Chaque année au printemps, les communes de La Réunion sont appelées à éteindre leurs éclairages publics pour ne pas perturber le premier envol des pétrels de Barau, une espèce endémique de l'île, en danger d’extinction.
De son utilitaire garé à proximité de la falaise qui surplombe le Bassin 18, un lieu de baignade du sud de La Réunion, Florian Hoarau sort six cartons qui gigotent. À l'intérieur: des pétrels de Barau qui se sont échoués l'avant-veille et qu'il a pris sous son aile.
«Chaque jour, on est informé par la caserne de pompiers, le commissariat de police ou les grandes usines comme celle de sucre, à Saint-Louis, que des animaux échoués nous attendent», raconte cet agent de la société d'études ornithologiques de La Réunion (Seor), chargée de la sauvegarde des pétrels.
Ces oiseaux marins, endémiques de La Réunion, naissent à plus de 2.500 mètres d'altitude et prennent leur premier envol au mois d'avril, direction l'océan. «Ils naissent au piton des neiges puis veulent partir en mer pour se nourrir», relate Christian Léger, le président de la Seor.
«Leurs parents sont déjà partis depuis un mois donc ils commencent à avoir faim. Pour rejoindre la mer, ils se repèrent grâce aux étoiles et à la lune. Mais la pollution lumineuse dans les villes les induit en erreur et les échouages sont fréquents».
D'autant qu’une fois à terre, impossible pour ces volatiles aux pattes palmées de reprendre leur envol. «Ils ont des grandes ailes d'environ un mètre mais leur tête pique vers le bas et les obstacles devant eux les empêchent de décoller», indique Christian Léger, qui précise que «les Réunionnais sont désormais habitués et les déposent dans des postes relais, un peu partout sur l'île, en attendant que les agents ou les bénévoles viennent les chercher».
C’est là que Florian Hoarau intervient. Une semaine après le début de la période d'envol, son téléphone n’arrête pas de sonner. Ce mardi 14 avril, six oiseaux attendent d'être relâchés.
«Et sept autres patientent dans les postes relais», souligne-t-il. Au-dessus de la falaise, il sort les animaux un à un des boîtes en carton et les porte au-dessus de l'océan, les mains placées sous les ailes.
«On vérifie qu'ils arrivent à voler en leur faisant battre des ailes puis on attend qu'ils soient prêts», lance-t-il, en regardant un oiseau partir vers l'horizon.
880 à 1.200 échouements annuels
Mais tous les animaux échoués ne sont pas prêts à reprendre leur envol aussi rapidement. Certains se blessent, et sont déposés dans un centre de sauvegarde à Saint-André (est) pour se rétablir avant d'être relâchés.
Selon Christian Léger, chaque année, environ 10.000 naissent à La Réunion. «Parmi eux, entre 880 et 1.200 vont s'échouer», dit-il. L'espèce est d'ailleurs «en danger d'extinction», selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Pour éviter que les oiseaux finissent à terre, la Seor lance chaque année une campagne d'extinction des éclairages nocturnes, en partenariat avec les collectivités. «Nous avons créé les nuits sans lumière il y a treize ans», souligne Julie Tourmetz, responsable du centre de sauvegarde.
D'un objectif initial d'une nuit sans lumière, l'opération est passée à une extinction d'un mois aujourd'hui. Les communes de toute l'île sont invitées à couper donc tout ou partie de leur éclairage public, tout comme les grosses entreprises telles que l'aéroport ou le port.
«La commune de Cilaos est la plus importante car c'est le premier endroit que les oiseaux voient. Et toutes les zones urbaines du bord de mer peuvent les perturber. Petit à petit, les communes s'équipent. Elles diminuent l'intensité de leurs éclairages, n'éclairent pas le ciel et utilisent des lumières jaunes», précise Christian Léger.
Le parc national de La Réunion appuie cette démarche, accompagnant notamment Cilaos, située dans un spectaculaire cirque montagneux proche du Piton des Neiges. En 2024, près de 800 oiseaux étaient dans le cirque.
«Nous avons réalisé un diagnostic et cartographié toutes les sources de pollution lumineuse afin d'éteindre ce qui est problématique», souligne Anthony Dofal, chargé de mission au sein du parc national. Avec succès: l'an passé, une vingtaine d'oiseaux seulement se sont échoués dans la commune. «Ce chiffre s'explique aussi par des conditions météos favorables», relativise le chargé de mission. Mais l'objectif est désormais de répliquer cette méthode sur le littoral de Saint-Pierre, où se dirigent les pétrels et «sur tout le couloir de vol de ces oiseaux».
Avec AFP





















