retrace le destin de plusieurs générations de femmes rurales guadeloupéennes, en insistant sur leur capacité de résilience. Le roman reçoit le Grand prix des lectrices du magazine Elle en 1973.

Suivront Ti Jean L'Horizon (1979), Ton beau capitaine (théâtre, 1987), L'Ancêtre en Solitude et Adieu Bogota (2015 et 2017, signés à deux mains suite au décès d’André Schwarz-Bart d’après des manuscrits inédits rédigés ensemble). Ces textes reviennent sur les thématiques de l'identité, des fractures sociales, des migrations, du déracinement et de la mémoire collective. L'écriture de Simone Schwarz-Bart se caractérise également par une grande virtuosité stylistique où le français résonne des rythmes du créole, engendrant une langue littéraire originale qui traduit la pluralité culturelle des Antilles. Une approche qui contribue à la valorisation des identités créoles dans l'espace francophone.

 « Hommage à la femme noire »

Une autre contribution est à mettre à l’honneur du couple. Entre 1988 et 1989, Simone et André Schwarz‑Bart publient six volumes d’un ouvrage intitulé Hommage à la femme noire, un ambitieux projet encyclopédique visant à remettre à leur juste place des femmes africaines et afro‑descendantes oubliées de l’historiographie officielle. Ce travail colossal, tout à la fois mémoriel, biographique et pédagogique, salué internationalement par la critique, est considéré comme une contribution majeure aux études de genre, féministes et postcoloniales.

 Âgée de 87 ans aujourd’hui, Simone Schwarz‑Bart vit entre la Guadeloupe et l’Hexagone, poursuivant sans relâche son travail de transmission littéraire. Chez elle aux Antilles, sa « maison des illustres », consacrée à la préservation des archives du couple, est ouverte aux visiteurs et aux chercheurs. Son œuvre, traduite en plusieurs langues, est enseignée dans de nombreuses universités en Europe, en Amérique du Nord et dans la Caraïbe. Elle est la mère de deux fils, dont Jacques Schwarz‑Bart, un saxophoniste de jazz reconnu. De par son écriture unique, Simone Schwarz‑Bart continue d’influencer la littérature caribéenne et internationale, faisant d'elle l'une des auteures majeures du XXe et du XXIe siècle. 

PM

► Retrouvez l’intégralité de notre série sur les grandes figures des Outre-mer