À un an de l’élection présidentielle, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé faire de la lutte contre les campagnes numériques de désinformation venues de l’étranger une priorité et y consacrer de nouveaux moyens. Ce sera le cas lors des provinciales en Nouvelle-Calédonie, un scrutin sur lequel l’État se montre particulièrement vigilant. Précisions avec notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.
Faux reportages, sites internet bidon, désinformation à l’égard de certains candidats… Dans un rapport publié le 11 juin, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum) a révélé avoir recensé, lors des élections municipales des 15 et 22 mars, quatre opérations d’ingérence numérique venues de l’étranger.
Si elles n’ont, semble-t-il, pas eu d’influence majeure sur les résultats du scrutin, ce phénomène menace «de plus en plus le débat et la vie démocratique», a alerté le Premier ministre, Sébastien Lecornu. En effet, depuis l’élection présidentielle de 2017 en France, «aucun rendez-vous électoral ou référendaire majeur n’a été épargné par des tentatives de manipulations de l’information impliquant des acteurs étrangers», indique le rapport.
Des ingérences plus sophistiquées
De quoi faire grandir l’inquiétude des autorités, à un an de l’élection présidentielle. Et le Caillou n’est pas épargné par les menaces qui pèsent désormais sur chaque scrutin français. «La vigilance s’impose dès les élections provinciales de Nouvelle-Calédonie en juillet au regard des ingérences que le territoire a déjà connues», a poursuivi Sébastien Lecornu.
En coulisses, les services du haut-commissariat s’activent depuis plusieurs semaines pour faire face à d’éventuelles ingérences numériques étrangères. Les dispositifs visant à répondre à ces "INE", de plus en plus sophistiquées, ont été renforcés. La Nouvelle-Calédonie a ainsi rejoint le Réseau de coordination et de protection des élections (RCPE). Créé en début d’année, il est conduit par le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale et rassemble notamment la Viginum, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), le ministère de l’intérieur et la Commission nationale des comptes de campagne.
Un projet de loi en préparation
Chaque semaine, les services de l’État en Nouvelle-Calédonie seront ainsi réunis pour «évaluer l’état de la menace», souffle une source du haut-commissariat. La première réunion doit avoir lieu en milieu de semaine prochaine. À l’issue, un bulletin sera rédigé et publié pour «permettre un débat public serein». Toute tentative d’ingérence étrangère sera ainsi dévoilée, avec l’idée de faire de la transparence l’outil principal de la riposte.
Le haut-commissaire dispose également du pouvoir de signaler tout fait susceptible de revêtir une qualification pénale, à travers le déclenchement de l’article 40. Plusieurs comptes sur les réseaux sociaux, locaux cette fois, ont fait l’objet d’un signalement au procureur de la République pour de la désinformation ou des menaces en ligne. D’autre part, un guide d’explications des différents modes opérations informationnels (MOI) utilisés par les auteurs d’ingérences numériques a été à l’ensemble des équipes de campagne des candidats aux provinciales.
À plus long terme, le gouvernement français envisage de légiférer sur la question. Sébastien Lecornu a annoncé qu’il consulterait toutes les formations politiques sur «un certain nombre de propositions» visant à renforcer la sécurité des élections, avant le dépôt d’un éventuel texte issu d’un «compromis».

