Après une année 2025 « vraiment pas bonne » avec « une baisse de 25% des exportations », les professionnels de la filière Monoï de Tahiti veulent se relancer. Ils ont participé le mois dernier au salon international In Cosmetics à Paris pour défendre leur savoir-faire dans une industrie en pleine mutation. Sur ce marché mondial, Monoï de Tahiti mise sur la traçabilité, l’efficacité et l’authenticité d’un « produit ancestral » mais parle aussi d’innover et pourquoi pas se lancer dans la « naturalité augmentée ». Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Si la filière Monoï de Tahiti est plutôt stable sur le long terme d’après Éric Vaxelaire, le coordinateur de la filière Monoï de Tahiti, l’année 2025 a été « vraiment pas bonne ». Une baisse de 25% des exportations qui s’explique par les tensions géopolitiques mondiales.
« Il y a des problèmes politiques et donc les consommateurs sont moins tentés d’aller acheter des produits cosmétiques », précise Éric Vaxelaire qui parle également de « la logistique et des stocks » : des variations dans les flux logistiques ont entraîné des stocks importants chez les distributeurs, laboratoires et marques, réduisant le nombre de nouvelles commandes notamment.
« 2025 n’a pas été une bonne année, mais vraiment pas bonne. En fait, on est en général entre 350 à 450 tonnes exportées. On a eu une grosse baisse d’environ 25%. Donc on a des chiffres qui ne sont pas bons pour l’année 2025, qui sont dus à une crise politique, une crise économique, une crise géostratégique, une logistique qui est compliquée et qui s’emballe, des prix » en augmentation « et puis une offre sur le marché très importante avec les produits coréens ».
Mais les professionnels de la filière sont bien décidés à réagir et ils ont participé au salon professionnel In Cosmetics, organisé à Paris à la mi-avril, pour rencontrer les entreprises leaders de l’industrie. Plus de 1 000 exposants et 15 000 visiteurs étaient sur place pour « un tour d’horizon complet des nouveaux ingrédients et des tendances en matière de formulation » de cosmétiques. In Cosmetics réunit marques, formulateurs, spécialistes en recherche et développement, fabricants et fournisseurs de matières premières du monde entier, pour découvrir les dernières innovations et tendances…
Pour Éric Vaxelaire, « c’est toujours intéressant d’avoir un état des lieux de l’industrie cosmétique et ses tendances. On assiste à des conférences, on rencontre des clients, des gens d’autres filières », détaille le coordinateur. L’objectif était donc de faire un inventaire du monde des cosmétiques aujourd’hui. « On en ressort avec de nouvelles idées à développer sur les mois à venir et en se disant qu’on a encore pleins de choses à faire », assure Éric Vaxelaire.
Garder « un produit ancestral et artisanal »
Depuis 2022, Monoï de Tahiti est présent dans une centaine de pays et utilisé aujourd’hui par 550 marques. « Ça grossit chaque année », note Éric Vaxelaire, malgré cette baisse d’exportation en 2025. Les professionnels de la filière espèrent retrouver de la croissance en misant sur l’origine de leur monoï, « un produit ancestral et artisanal », dont l’huile de base, le coprah est issu du sol corallien, une précision qui fait son effet, selon Éric Vaxelaire, comparé aux autres huiles végétales parfois difficilement traçables.
« Quand elles viennent d’Asie, elles ont fait trois, quatre, cinq intermédiaires. En fait on ne sait pas d’où elles viennent. Et nous notre revendication, c’est que ça vient de Polynésie française ». La traçabilité reste donc un critère déterminant et commercialement intéressant.
Mais si la filière Monoï de Tahiti veut protéger ses traditions, elle doit aussi innover. « Il y a dix ans, la cosmétique c’était : quel est le produit, son origine et sa recette ancestrale. Aujourd’hui, on a plusieurs technologies qui sont utilisées, certaines extrêmement pointues », explique le coordinateur de Monoï de Tahiti, qui évoque « la naturalité augmentée », c’est-à-dire « l’utilisation de la science pour améliorer le naturel sans s’en éloigner complètement ».
Le coordinateur rappelle que la filière bénéficie d’une Appellation d’origine (AO) depuis 1992. Si obtenir l’Appellation d’origine protégée était également un objectif pour Monoï de Tahiti, Éric Vaxelaire explique que finalement, la filière s’orienterait plus vers l’Indication géographique protégée (IGP). « Il y a des discussions avec le Pays. Donc, ça avance. »
Alexandra Perrini pour Radio 1 Tahiti





















