🔮 EXCLU. L’IEOM annonce 50 milliards de francs CFP aux Ă©tablissements de crĂ©dits du Pacifique

🔮 EXCLU. L’IEOM annonce 50 milliards de francs CFP aux Ă©tablissements de crĂ©dits du Pacifique

SiĂšge de l’IEOM Ă  Papeete ©IEOM

Le Conseil de surveillance de l’Institut d’Emission d’Outre-Mer (IEOM), qui s’est rĂ©uni ce mardi 1er septembre, a dĂ©cidĂ© d’allouer 50 milliards F CFP complĂ©mentaires aux Ă©tablissements de crĂ©dit de la zone Pacifique au titre d’un refinancement d’une maturitĂ© de 36 mois*. Ces mesures de politiques monĂ©taires ont Ă©tĂ© prises en rĂ©ponse aux consĂ©quences de la crise sanitaire sur l’économie rĂ©elle. 

L’IEOM apporte ainsi du refinancement aux banques de Nouvelle-CalĂ©donie, PolynĂ©sie et Wallis et Futuna, pour que celles-ci soient en mesure de dĂ©velopper les encours de crĂ©dit, aux entreprises comme aux mĂ©nages. Pourquoi un tel changement de la politique monĂ©taire de la zone Pacifique ? Est-ce le signe d’une aggravation des consĂ©quences de la crise sanitaire sur l’économie rĂ©elle ? Nous posons la question Ă  Marie-Anne Poussin-Delmas, Directrice GĂ©nĂ©rale de l’IEOM.

Quels sont les impacts de la crise sanitaire sur les Ă©conomies du Pacifique ?

Depuis la fin du premier trimestre 2020, la crise du Covid-19 et les mesures prises pour endiguer sa propagation font peser la menace d’une rĂ©cession Ă©conomique de grande ampleur pour l’économie mondiale comme sur les collectivitĂ©s françaises du Pacifique.

En PolynĂ©sie française, l’Indicateur de Climat des Affaires de l’IEOM a enregistrĂ© au premier trimestre 2020 sa plus forte chute depuis la dĂ©pression de 2009. En Nouvelle-CalĂ©donie, l’impact de la crise sanitaire sur l’économie est un peu moins fort en raison de sa moindre dĂ©pendance au tourisme, mais l’indicateur reflĂšte un environnement conjoncturel nĂ©anmoins dĂ©gradĂ©, du fait de la conjoncture internationale du nickel ainsi que du climat d’incertitudes liĂ© au rĂ©fĂ©rendum du 4 octobre.

Et les tendances du second semestre comme la recrudescence rĂ©cente de la pandĂ©mie, confirment la menace d’un environnement conjoncturel dĂ©gradĂ© qui s’inscrit dans la durĂ©e.

Comment la politique monĂ©taire rĂ©pond-elle Ă  ces dĂ©fis ?

L’IEOM a pris la mesure de ces Ă©volutions conjoncturelles en modifiant de façon radicale ses instruments d’intervention qui sont Ă  la fois beaucoup plus consĂ©quents en volume et d’une maturitĂ© beaucoup plus longue. Cette stratĂ©gie volontariste qui repose sur l’injection de liquiditĂ©s auprĂšs du systĂšme bancaire s’est accompagnĂ©e d’une baisse des taux de rĂ©fĂ©rence, l’IEOM proposant pour la premiĂšre fois des opĂ©rations de refinancement Ă  taux nĂ©gatifs. L’IEOM renforce ainsi la capacitĂ© des banques pour qu’elles puissent soutenir les opĂ©rateurs Ă©conomiques.

Jusqu’en dĂ©cembre 2019, l’IEOM n’intervenait que via le rĂ©escompte de crĂ©dit qui est un instrument de court terme et pour des volumes globaux modestes, d’environ 10 Milliards de franc Pacifique. Depuis dĂ©cembre 2019, le Conseil de surveillance de l’IEOM se rĂ©unit trĂšs rĂ©guliĂšrement pour adapter ses interventions aux besoins de refinancement des Ă©tablissements de crĂ©dit. Une premiĂšre ligne de refinancement Ă  6 mois (LR6) a Ă©tĂ© lancĂ©e en dĂ©cembre 2019, suivie d’une seconde en mars 2020. Puis une ligne de refinancement Ă  24 mois de 50 Milliards XPF a Ă©tĂ© allouĂ©e en mai. Une ligne Ă  12 mois de 25 Milliards XPF a Ă©tĂ© ouverte en juin 2020 pour renouveler la premiĂšre lige arrivĂ©e Ă  Ă©chĂ©ance. C’est au total un peu plus de 100 Milliards de franc Pacifique qui Ă©taient allouĂ©s avant les mesures du 1erseptembre.

Quelles sont les dĂ©cisions prise par le Conseil du 1er septembre 2020 et quand s’appliqueront-elles ?

Compte tenu des rĂ©centes Ă©volutions conjoncturelles, et des besoins additionnels de refinancements formulĂ©s par les Ă©tablissements de crĂ©dit, le Conseil de surveillance de l’IEOM du 1er septembre 2020 a dĂ©cidĂ© d’intensifier son action par la mise en place d’une nouvelle enveloppe de refinancement d’un montant de 50 milliards de XPF sur une maturitĂ© qui a Ă©tĂ© portĂ©e exceptionnellement Ă  36 mois et Ă  taux nul.

Marie-Anne Poussin-Delmas, directrice générale de l'IEOM ©Philippe Jolivel

Marie-Anne Poussin-Delmas, directrice gĂ©nĂ©rale de l’IEOM ©Philippe Jolivel

Cette opĂ©ration inĂ©dite sera allouĂ©e en deux temps : Une premiĂšre tranche de 25 Milliards sera proposĂ©e le 25 septembre prochain et la seconde d’un montant identique le 27 novembre 2020.

Le Conseil a Ă©galement dĂ©cidĂ© l’élargissement de la base des crĂ©dits Ă©ligibles au rĂ©escompte pour permettre aux PME et TPE, qui en bĂ©nĂ©ficient de conserver leur accĂšs Ă  ce dispositif par la suppression des critĂšres gĂ©ographiques et sectoriels qui prĂ©valaient jusqu’alors. Cette dĂ©cision permettra de dĂ©gager un potentiel de refinancement complĂ©mentaire de l’ordre de 40 Milliards de XPF.

Ces mesures seront-elles suffisantes ?

Ces mesures sont fortes et je puis vous affirmer qu’elles ont Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ©es localement aussi bien par les autoritĂ©s locales que par les Ă©tablissements de crĂ©dit qui attendaient depuis longtemps que l’IEOM puisse accomplir pleinement sa mission de banque centrale des collectivitĂ©s françaises du Pacifique.

Elles complĂštent donc efficacement les dispositifs de soutien mis en Ɠuvre par l’Etat et les Pays, car les refinancements de l’IEOM apportent des ressources longues aux Ă©tablissements de crĂ©dit ce qui leur permet d’apporter des soutiens financiers supplĂ©mentaires aux mĂ©nages comme aux entreprises.

Les Ă©volutions conjoncturelles et les besoins de financement des Ă©tablissements de crĂ©dit sont au cƓur de nos prĂ©occupations et elles sont suivies avec attention par le Conseil de surveillance de l’IEOM qui a fixĂ© sa prochaine rĂ©union en dĂ©cembre 2020.

D’ores et dĂ©jĂ  la modernisation de la politique monĂ©taire de l’Etat sur lequel l’IEOM et les Ă©tablissements de crĂ©dit travaillent de longue date est non seulement pleinement opĂ©rationnelle, mais elle s’est avĂ©rĂ©e d’une grande utilitĂ© en ces temps difficiles ou les besoins de liquiditĂ© de la zone monĂ©taire du F CFP n’ont cessĂ© de croĂźtre.

*En proposant un refinancement Ă  maturitĂ© de 36 mois, l’IEOM apporte aux Ă©tablissements de crĂ©dits des ressources longues, dans une crise qui sera longue. Il s’agit d’une premiĂšre dans l’Histoire de l’IEOM.