La commission consultative de suivi des essais nucléaires, dit aussi commission de suivi de la loi Morin, s’est réunie pour la première fois depuis quatre ans à Paris ce mardi. Les participants à la réunion se félicitent de plusieurs avancées : le gouvernement central a accepté de lancer un recensement des archives sanitaire sous six mois, de réétudier la liste des maladies radio-induites « d’ici 2026 » ou encore de se pencher sur la question d’une étude épidémiologique sur la santé des Polynésiens. Le ministre de la Santé Cédric Mercadal assure en outre que l’État s’est engagé à mener une évaluation conjointe avec le Pays de la dette nucléaire de la CPS, dont les estimations oscillent entre 3,5 et 100 milliards de Fcfp. Un sujet de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
« Le Gouvernement réunit au moins deux fois par an une commission consultative de suivi des conséquences des essais nucléaires ». C’est ce que prévoit depuis 2010 la loi Morin. Sauf que cette commission de suivi n’avait plus été réunie depuis 2021 par l’État, qui a même été tenté de la supprimer.
Les demandes répétées des associations du nucléaire et des parlementaires, les derniers en date étant Mereana Reid-Arbelot et Moerani Frebault, ont fini par aboutir : la première réunion depuis quatre ans a eu lieu ce mardi 1er avril à Paris. Dans la salle, les représentants de l’État, bien sûr, côté santé, défense, outre-mer, et même affaires étrangères, des parlementaires et représentants d’association, ainsi que ceux du Pays, dont Cédric Mercadal en plein déplacement hexagonal.
Dès sa sortie, le ministre de la Santé a salué un « vrai dialogue avec le gouvernement central » qui ouvre selon lui de nouvelles perspectives de travail. « Avec le Président Moetai Brotherson, les parlementaires du territoire, les associations et les autorités scientifiques, nous poursuivons les travaux engagés pour améliorer nos connaissances scientifiques » a quant à lui écrit sur X le ministre français de la Santé Yannick Neuder.
De nouvelles maladies sur la liste « d’ici 2026 »
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le ministre polynésien annonce ainsi une nouvelle évolution de la liste des maladies radio-induites pouvant ouvrir droit à une indemnisation. Une liste qui était passée de 21 à 23 maladies en 2021, en incluant les cancers de la vésicule biliaire et des voies biliaires. Mais des demandes restent sur la table, notamment l’inclusion de deux autres cancers, celui du pancréas et du pharynx, ainsi que le cancer précoce de la prostate et certaines maladies du muscle cardiaque.
Pas de détail à ce stade, mais une promesse : « Il va y avoir une évolution (…) le ministre de la santé métropolitain s’y est engagé et je suis ravi qu’on puisse avoir cette évolution d’ici 2026 », détaille Cédric Mercadal qui rappelle au passage que la nouvelle convention Santé État - Pays doit être « signée avant la fin de l’année » après une nouvelle phase de négociation avec le Haut-commissariat.
3,5 ou 100 milliards ?
Le ministre annonce surtout une avancée dans l’épineux dossier de la dette de la Caisse de Prévoyance Sociale, équivalent polynésien de la sécurité sociale. La CPS et ses administrateurs, notamment côté syndical, demandent depuis de longues années le remboursement par l’État des frais engagé depuis 1985 pour le soin des victimes des essais nucléaires engrangées.
Chimiothérapies, radiothérapie, et hospitalisations diverses liées aux cancers radio-induits ont ainsi été pris en charge par la caisse locale, même quand les malades ont obtenu une indemnisation personnelle du Civen. Paris avait déjà accepté depuis longtemps le principe de ce remboursement, mais la somme à payer fait l’objet d’un bras de fer. Éric Spitz avait d’ailleurs fait du sujet une de ses « priorités » à son arrivée en 2022. L’année suivante, le Haut-commissariat mettait sur la table le chiffre de 3,5 milliards de Fcfp, qui pourrait rapidement atteindre les 5 milliards puisqu’il correspond au nombre de victimes reconnues par le Civen -un peu plus de 400 aujourd’hui- multiplié par un coût moyen de 8,5 millions de Fcfp par cancer.
Loin d’être suffisant pour la CPS et le président de son conseil d’administration, Patrick Galenon, qui a beaucoup communiqué autour du chiffre de 80 à 100 milliards de francs. Une estimation jusque-là balayée par les représentants de l’État. « Ce serait le remboursement de tous les cancers depuis 1985, alors qu’il me semble quand même qu’il y a des pays dans le monde où il y a des cancers sans qu’il y ait eu d’essais nucléaires », rappelait le Haut-commissaire en 2023. « On ne peut pas ramener tous les cancers en Polynésie aux essais nucléaires ». C’est donc sur ce nœud gordien que l’État a accepté, d’après Cédric Mercadal, de se pencher de nouveau, au travers d’une « évaluation conjointe entre le Pays et l’État », sur la base de travaux qui ont été menés « depuis bien des mois ».
D’autres sujets ont été abordés, notamment l’idée d’une étude épidémiologique sur l’état de santé des Polynésiens sur lequel le ministère national de la Santé a accepté de se « pencher » d’après Mereana Reid-Arbelot. Ou encore un recensement exact des archives sanitaires du nucléaire qui devrait, d’après la représentante de 193, être mis sur la table d’ici la prochaine réunion. Car la commission de suivi de la loi Morin devrait, si tout va bien, reprendre son rythme légal : la prochaine réunion est prévue « dans six mois à Tahiti ».
Charlie René pour Radio 1 Tahiti