En Nouvelle-Calédonie, le pari d’un « Village des solutions » pour raccrocher les jeunes à l’emploi

©Julien Mazzoni / Les Nouvelles Calédoniennes

En Nouvelle-Calédonie, le pari d’un « Village des solutions » pour raccrocher les jeunes à l’emploi

Le gouvernement, la Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie (Feinc) et l’association Mana All ont signé, jeudi à Nouméa, une convention lançant le premier site pilote du futur « Village des solutions ». Objectif : mieux accompagner des jeunes très éloignés de l’emploi jusqu’à leur insertion professionnelle. Un sujet de notre Les Nouvelles Calédoniennes.

« Il y a des professeurs qui me disent 'mais vous faites comment ? ». Assis au milieu des représentants du gouvernement et du patronat calédonien, Jules Tufele raconte ces jeunes qu’il parvient à faire rester « dix heures par jour pendant sept jours » dans des ateliers où ils apprennent d’abord à parler… d’eux-mêmes.

« Ils n’ont pas l’habitude de parler d’eux. Beaucoup font des choix par rapport au groupe, à la bande. Là, l’idée, c’est qu’ils sachent ce qu’ils veulent dans la vie », explique le co-fondateur de l’association Mana All, créée officiellement en 2023 mais active dans les quartiers depuis plus de dix ans.

C’est ce travail de terrain que le gouvernement veut désormais raccrocher au monde économique à travers un premier « Village des solutions », lancé jeudi 21 mai à Ducos avec la Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie (Feinc) et Mana All.

Derrière ce nom, ne cherchez pas de nouveau bâtiment ni de nouvelle structure administrative. « L’objectif n’est pas de créer une usine à gaz », insiste Samuel Hnepeune, membre du gouvernement chargé notamment de la formation professionnelle. « Les dynamiques existent déjà. Les associations connaissent leurs jeunes, leurs problématiques, leur environnement. Nous, on vient accompagner et connecter tout ça. »

Des jeunes de plus en plus éloignés de l’emploi

Car le constat présenté par le gouvernement est sévère. Selon Samuel Hnepeune, entre 800 et 1 000 jeunes sortiraient chaque année du système scolaire sans qualification, avec un décrochage qui intervient désormais parfois dès l’âge de 13 ans. « Beaucoup arrivent avec une perte totale de confiance en eux. Tant qu’on n’a pas reconstruit la personne, ce n’est même pas la peine de parler de formation », estime-t-il.

L’idée du dispositif est donc de suivre un jeune depuis son repérage dans les quartiers jusqu’à son insertion professionnelle, en évitant les ruptures de parcours entre associations, dispositifs publics, formations et entreprises.

« Aujourd’hui, on a beaucoup de trous dans la raquette », reconnaît Samuel Hnepeune. « On prépare un jeune, il intègre un dispositif, puis on le perd. Et parfois, on le retrouve plus tard dans un autre parcours ou dans la rue ». Pour Xavier Besnoit, président de la Feinc, les entreprises ont aussi « une responsabilité » dans le contexte actuel. « Il y a quand même des entreprises qui recrutent. On doit être capables d’ouvrir nos portes pour accueillir des stagiaires et des jeunes qui ont besoin de comprendre ce qu’est l’entreprise. »

« On avait des jeunes, mais rien à leur proposer derrière »

À Mana All, le lien avec les jeunes passe par un réseau de "grands frères" des quartiers. « Les jeunes nous écoutent parce qu’on vient du même endroit qu’eux », résume Jules Tufele.

Son associé, Cédric Devaud, ancien chef d’entreprise dans les travaux publics, raconte avoir construit le projet après avoir constaté les limites de leurs premiers accompagnements. « Au début, on essayait directement de mettre les jeunes en entreprise. Mais on était encore beaucoup trop loin du monde économique. »

Aujourd’hui, l’association dit accompagner jusqu’à 300 jeunes à travers des ateliers de développement personnel et d’orientation. Mais sans débouchés réels jusqu’ici. « On avait des jeunes, mais rien à leur proposer derrière », reconnaît Cédric Devaud. « Là, l’idée, c’est enfin de créer la passerelle avec les entreprises, les formations et les institutions. »

Le gouvernement souhaite désormais décliner d’autres sites pilotes sur la côte Est et aux îles Loyauté.

Julien Mazzoni pour Les Nouvelles Calédoniennes