Les roussettes se nourrissent actuellement des fleurs de kapokiers, alors que les femelles portent leur petit. La province Nord alerte sur cette période de forte vulnérabilité face au braconnage. Détails avec notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.
"Les chasser maintenant, c’est tuer deux vies." Ce message diffusé depuis le 11 juillet par la province Nord intervient dans une période particulièrement sensible pour les roussettes. De juin à août, les kapokiers sont en pleine floraison. Alors que les ressources alimentaires sont moins abondantes en forêt, les roussettes viennent se nourrir de leurs fleurs. Plus visibles, elles deviennent également des cibles plus faciles pour les braconniers, alors que les femelles sont en pleine période de gestation.
La province Nord rappelle que la chasse aux roussettes est fermée à cette période de l’année. Seules les roussettes rousses et noires peuvent être prélevées, exclusivement les samedis et dimanches du mois d’avril, dans la limite de cinq animaux par jour et par chasseur. En dehors de ce créneau, tout tir est illégal.
Ce calendrier de chasse tient compte de ce cycle de gestation. Le pic d’accouplements des roussettes a lieu autour du mois d’avril et les naissances cinq à six mois plus tard, principalement au début du mois d’octobre. Une femelle ne donne naissance qu’à un seul petit par an, au mieux, et ne commence à se reproduire qu’à l’âge de 3 ans. Les mères transportent ensuite leur nouveau-né pendant environ trois mois et l’allaitent durant quatre à six mois.
33 % des gîtes ont disparu en quarante ans
Ce rythme de reproduction lent, rend les populations de roussettes particulièrement sensibles aux prélèvements. Dans sa thèse soutenue en 2021 à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, le chercheur Malik Oedin relève que 33 % des gîtes étudiés en province Nord ont disparu en l’espace de quarante ans. Selon ses modélisations, le maintien des niveaux de prélèvement observés pourrait entraîner un recul de près de 80 % de la population de roussettes en trente ans.
La roussette joue pourtant un rôle essentiel dans la forêt. En transportant le pollen et les graines au cours de ses déplacements, pouvant atteindre 35 kilomètres en une nuit, elle participe à la régénération des milieux. Le Guide de la chasse de la province Nord rappelle également sa place centrale dans la culture kanak, notamment dans la fabrication de certaines monnaies traditionnelles.
Chasser une roussette en dehors de la période autorisée expose à six mois d’emprisonnement et à une amende pouvant atteindre 1,073 million de francs. Il est également interdit, toute l’année, de tirer sur un gîte ou à moins de 300 mètres de celui-ci.

