Lors d’une séance de questions au gouvernement, mercredi 3 juin, le sénateur calédonien a demandé à l’État de revenir sur l’organisation du scrutin du 28 juin dans la capitale, où les 57 bureaux de vote sont répartis sur neuf sites, une entorse au principe d’égalité devant le suffrage, selon lui. « Il n’y a pas matière à s’inquiéter », a répondu la ministre des Outre-mer. Un sujet de notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.
Le sujet du regroupement des bureaux de vote à Nouméa a fait son apparition au Sénat, mercredi 3 juin. Dans le cadre de la séance de questions au gouvernement organisée chaque semaine au palais du Luxembourg, le sénateur calédonien Robert Xowie (CRCE-Kanaky, FLNKS) a décidé d’utiliser son temps de parole pour interroger la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, sur ce qu’il qualifie d’entorse au « principe d’égalité devant le suffrage ».
« À 24 jours des élections provinciales, l’État maintient à Nouméa le regroupement de 57 bureaux de vote en neuf sites centralisés, loin des domiciles des électeurs kanak et populaires », a regretté le sénateur. Cette organisation avait été mise en place une première fois lors des élections législatives de juin 2024, alors que la Nouvelle-Calédonie était toujours en proie à des épisodes de violence, afin d’assurer la sécurité du scrutin. « Cette urgence est passée. La situation sécuritaire est apaisée. Les écoles sont réhabilitées », estime Robert Xowie.
Jusqu’à 6 km à pied
Elle avait néanmoins été reconduite à l’occasion des élections municipales des 15 et 22 mars, malgré les critiques d’une partie de la classe politique et les recours déposés par des listes candidates, selon qui ce regroupement pénalisait particulièrement les électeurs des quartiers populaires du nord, moins véhiculés et donc plus éloignés de leurs bureaux de vote.
Face à ces critiques, la ville de Nouméa a décidé, pour les provinciales, de supprimer le site de Ko We Kara afin d’en ouvrir deux nouveaux, un à Rivière-Salée et un autre à Kaméré, portant à neuf le nombre de lieux regroupant des bureaux de vote.
« Mais cela ne règle pas le problème central », considère le sénateur kanak, reprenant les conclusions d’une étude menée par un démographe calédonien. « La part des habitants situés à plus de trente minutes à pied d’un bureau de vote représente 17 % de la population, contre 5 % avec le maillage habituel », pointe Robert Xowie. « Certains électeurs doivent parcourir jusqu’à 5,8 km à pied, soit 87 minutes de marche. »
Pour le sénateur, cette organisation a des répercussions sur le taux de participation. « Au premier tour des municipales du 15 mars, Nouméa, seule commune concernée par ce regroupement, a enregistré une abstention de 51,25 %, soit plus de 10 points au-dessus du reste du territoire, avec un écart d’abstention entre quartiers kanak du Nord et quartiers européens du Sud atteignant jusqu’à 14 points. »
L’élu calédonien a ainsi demandé à la ministre des Outre-mer, présente dans l’hémicycle, si l’État était prêt « à garantir le principe d’égalité devant le suffrage » en revenant à un dispositif habituel.
« Conforme au droit électoral »
Ce n’est clairement pas l’intention du gouvernement français. « Il y aura pour ce scrutin provincial 57 bureaux qui seront répartis sur neuf sites », a confirmé Naïma Moutchou, évoquant une organisation « qui n’a pas posé de difficulté particulière » en mars, notamment sur le taux de participation « en hausse par rapport à celles de 2020 ».
Elle a également insisté sur l’ajout d’un nouveau lieu, « pour tenir compte de l’expérience passée et essayer de rapprocher certains électeurs, notamment ceux des quartiers de Rivière-Salée et de Ducos », et rappelé que « le juge des référés a indiqué que c’était conforme au droit électoral », lorsqu’il a eu à se prononcer avant les municipales, à la suite de plusieurs recours déposés.
« Il n’y a pas matière à s’inquiéter », a tenté de rassurer la ministre. « Il n’y a pas d’atteinte à la sincérité du scrutin ou à l’égalité d’accès. Au contraire, ce que nous souhaitons avec ce regroupement des bureaux de vote, c’est faciliter matériellement les choses pour les électeurs. »
Baptiste Gouret pour Les Nouvelles Calédoniennes

