Désorientés par les éclairages artificiels lors de leur tout premier envol, de nombreux jeunes pétrels s'échouent chaque année. Ce 12 août, l'opération « Fetū 'avei'a », organisée par la SOP Manu, appelle les Polynésiens à éteindre nos lumières pour guider ces oiseaux marins vers le large.
De nombreux jeunes oiseaux marins, notamment le Pétrel de Tahiti, appelé « Noha » en tahitien (dont le pic d’envol s’étend d’août à octobre), quittent la nuit leurs terriers situés dans les reliefs pour leur tout premier voyage vers l’océan.
Naturellement guidés par les étoiles et le reflet de la lune sur l’eau, ils sont désorientés par la lumière artificielle (lampadaires, enseignes, habitations). Attirés par ces éclairages, ils perdent de l’altitude, risquent de percuter des obstacles et s’échouent au sol, incapables de reprendre leur envol.
« Les jeunes pétrels prennent leur premier envol en début de soirée ou tôt le matin, donc lorsqu’il fait nuit. Ils se repèrent grâce à la lune et aux étoiles. Mais quand la lune est absente ou que le ciel est très couvert, ils confondent les lumières artificielles avec la lune et viennent s’échouer sur l’île », résume Juliette Beaumont, responsable du centre de soins pour oiseaux de Mitirapa, interrogée par Radio 1 Tahiti.
« On les retrouve notamment près des prisons, de l’aéroport, des hôtels, partout où les lumières restent allumées toute la nuit. Une fois au sol, ils sont incapables de reprendre leur envol d’eux-mêmes. C’est pour cela que nous appelons à éteindre les lumières la nuit du 12 août : selon nos données, c’est à ce moment-là que se produit le pic des envols » a-t-elle ajouté.
Selon le Guide des oiseaux de Polynésie française de Caroline Blanvillain, édité chez Haere Po, le Pétrel de Tahiti est un oiseau marin qui rejoint ses colonies, des terriers creusés sur des corniches, des crêtes ou des pentes, la nuit et passe sa journée au-dessus des flots. Il alterne de larges battements d’ailes avec de longs planés. Il se nourrit de crustacés et de petits poissons. Son plumage est noir, son ventre blanc, son bec crochu, sa queue arrondie et ses pattes palmées.
Aujourd’hui le pétrel est protégé, classé en danger mineur. Mais elle pourrait basculer dans les zones en danger d’extinction « si l’on ne met pas en place des actions pour faciliter l’envol des jeunes », alerte la spécialiste. « Une fois échoués, il faut les prendre en charge rapidement. Ils peuvent être attaqués par les chiens ou les chats, se déshydrater ou être percutés par des voitures. Comme ils s’envolent la nuit, on les retrouve souvent seulement au petit matin. En plus, ils se cachent très facilement, donc il est difficile de savoir combien d’entre eux sont réellement sauvés. »
La nuit de la Nouvelle lune, naturellement sombre constitue l’une des périodes les plus favorables au premier envol des jeunes pétrels. L’opération « Fetū ‘avei’a – La Nuit des Oiseaux Marins » consiste à réduire ou éteindre, pendant quelques heures, les éclairages non essentiels, afin de redonner aux jeunes oiseaux marins leurs repères naturels. Elle s'adresse à la fois aux particuliers mais aussi aux communes, entreprises et institutions.
Enfin, une campagne spécifique dédiée aux jeunes, « Le JT Vert Kids », est déployée sur le Web pour éduquer et impliquer les plus jeunes. Fetū ‘avei’a – La Nuit des Oiseaux Marins » ambitionne de devenir un rendez-up annuel, à l’image d’initiatives comme Earth Hour.
Une opération similaire à La Réunion depuis 2021
En parallèle de l’opération, la SOP Manu appelle les résidents à la vigilance : Si vous découvrez un pétrel au sol, le premier réflexe est de le placer dans un carton ou une boîte percée de petits trous pour laisser circuler l’air. Il est conseillé de tapisser le fond avec du papier journal ou un tissu afin de protéger ses pattes, tout en évitant les ouvertures trop larges ou les contenants grillagés qui pourraient endommager ses ailes.
« On peut aussi lui passer un petit filet d’eau sur le bec. S’il a soif, il boira. Ce sont des oiseaux assez calmes, qui n’ont pas vraiment peur de nous, donc ils sont plutôt faciles à manipuler. Et surtout, il faut nous contacter, car un diagnostic est nécessaire avant de pouvoir les relâcher », préconise Juliette Beaumont.
Avec cette opération, la Polynésie rejoint ainsi La Réunion, où depuis 2021, le Parc naturel marin appelle les habitants et institutions à réduire voire éteindre les éclairages pour permettre aux pétrels de Barau, endémiques de l'île, d’effectuer leur premier envol en toute sécurité. Sur cette île de l’océan Indien, l’opération a davantage lieu en avril.
Apollonia Elia pour Radio 1 Tahiti

