Déploiement de la fibre, innovation, inclusion, cybersécurité : Denis Honoré, directeur délégué régional d’Orange Martinique veut reconnecter les communes martiniquaises

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Déploiement de la fibre, innovation, inclusion, cybersécurité : Denis Honoré, directeur délégué régional d’Orange Martinique veut reconnecter les communes martiniquaises

Lorsqu’il prend ses fonctions de directeur délégué régional d’Orange en Martinique, fin 2024, Denis Honoré fait un choix clair, repartir du terrain. Dans un territoire marqué par les retards de la fibre, la fracture numérique et les enjeux de résilience, il engage une tournée des communes pour recréer le dialogue avec les élus et remettre le numérique au cœur des priorités. Sur les 34 communes de Martinique, ce spécialiste des télécoms affirme avoir rencontré près de 70 % des maires en un an. Un travail de proximité qui nourrit aujourd’hui une stratégie tournée vers l’inclusion, la cybersécurité et la souveraineté numérique, dont il dresse le premier bilan.

Aux côtés des collectivités et des citoyens

Plusieurs constats émergent de cette consultation des communes. Au premier rang, la méconnaissance de certains outils pourtant déjà disponibles, comme l’application Signal Réseau, qui permet aux mairies de signaler un incident (poteau penché, infrastructure endommagée) via une photo géolocalisée. « À peine 5 à 6 % des mairies l’utilisaient », observe Denis Honoré.

Mais c’est surtout sur le très haut débit que le déséquilibre apparaît. Alors que Schœlcher affiche une couverture de 100 % avec l’arrêt du réseau cuivre en juin 2025 et que Fort-de-France atteint 98 %, le reste du territoire plafonne autour de 40 %. Et, « fin 2025, 15 communes ne comptaient encore aucune prise fibre. Une situation exceptionnelle à l’échelle nationale », souligne le directeur régional.

Pour comprendre ce décalage, il faut revenir aux débuts du très haut débit en Martinique. Dans plusieurs communes, certaines zones avaient déjà été équipées en internet rapide via le câble, grâce à des financements publics, notamment européens. Ces secteurs, appelés aujourd’hui « zones grises », ont donc été exclus du Réseau d’initiative publique de la CTM, selon une logique simple de ne pas financer deux fois un même territoire. 

Or l’opérateur qui exploitait ce réseau câblé a depuis cessé la desserte. Résultat, ces quartiers ne relèvent plus du réseau public et ne bénéficient pas automatiquement d’un déploiement privé. Ils se retrouvent dans un entre-deux, difficile à comprendre pour les habitants comme pour les élus. Car comme le soutient Denis Honoré, le très haut débit n’est pas qu’une question technique « c’est un levier direct d’attractivité qui répond aux attentes des communes en matière de tourisme notamment ».

Autre constat auquel Denis Honoré est confronté, une fracture numérique très marquée entre le centre de l’île, largement connecté, et certaines communes du nord et du sud encore en retrait. Pour y répondre, Orange s’appuie sur l’Orange Digital Center, en lien avec les mairies et les CCAS, afin de proposer « des ateliers de proximité et apporter des solutions sur mesure à partir des besoins exprimés localement plutôt que des formations standards ». 

En 2025, 2 500 usagers ont ainsi été accompagnés sur le territoire. Dans la même logique, « Orange participe avec les missions locales à des événements comme Numérique en Commun[s] pour faciliter l’accès des jeunes aux métiers du numérique », précise Denis Honoré.                                                          

Orange déploie un téléport satellitaire au Lamentin

En Martinique, la continuité des communications est un enjeu stratégique, dans un territoire exposé aux enjeux climatiques. Pour garantir cette résilience, Orange a déployé plusieurs dispositifs complémentaires. En juillet 2025, l’opérateur a présenté sa Safety Case, un ensemble de solutions techniques capables de rétablir rapidement les réseaux mobiles et internet, même en cas de coupure d’électricité.

Quelques mois plus tard, en novembre 2025, Orange renforce ce dispositif avec l’inauguration au Lamentin d’un téléport satellitaire hébergeant la gateway OneWeb d’Eutelsat. Équipé de 14 antennes, ce site permet d’apporter une connectivité satellite performante aux zones isolées. À ces infrastructures s’ajoute un atout majeur. La Martinique est en effet un hub de câbles sous-marins, au cœur des échanges numériques de la région. Un rôle clé pour assurer la solidité et la souveraineté des réseaux dans les Caraïbes.

Cybersécurité, préparer les usages

Pour Denis Honoré, la cybersécurité est devenue un enjeu majeur pour les collectivités. Il rappelle l’électrochoc de la cyberattaque qui a paralysé le Conseil général en 2023. « Les outils sont restés bloqués pendant des mois. Les prestations sociales, les fournisseurs, tout était à l’arrêt. C’est toute une économie qui s’est retrouvée fragilisée. Orange a alors pris l’engagement d’avancer les paiements aux sous-traitants, le temps que la collectivité puisse rétablir sa situation. » souligne le directeur régional.

Un épisode qui sert désormais de référence dans les échanges avec les élus. « Le danger ne vient pas toujours de l’extérieur. Bien souvent, il vient d’un manque de sensibilisation au sein même des services. » constate Denis Honoré qui insiste sur la nécessité de multiplier les actions de prévention. Une pédagogie de terrain pour éviter que l’histoire ne se répète.

Numérique responsable, le défi du recyclage local

Deux gros chantiers illustrent l’engagement environnemental d’Orange en Martinique. D’une part la déconstruction des réseaux 2G/3G, très énergivores, et le chantier plus complexe de la collecte et du traitement des mobiles usagés qui se heurte à l’absence, sur le territoire, de filière industrielle suffisamment structurée pour éviter un recyclage à distance. Comme l’explique Denis Honoré, « je ne veux pas faire de la RSE de façade », aussi réfléchit-il à des pistes de travail avec les collectivités pour bâtir une solution locale durable.

Denis Honoré revendique un engagement personnel autant que professionnel. Revenu en Martinique après plusieurs années dans l’Hexagone, il confie avoir été frappé par le retard numérique du territoire. « Ce péyi est le mien, et je ne l’ai pas reconnu ces dernières années », glisse-t-il. Il assume une posture de pédagogie et de terrain fondée sur expliquer, accompagner, et surtout agir. Une méthode qu’il entend poursuivre pour faire du numérique un véritable levier de développement au service de toute la population martiniquaise.

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