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Polynésie: Le Président Moetai Brotherson engage la responsabilité de son gouvernement pour faire passer le collectif budgétaire
© TNTV

Le président de la Polynésie a engagé la responsabilité de son gouvernement pour faire passer le collectif budgétaire numéro 2 rejeté par les élus de l’Assemblée, ce vendredi. Le Tavini huiraatira, qui s’est en majorité abstenu, a indiqué qu’il ne soutiendrait pas pour autant une éventuelle motion de renvoi pour faire tomber l’exécutif. Les autonomistes ont quant a eux appelé de leurs vœux une dissolution et un retour anticipé aux urnes. Détails avec notre partenaire TNTV.

« Je n’ai aucun doute. Ce texte sera rejeté et donc j’engagerai la responsabilité du gouvernement. A un moment donné, il faut assumer ce que l’on fait », a lancé Moetai Brotherson aux élus alors que l’Assemblée examine le collectif numéro 2, identique au précédent rejeté il y a une dizaine de jours.

Le président du Pays s’est dit « effaré » de cette opposition à un texte purement « technique » qui n’est « rien d’autre qu’un report de crédits pour terminer des opérations déjà engagées ». Depuis avril, plus aucun groupe n'a la majorité absolue au sein de l'Assemblée territoriale, en raison des divisions fratricides au sein du Tavini huiraatira qui ont poussé à la constitution d'un nouveau groupe et parti, mené par Moetai Brotherson et l'ancien député Tematai Le Gayic. 

« Vous avez décidé d’en faire un acte politique et d’exiger d’un collectif technique de venir résoudre tous les problèmes de la société », a martelé Moetai Brotherson, ajoutant que les grandes orientations figureraient dans le collectif numéro 3 qui sera soumis à des « discussions » entre les différents groupes politiques. « Si ce collectif 2 n’est pas voté, oui l’économie sera en réelle difficulté », a-t-il encore assuré, réfutant au passage l’image du « despote démoniaque autocrate » que cherche, selon lui, à lui coller l’opposition.

Il s’en est aussi pris aux élus du Tavini : « J’aimerai vous poser la question : ‘C’est quand la dernière fois que vous êtes allés rencontrer le Metua -Oscar Temaru, Ndlr- pour savoir ce qu’il veut pour ce pays ? Moi, c’était il y a 2 jours ». Moetai Brotherson a également laissé entendre qu’il avait proposé la tenue de réunions hebdomadaires avec le président du Tavini et celui de l’Assemblée, mais qu’Antony Géros n’était « jamais venu » :« Ne venez pas demander qu’il y ait un dialogue pour maintenir la paix ».

En langue tahitienne, Antony Géros, président de l'Assemblée et principal cadre du Tavini huiraatira, a quant à lui expliqué « avoir eu confiance en ce président ». « Mais il ne figure plus aujourd’hui parmi les membres du Tavini » bien qu’il eût été « un pilier important de notre maison », a-t-il soufflé au lendemain du communiqué du parti annonçant la démission d’office de Moetai Brotherson.

Le président de l’Assemblée a déploré que des discussions du « domaine privé » aient fuité dans la presse et a appelé l’exécutif à « gagner en sagesse » en tenant compte de l’avis des élus bleu et blanc. « Vous pensez vraiment que si nous ne votons pas ce report de crédits de paiement nous serons en difficulté ? Il y a assez de crédits (…) Il y a tellement de milliards en réserves (…) J’aurais honte de laisser de telles réserves », a-t-il en outre asséné.  

49-3 et « lance-missiles »

Antony Géros a annoncé dans la foulée que le groupe Tavini ne voterait pas contre le texte, mais qu’il s’abstiendrait. Il a également assuré « qu’aucune motion de défiance ou de renversement » du gouvernement « ne sera menée » par ses troupes. Oscar Temaru, fondateur du parti indépendantiste et chef du groupe à l'Assemblée a, lui, voté en faveur du texte, à contre-courant de élus Tavini. 

Du côté des autonomistes, leurs élus ont fait savoir qu’ils voteraient de nouveau contre le collectif numéro 2, car identique au précédent. 

Chez les non-inscrits, Nuihau Laurey s’est néanmoins interrogé sur l’utilisation, par l’exécutif, du « 49-3 polynésien » pour faire adopter un collectif qualifié de « banal ». « On ne sort pas le lance-missiles pour un texte de trésorerie. (…) Sa stratégie -celle de Moetai Brotherson, NDLR, c’est : ‘C’est moi ou le chaos’ », a déclaré le représentant, estimant que le président du Pays cherchait à se « maintenir au pouvoir par tous les moyens ». 

Il a ensuite appelé Moetai Brotherson à solliciter le président de la République pour obtenir la dissolution de l’Assemblée et l’organisation d’élections territoriales anticipées afin de ne pas faire « perdre au pays du temps, de l’argent et de la confiance pendant encore 2 années ». « Il ne faut jamais avoir peur de rendre la parole au peuple », a-t-il dit. « C’est la meilleure solution », a acquiescé le président du Tapura Edouard Fritch. « L’instabilité de ce pays, c’est vous qui l’avez créée », a-t-il ensuite lancé à l’adresse de Moetai Brotherson.

L’ancien président a aussi raillé l’impact négatif sur l’économie que provoquerait le rejet du texte. « Il faut arrêter de faire peur à nos concitoyens. L’argent circule toujours », a-t-il déclaré, précisant toutefois que le collectif numéro 2 ne répondait « pas aux attentes de la population qui veut plus de pouvoir d’achat et moins de vie chère ». « Vous ne redistribuez pas les énormes plus-values fiscales », a-t-il conclu.

« Un lynchage sur tous les bancs », a déploré Moetai Brotherson. Sans surprise, le texte a été rejeté par 17 voix pour, 21 contre et 18 abstentions. L’Assemblée dispose désormais d’un délai de 5 jours pour déposer une éventuelle motion de renvoi, s’entendre sur un candidat à la présidence du Pays et sur l’élaboration d’un nouveau collectif. Une éventualité qui requiert un minimum de 35 voix sur 57, impliquant un accord entre les indépendantistes du Tavini et les autonomistes du Tapura. 

Par TNTV.