Chants, répétitions de danse, coqs, odeurs ou encore obscurité nocturne pourraient bientôt bénéficier d'une protection juridique en Polynésie française. Réuni ce jeudi, le CESEC a adopté à l'unanimité un avis favorable sur la proposition de loi de pays consacrée au patrimoine sensoriel. Le texte entend mieux encadrer les conflits de voisinage tout en préservant les pratiques culturelles et agricoles. Il doit désormais être examiné par les représentants à l'Assemblée de la Polynésie française. Un sujet de notre partenaire TNTV.
Des paysages, des monuments, mais aussi des sons, des odeurs et des usages rythmant le quotidien. C’est cette dimension immatérielle que la proposition de loi de pays sur le patrimoine sensoriel ambitionne de préserver. Adopté à l’unanimité, ce jeudi, par le Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), le texte vise à fournir aux juridictions des critères plus précis pour apprécier les litiges liés aux nuisances de voisinage.
Son rapporteur à l’Assemblée, Cliff Loussan -élu du Tavini huiraatira-, estime que cette reconnaissance répond à une problématique bien réelle, particulièrement visible en période de Heiva i Tahiti. « C’est essentiellement la reconnaissance du patrimoine sensoriel de la Polynésie française (…). Depuis plusieurs mois les groupes de chant, de danse ont commencé leur répétition et c’est également la période à laquelle commence la multiplication des dépôts de plainte pour problèmes de voisinage. L’antériorité est un des critères qui est à prendre en compte justement dans la définition de ce qui est un trouble de voisinage anormal », explique-t-il.
Concrètement, le texte prévoit qu’une activité culturelle, traditionnelle ou agricole déjà existante avant l’installation d’un voisin ne puisse plus être considérée comme un trouble anormal de voisinage.
Pour Nahiti Teariki, co-rapporteur du projet d’avis au CESEC, cette évolution législative accompagne les mutations de la société polynésienne. « Un nouvel arrivant en Polynésie, nous sommes une terre d’accueil, peut du jour au lendemain porter plainte pour le bruit que fait une répétition de danse. Nous, en tant que Polynésiens, c’est tout à fait normal, ça fait partie de notre culture. Peut-être faudrait-il qu’à un moment donné, nos politiciens puissent prendre leurs responsabilités et dire que quand on vient s’installer en Polynésie, on accepte tout. On accepte l’environnement dans lequel on s’installe, on accepte que pour la culture polynésienne, il y a les coqs qui font du bruit, il y a les groupes de danse qui font des répétitions », résume-t-il.
« Il n’est question qu’au niveau culturel et cultuel, on nous interdise certaines pratiques que nous avons l’habitude de faire en Polynésie, affirme Marguerite Lai, membre du CESEC et figure de la danse traditionnelle. Mais c’est sûr que nous devons tous nous asseoir et réfléchir ensemble pour pouvoir partager les lieux, trouver des lieux adéquats (…). Je me mets à la place aussi des gens qui habitent à côté d’un groupe qui répète toute la semaine et qui tapent du to’ere de 6 heures du soir à 8 heures du soir (…). Si nous voulons essayer de vivre heureux sur une planète, on n’a qu’une seule planète, on doit tous s’asseoir, baisser nos orgueils et pouvoir échanger », souligne-t-elle.
Après ce feu vert unanime du CESEC, la proposition de loi devra désormais être examinée puis soumise au vote des représentants de l’Assemblée de la Polynésie française.
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