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Polynésie : La plus grosse distillerie de rhum sort de terre sur la presqu’île de Tahiti

« Une distillerie 2.0 », c’est ainsi que Marotea Vitrac, président de la filiale de la Brapac Tahitian Distiller, qualifie le nouveau site de production qui doit être opérationnel en octobre dans la zone industrielle de Faratea. Cette distillerie compte accompagner l’essor de cette filière agricole, en même temps que celui du rhum polynésien, qui avance à grand pas vers une IGP synonyme de reconnaissance internationale. Un sujet de notre partenaire Radio 1 Tahiti.

Après la distillerie Mana’o de Paea, puis une petite unité de production implantée à Rangiroa, le groupe Brapac voit les choses en grand pour sa filière rhum, et finalise la construction d’une troisième distillerie dans la zone industrielle de Faratea à Taravao.

Un projet plus grand et plus moderne que les précédents, puisqu’il s’agit de la « toute première distillerie de Polynésie construite sur un modèle industriel, avec un seuil de rentabilité d’environ 30 hectares de cannes à sucre pour la production et la commercialisation », explique Marotea Vitrac, président de la société Tahitian Distiller, filiale dédiée du groupe.

L’établissement sera équipé d’une colonne à distiller, « la toute première désignée spécifiquement pour le rhum pur jus de canne, avec une faible consommation d’énergie et une faible consommation d’eau ». Le site pourra ainsi traiter jusqu’à 100 hectares de cannes à sucre, sachant « qu’un hectare égal un emploi direct. C’est une distillerie qui va drainer sur le site une quinzaine d’emplois permanents et ensuite, au niveau agricole, une trentaine à une centaine d’emplois », poursuit Marotea Vitrac, qui a longtemps été à la tête d’Avatea, la filiale de la Brapac qui produit Mana’o.

Ce rhum, plusieurs fois médaillé au Concours général agricole, comme le rhum Manutea qui fait partie du groupe Brasserie de Tahiti ou le rhum du Domaine PariPari, à Taha’a, ne sera pas produit dans la nouvelle distillerie de la Presqu’île. Tahitian Distiller devrait proposer de nouvelles références pour étoffer encore l’offre polynésienne.

Du bio, mais aussi des déchets valorisés

Les cannes à sucre utilisées proviendront de cultures biologiques de la presqu’île, afin de pouvoir produire de l’alcool certifié bio. Mais le projet veut aller encore plus loin dans la démarche écologique, en intégrant une zone destinée au retraitement des déchets. 

« En parallèle, il y a un projet de fabrication d’engrais à partir des coproduits de la distillerie. Dans le process complet, on a imaginé le traitement de tous les déchets générés dans la zone de Faratea, y compris ceux de la future zone aquacole située juste à côté, afin de les traiter par compostage et d’en faire de l’engrais. On va également répondre avant le 30 juin à l’appel à manifestation d’intérêts produit par la Diren (portant sur la gestion et la valorisation des déchets, NDLR) pour pouvoir composter les plastiques d’origine végétale sur place », se réjouit Marotea Vitrac, qui souligne « une démarche vraiment très vertueuse sur le site ».

Le bâtiment, d’environ 300 mètres carrés sur une surface totale de 7 500 m2, est déjà sorti de terre. Il attend maintenant sa conformité, prévue pour août, en vue d’une mise en service au mois d’octobre. 

Vers une indication géographique protégée dans les prochains mois

La distillerie produira plusieurs types d’alcools, destinés au marché local mais surtout à l’export, dont les ventes pourraient être boostées par une future obtention de l’indication géographique protégée, actuellement en cours d’instruction. Un label qui est en effet « très valorisant », espère Marotea Vitrac, qui est par ailleurs président du syndicat des producteurs de rhum. « Quand les Antillais ont fait leur rhum de Martinique AOC, ils ont doublé leurs volumes à l’export. » 

Le syndicat travaille sur cette IGP depuis six ans : un dossier qui avance, malgré les réticences de certains. « Aujourd’hui, on a produit le cahier des charges, qui a été soumis à enquête publique. Celle-ci est revenue avec des oppositions de ceux qui font du rhum de mélasse importé. » Des oppositions qui seront entendues par le syndicat, précise Marotea Vitrac, qui espère que le conseil des ministres pourra valider en septembre le label au niveau local, afin de pouvoir ensuite porter le dossier au niveau européen. 

 Lucie Ceccarelli pour Radio 1 Tahiti