En Nouvelle-Calédonie, le prix du kava importé poursuit sa hausse depuis le début de l’année 2026. Le kilogramme de chips de kava atteint désormais près de 7 000 francs CFP (environ 58,70 euros), soit une augmentation de 37 % selon les professionnels du secteur. Focus avec le reportage de nos partenaires de CALEDONIA.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution des prix : la hausse du coût du carburant, une production plus faible au Vanuatu après la saison des pluies, l’augmentation des tarifs pratiqués par les producteurs ainsi que le renchérissement du transport maritime. Face à cette situation, des acteurs de la filière appellent à la création d’une coopérative afin d’améliorer la transparence des prix du marché, garantir la traçabilité de la matière première et limiter les risques phytosanitaires.
José Bourgine, exploitant d’un nakamal et président de la Fédération des artisans du kava, estime que les professionnels du secteur manquent de soutien institutionnel. Au micro de Caledonia, il déclare : « On n’a pas d’aide aujourd’hui, au niveau du pays, donc effectivement, nos charges restent identiques aux années précédentes, mais on est obligé de se séparer de notre personnel au détriment du prix du Kava (…) Aujourd’hui on est limité ».
Créée il y a huit mois, la Fédération des artisans du kava défend également la mise en place d’une société d’importation. L’objectif serait de réduire la dépendance vis-à-vis des importateurs actuels et de mieux maîtriser le cycle de production des onze espèces nobles de kava.
La question d’une production locale est aussi évoquée. Thomas Guarese, porte-parole de la Fédération des artisans du kava, rappelle toutefois les contraintes historiques et économiques liées à cette option. Il explique : « Il faut savoir qu’historiquement on avait décidé en Nouvelle-Calédonie de ne pas le faire, c’était un accord avec nos voisins du Vanuatu. Seulement aujourd’hui, la Nouvelle-Calédonie n’est plus prioritaire, c’est la Chine et les Etats-Unis qui sont prioritaires sur les exports (…) Il y a une réflexion en ce moment sur le territoire pour savoir si c’est intéressant de lancer une filière locale. Cependant, pour que la plante grandisse, il faut 5 ans. Donc c’est une piste, mais à moyen terme ».
Les représentants de la filière soulignent également le rôle social des nakamals en Nouvelle-Calédonie. Thomas Guarese affirme : « Aujourd’hui ce sont les derniers lieux, avec les églises, où les gens se mélangent, où vous pouvez avoir un travailleur, un chef d’entreprise, un fonctionnaire, autour de la même table, à discuter des sujets de société. C’est important de garder ces espaces-là où on n’est pas classé en communauté mais mélangé. Ce sont des lieux de parole, d’échange, et cela apaise la population ».
Parmi les solutions envisagées figure également un accord entre la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu visant à réduire les droits de douane sur le kava importé. Ce projet est toutefois actuellement suspendu.
Dans le même temps, le marché mondial du kava connaît une forte croissance. Thomas Guarese observe : « Il y a des kavas qui ouvrent en Australie, à Bali, en Thaïlande, toutes les semaines (…) Donc oui, il y a intérêt à essayer de trouver tous les moyens pour maintenir cette filière, qui rapporte à la Nouvelle-Calédonie ».





















