Les dernières données publiées par l’Institut de la statistique en Polynésie française montrent que le recul de la fréquentation hôtelière s’atténue à l’approche de la haute saison, sans toutefois retrouver les niveaux observés à la même période de 2025. Entre janvier et mai, les hôtels internationaux ont loué 218 399 chambres, contre 250 272 un an plus tôt, soit un recul de 12,7 %. Détails de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Après trois années de fréquentation touristique record, le ralentissement observé début de 2026 ne semble pas constituer un phénomène ponctuel. Malgré une nette amélioration en mai, il s’observe à des degrés divers, tout au long des cinq premiers mois de l’année. Les enquêtes mensuelles de l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF) montrent que les hôtels internationaux enregistrent, chaque mois, un nombre de chambres louées inférieur à celui observé à la même période de 2025.
Une fréquentation en retrait depuis le début de l’année
La baisse de fréquentation atteint 12,6 % en janvier, s’accentue à 19,1 % en février, puis demeure soutenue en mars (-14 %) et en avril (-14,1 %). En mai, le recul est plus limité (-6,1 %), sans pour autant permettre de retrouver le niveau atteint un an plus tôt.
Cette tendance se retrouve dans le bilan cumulé de l’ISPF. Entre janvier et mai, le coefficient moyen de remplissage s’établit à 60,2 %, contre 63,3 % sur les cinq premiers mois de 2025, soit une baisse de 3,1 points.
Début juillet, Moetai Brotherson tablait sur une hausse de la fréquentation touristique en s’appuyant notamment sur les réservations annoncées par Tahiti Tourisme pour le second semestre, et le mois de mai invite à l’optimisme, avec un net ralentissement du recul observé depuis le début de l’année. Les ventes de chambres demeurent toutefois inférieures à leur niveau de 2025 et le coefficient moyen de remplissage reste en retrait de 2,2 points sur un an.
Les fermetures d’hôtels n’expliquent pas tout
La baisse de la fréquentation intervient dans un contexte d’offre réduite. Depuis janvier, l’ISPF attribue cette baisse de l’offre à la fermeture temporaire d’établissements pour rénovation, notamment aux îles sous-le-vent. Le nombre de chambres proposées à la location recule ainsi de 9,2 % en janvier, de 10,6 % en février, de 11,4 % en mars, de 7,1 % en avril et de 3,2 % en mai.
Mais, chaque mois, les ventes diminuent davantage que les capacités offertes à la location. En février, par exemple, l’offre recule de 10,6 %, tandis que le nombre de chambres louées chute de 19,1 %. En avril, l’écart est du même ordre : 7,1 % de chambres proposées en moins, contre une baisse de 14,1 % des chambres louées.
C’est cette différence entre la baisse de l’offre et celle des ventes qui explique le recul du coefficient moyen de remplissage. Si les fermetures pour rénovation réduisent mécaniquement le nombre de chambres disponibles, elles n’expliquent pas, à elles seules, la baisse de la fréquentation : les hôtels louent une part plus faible des chambres proposées à la location qu’un an auparavant.
Le moteur nord-américain tourne au ralenti
Le recul de la clientèle nord-américaine constitue l’un des fils conducteurs des enquêtes de l’ISPF. Le nombre de chambres louées à cette clientèle recule de 23,4 % en janvier, de 35 % en février, de 25 % en mars, de 19,3 % en avril et de 11,1 % en mai.
Cette baisse pèse d’autant plus lourd que l’Amérique du Nord demeure le premier marché de l’hôtellerie internationale polynésienne. Selon les mois, cette clientèle représente entre 37 % et 44 % des chambres louées. En avril, l’ISPF estime que cette seule clientèle contribue pour 8,5 points à la baisse annuelle des ventes. En mai, sa contribution demeure de 4,3 points.
La clientèle locale suit la même tendance. Les ventes à destination des résidents de Polynésie française baissent de 17,2 % en janvier, de 28 % en février, de 26 % en mars, de 24,5 % en avril et de 18,3 % en mai. Leur poids est plus limité que celui du marché nord-américain, mais leur recul est lui aussi continu sur l’ensemble de la période.
Les évolutions des autres clientèles ne suffisent pas à compenser ce recul. En janvier, la progression des clientèles européenne et hexagonale ne suffit déjà pas à contrebalancer les baisses des marchés nord-américain et local. En mars, les ventes à destination de la France reculent à leur tour (-3 %). En avril enfin, l’ISPF relève une diminution des ventes vers l’ensemble des marchés.
Le luxe amortit mieux le recul
La baisse de fréquentation ne touche pas toutes les catégories d’établissements avec la même intensité. Les hôtels classés « Grand Tourisme », correspondant aux établissements trois étoiles dans la nomenclature de l’ISPF, enregistrent les reculs les plus marqués tout au long de la période : 29,8 % en janvier, 34,2 % en février, 30,5 % en mars, 21,3 % en avril et 18,4 % en mai.
La catégorie luxe résiste davantage, même si elle n’échappe pas au ralentissement. Les chambres louées y reculent de 6,3 % en janvier, de 12,4 % en février, de 7,5 % en mars et de 11,9 % en avril, avant de retrouver, en mai, leur niveau de l’année précédente.
Cette meilleure tenue est d’autant plus structurante que les établissements de luxe concentrent l’essentiel de l’activité hôtelière internationale. Selon les mois, ils représentent entre 64 % et 72 % des chambres louées. En mai, ils totalisent ainsi 36 279 chambres louées, soit exactement autant qu’un an auparavant, tandis que les hôtels Grand Tourisme demeurent en retrait de 18,4 %.
Les données de l’ISPF montrent ainsi que le recul de la fréquentation affecte davantage l’hôtellerie trois-étoiles que le segment du luxe. Dominant dans l’activité de l’hôtellerie internationale, ce dernier contribue à amortir la baisse globale de l’activité.
Le revenu moyen par chambre continue de progresser
L’un des principaux enseignements des cinq premiers mois de l’année réside dans l’évolution du revenu moyen par chambre louée. Entre janvier et mai, celui-ci atteint 68 641 francs, contre 62 580 francs un an plus tôt, soit une progression de 9,7 %. Exprimé hors taxes, cet indicateur correspond au revenu moyen tiré de la location d’une chambre.
Cette hausse est observée chaque mois : +4 % en janvier, +15 % en février, +15,2 % en mars, +10 % en avril et +4,1 % en mai. Alors que le nombre de chambres louées recule systématiquement par rapport à 2025, le revenu moyen par chambre louée progresse de manière continue.
Cette évolution permet également au revenu moyen par chambre disponible (RevPAR), obtenu en combinant le revenu moyen par chambre louée et le coefficient moyen de remplissage, de rester orienté à la hausse. En cumul depuis janvier, il atteint 41 297 francs, contre 39 603 francs sur la même période de 2025, soit une progression de 4,3 %. Malgré un coefficient moyen de remplissage inférieur de 3,1 points, le revenu moyen généré par chambre disponible demeure ainsi supérieur à celui observé un an plus tôt.
Cette évolution ne doit toutefois pas être assimilée à une hausse du chiffre d’affaires ou de la rentabilité des établissements. Les enquêtes de l’ISPF mesurent des revenus moyens liés à l’hébergement, rapportés aux chambres louées ou disponibles. Elles ne renseignent ni le montant total des recettes du secteur, ni les charges d’exploitation, ni les résultats financiers des hôtels.
Les cinq premières enquêtes de l’ISPF confirment ainsi que le ralentissement observé au début de 2026 continue de peser sur l’hôtellerie internationale. Si le revenu moyen par chambre permet aux principaux indicateurs de gestion de mieux résister, le redressement attendu de la fréquentation ne se lit pas encore dans les chiffres arrêtés à fin mai.
Apollonia Elia pour Radio 1 Tahiti

