Ils sont ouvriers forestiers, ébénistes, bûcherons, exploitants de scierie, distributeurs ou chefs d’entreprises de constructions : les acteurs de la filière bois ont décidé de se rassembler au sein d’un cluster. Objectif : structurer une filière et renforcer sa compétitivité dans un contexte de hausse des prix du carburant. Reportage de notre partenaire TNTV.
Découper, charger, scier, affûter : des forêts au bâti, la transformation du bois est gourmande en carburant. À Papara, la seule scierie de Tahiti consomme environ 400 litres par semaine. Soit 10 à 15% du prix final du bois.
« Le cluster va prioriser des demandes, mais il y a une demande qui traîne depuis très longtemps, c’est la détaxation du pétrole, du gasoil, car on a des engins qui sont forts consommateurs en énergie fossile, en gasoil », explique Emmanuel Gabriel, gérant de la scierie de Papara. « Et donc pour faire l’abattage du bois, c’est un coût important de l’exploitation, et donc du prix du bois au final. »
La crise au Moyen-Orient est donc vue d’un très mauvais œil pour ce secteur qui n’est pas couvert par le Fonds de régulation des hydrocarbures. Raison de plus pour les acteurs de la filière de produire localement.
« Aujourd’hui, on est sur des coûts de bois à l’export qui sont en train de monter de 60%. C’est-à-dire du bois qui est exporté des États-Unis ou de Nouvelle-Zélande est en train de remonter sur des taux comme pendant le Covid, par exemple. (…) Ça coûte moins cher de produire localement, pour une meilleure qualité. Parce qu’aujourd’hui, notre filière locale sur Tahiti, de notre côté, c’est déjà un minimum 60 emplois. C’est de l’argent qui ruisselle sur toute la filière, sur tous les emplois, sur toutes les familles. »
De l’emploi local, y compris dans les îles, qui compte aujourd’hui une centaine de recrutements. Un argument de taille pour le cluster qui cherche davantage des leviers fiscaux.
« Sur notamment l’ensemble des intrants que nous faisons venir, nous payons des droits et taxes sur ces produits, les lames, les produits de traitement, les pièces détachées, on paye beaucoup de droits et taxes dessus », indique Gérard Siu, gérant de Polybois. « Tout le carburant que nous utilisons pour produire l’électricité, pour faire fonctionner nos machines dans les îles notamment, les engins forestiers que nous avons besoin, nos camions de livraison, tout ça, on consomme quand même beaucoup de carburant et aujourd’hui on paye le prix TTC comme grand public. »
Mais au-delà du carburant, les acteurs de la filière s’inquiètent de l’absence de politique de reboisement. Malgré les quelques 5 288 hectares plantés dans les années 70 sur toute la Polynésie, de nombreuses parcelles sont de mauvaise qualité. D’autres, de plus de 50 ans, commencent à dépérir. « Il faut 25 ans, 30 ans pour replanter les essences. Mais une fois qu’on a géré cette phase-là, on va sortir des qualités de bois de mieux en mieux. Parce que les premières plantations qui ont été installées, n’ont jamais été vraiment entretenues. Donc on a des pièces de bois qui ne sont pas de si belle qualité. Mais une fois qu’on aura lancé un processus de reboisement avec une vision à long terme, on va pouvoir générer de la belle valeur. »
Enfin, le cluster rappelle l’importance de créer des débouchés et de construire en bois local. Une ressource qui permet de séquestrer du carbone dans le bâtiment et de cocher toutes les cases du développement durable. La création du cluster bois de Polynésie a été formalisée ce mardi après-midi en assemblée générale à la CCISM.
Esther Cunéo pour TNTV





















