Tongiens, Fidjiens et soldats de l’US Army intégrés au Rimap à terre, Hercules américain aux côtés des Casa dans les airs, patrouilleur des Cook en plus des bâtiments français en mer, Canadiens, Japonais, Chiliens, Papouans ou Australiens en lien avec l’état-major… Les atolls de Makemo et Hao sont au centre depuis quelques jours d’un vaste entrainement interarmées rassemblant plus de 1 000 militaires, dont 300 étrangers. Cette édition 2026 de l’exercice Marara simule un cyclone fictif, et organise la coordination des moyens régionaux pour porter assistance aux populations sinistrées. Ce samedi, les forces armées françaises et leurs alliés ont ainsi simulé une évacuation de civils et des collégiens de Makemo vers des navires comme le Teriieroo a Teriierooiterai. Reportage de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
« Pour sauver des vies, il faut de la vélocité et de la rapidité », indique le lieutenant-colonel Charmeteau, chef du « détachement Air » en Polynésie. Depuis le 3 juin, 1000 militaires, dont 300 étrangers, sont mobilisés dans le cadre de l’exercice « Marara 2026 » organisé pour la première fois entre Makemo et Hao, aux Tuamotu.
Les forces françaises sont bien sûr là en nombre et profitent, en mer, et autour des bâtiments de la Marine basés à Papeete – le Bougainville, le Prairial et le Teriieroo a Teriierooiterai -, du passage du Jean Tranape, un autre Patrouilleur outre-mer qui effectue son premier voyage vers son port d’attache Nouméa, ainsi que d’un patrouilleur des îles Cook, le Te Kukupa II. À terre, le Régiment d’infanterie de marine du Pacifique – Polynésie (Rimap) a intégré une section de l’US Army, une section des Fidji et une section des Tonga.
Les Américains sont aussi présents dans les airs avec un C-130 Hercules présent aux côtés des Casa. S’ajoutent des officiers du Canada, du Japon, du Chili, de Fidji, de Tuvalu, d’Australie, de Nouvelle-Zélande et de Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui participent à la coordination de cette vaste opération d’assistance humanitaire et de secours. Le scénario de cette édition de Marara : le cyclone fictif Karene a dévasté plusieurs îles des Tuamotu. Les militaires se sont notamment préparés à évacuer des civils, en l’occurrence les collégiens de Makemo, ce samedi.
« On a environ 120 personnes à extraire aujourd’hui. La cellule animation passe par le centre de commandement à Papeete, qui va nous donner et nous affecter des missions en fonction des composantes », détaille le lieutenant. « Je vais travailler avec mes camarades de la marine et de l’armée de terre pour faire une noria – mettre en place une rotation continue de moyens de transport – afin d’évacuer l’ensemble des personnes sinistrées », poursuit le militaire qui précise qui compte entre autres sur le soutien de l’Hercules américain. Cet imposant avion de transport, à quatre turbopropulseurs « va participer à l’exercice » et « se poser » vers 16h30 « pour évacuer l’ensemble des ressortissants ».
À 11h30, c’est un avion français, un Casa qui décolle du Groupement aéronautique militaire (GAM) de Fa’a avec à son bord des militaires qui seront chargés de prendre en charge des civils à l’aéroport de Makemo. « Ce qui est intéressant cette année, c’est le choix de Makemo. Il y a deux ans à Tahiti, il y avait moins de contraintes de déploiement », constate le lieutenant Charmeteau. « A Makemo, on sort de notre zone de confort » en particulier avec le trajet qui n’est « ni trop long » pour ce type d’exercice, « ni pas assez ». « 1h45 de vol, ça nous permet de mettre en place et de mobiliser les moyens humains et technologiques importants sur un long trajet », sans que ce ne soit trop complexe, souligne-t-il.
Un exercice qui « fait vivre l’atoll »
À l’aéroport de l’île des Tuamotu, la nouvelle tavana Vaitiare Fournier est venue pour accueillir les membres des armées. Un début de mandat particulièrement intense pour l’élue : après une période électorale mouvementée, elle doit désormais gérer l’arrivée de plusieurs centaines de soldats sur l’île. Malgré ces défis, la maire se dit « très contente » de participer à cet exercice et « ravie » que son atoll ait été retenu. Si une partie de la population s’était montrée « réticente » dans un premier temps, faute d’avoir été suffisamment informée en amont selon elle, l’opération est aujourd’hui perçue comme une opportunité. Pour Vaitiare Fournier, l’exercice « fait vivre l’atoll » et « donne des idées aux jeunes » en matière d’orientation professionnelle.
Et ces « jeunes » étaient justement au cœur de l’exercice ces derniers jours. Les collégiens ont participé à une simulation d’évacuation, depuis leur établissement jusqu’au Teriieroo a Teriierooiterai, en manoeuvre à proximité de l’atoll. Dans la cour et sur le terrain de sport, certains jouent le rôle de blessés et transitent par un poste médical improvisé avant d’être pris en charge. Chacun emporte également quelques provisions. « Il faut prendre des forces », lance en souriant l’un d’eux, tout en engloutissant un paquet de biscuits. Une fois les adolescents recensés et enregistrés, le groupe prend la direction de ce patrouilleur outre-mer, arrivé au fenua en 2024, et qui attend son sistership, le Philippe Bernardino, pour 2027.
Connaître les courants et les passes
À bord, les opérations sont coordonnées par le capitaine de corvette Guillaume. Sur cet imposant bâtiment de 80 mètres de long, armé par un équipage de 35 marins, les collégiens embarquent un à un avant de rejoindre les sièges installés à l’arrière du bateau. Dans le calme et sous l’œil attentif de l’équipage, chacun découvre l’environnement dans lequel il pourrait être accueilli en cas d’évacuation réelle. Pour les militaires de la marine, c’est aussi l’occasion de s’entraîner « à récupérer beaucoup de monde » et à effectuer rapidement le contrôle des identités.
« On a 24 heures à partir d’ici pour arriver à Papeete. Comment tenir 24 heures avec autant de personnes à bord, c’est ce à quoi on s’entraîne actuellement. » En parallèle, les militaires cherchent à identifier les atolls où un débarquement ou un mouillage serait possible en cas de crise. Il s’agit d’acquérir des connaissances sur les passes et les courants. Un exercice qui « participe aussi à cette connaissance de zone qui sera très précieuse le jour J », relate le capitaine Guillaume.
La barrière de la langue
Fin d’une journée d’exercice. Certains militaires rentrent sur Tahiti, d’autres dorment sur place dans des camps. Interrogé à propos des difficultés que les armées internationales peuvent avoir, le capitaine Pierre, chef d’unité au Rimap-Polynésie, explique qu’il s’agit notamment de la communication avec les forces alliées. Dans les rangs, tout le monde ne parle pas anglais. « Je me suis arrêté à « Where is Bryan ? Bryan is in the kitchen », rigole un militaire.
Malgré cette barrière de la langue, « on essaie de mélanger autant que possible les unités », souligne le capitaine Pierre. L’occasion pour eux de « mélanger les procédures ». Même si, « globalement », elles sont semblables, les cultures militaires diffèrent, celle de l’armée de Tonga se rapprochant davantage de celle de l’Australie que celle de la France. Mais aucun litige entre eux, « l’armée signe des accords pour participer à ces exercices et se met sous le commandement » du pays qui l’accueille, en l’occurrence la France, précise le lieutenant Charmeteau.
L’exercice Marara 2026 est organisé jusqu’au 18 juin. Organisé tous les deux ans, il s’alterne avec l’opération Croix du Sud organisée en Nouvelle-Calédonie, auquel participeront les FAPF l’année prochaine.
Alexandra Perrini pour Radio 1 Tahiti

