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SÉRIE. Les grands textes qui ont marqué les Outre-mer : en octobre 2014, au Sénat, le Réunionnais Paul Vergès alerte sur les défis démographiques et climatiques à venir
Paul Vergès à la tribune du Sénat le 26 février 2014 lors d’une séance publique sur la situation des Outre-mer ©Sénat

Pour cette rentrée, Outremers 360 inaugure une nouvelle série consacrée aux grands textes, livres ou discours qui ont marqué et parfois façonné les Outre-mer. Nous nous penchons aujourd’hui sur l’allocution du Réunionnais Paul Vergès du 1er octobre 2014 au Sénat, où il interpelle ses collègues sur les questions de la démographie mondiale, du dérèglement climatique, de la crise du capitalisme et de la situation spécifique à La Réunion. C’est l’un des derniers grands discours du charismatique fondateur du Parti communiste réunionnais, décédé en novembre 2016. 

En septembre 1996, Paul Vergès, alors sénateur, accompagné du conseiller régional communiste Philippe Berne, avait déjà interpellé l’opinion publique sur la nécessité de considérer les effets du dérèglement climatique comme une urgence mondiale. « Des données scientifiques convergentes massives amènent à considérer que le réchauffement de la planète va poser à l'humanité des problèmes très graves », expliquaient-ils en préambule.

Quatre ans plus tard, Paul Vergès, devenu également président du Conseil régional, fonde l'Agence nationale de l'énergie de La Réunion. Il cosigne, la même année, une proposition de loi visant à ériger la lutte contre l’effet de serre et la prévention des risques liés au réchauffement climatique au rang de priorité nationale, avant d’en assurer le rapport devant le Sénat. À la suite de son adoption, à l’unanimité des deux chambres parlementaires, il est nommé, à partir de 2002, président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC), compétent pour la France hexagonale ainsi que pour les territoires d’Outre‑mer. Il dirigera cet organisme jusqu’à son décès.

Le 1er octobre 2014, Paul Vergès prononce le discours d’ouverture de la séance inaugurale du Sénat en sa qualité de président d’âge (89 ans). Il évoque d’emblée la permanence d’une crise socio-économique qui affecte l’ensemble de la planète, aggravée par l’explosion de la démographie mondiale, avec une estimation de 9,5 milliards d’habitants en 2050, selon les statistiques. Le climat, ensuite. « Déjà, le réchauffement climatique au cours du siècle a des conséquences dans tous les domaines pour la vie humaine : climat, santé, vie économique, sociale et politique, environnement terrestre, aérien et maritime, et l’adaptation nécessaire à ce nouvel ordre. Rien n’est acquis, tout est à faire. Et l’enjeu est une nouvelle civilisation planétaire ! », martèle-t-il. 

Paul Vergès aborde les conséquences du changement climatique (2016)

Paul Vergès s’interroge également sur l’avenir de la recherche scientifique, de l’innovation, du capitalisme et de la mondialisation, de leurs interactions avec les nouveaux phénomènes démographiques et climatiques ainsi que de leurs conséquences. Il prend l’exemple de La Réunion, sorte de laboratoire de la situation mondiale.

« Sur le plan démographique, la population est passée de 240 000 habitants en 1946 à 840 000 en 2014 et atteindra un million dans quinze ans (…) », affirme-t-il, visionnaire. « Sur le plan de la mondialisation, c’est le pilier canne-sucre, séculaire dans l’île de La Réunion, qui est menacé de disparition (…). Sur le plan du réchauffement climatique, l’île est frappée actuellement par une très grave sécheresse et un déficit en eau dans tous les bassins. Dans un pays tropical, où des cyclones ont déjà des effets dévastateurs sur l’environnement et la biodiversité, le littoral est en outre menacé à terme par l’élévation du niveau de l’océan ».

Paul Vergès n’oublie pas le social, rappelant que (à l’époque) 30% des Réunionnais sont au chômage, dont quelque 50% de jeunes, que 46% de la population est sous le seuil de pauvreté et que 240 000 personnes vivent des minima sociaux. La situation s’est certes améliorée depuis, mais les mêmes problèmes structurels – chômage, pauvreté – demeurent.

« Que la question posée soit à l’échelle locale, nationale, européenne ou mondiale, elle est portée dans une perspective globale, donc solidaire, soulignant par-là que, pour la première fois, l’humanité a conscience de ce destin commun de toutes les fractions de la population mondiale. C’est en cela que les destins des uns et des autres deviennent de plus en plus liés et solidaires, faisant apparaître notre conviction, et donc notre espérance commune, de voir la fin des luttes du XXIe siècle ouvrir la nouvelle ère à la nouvelle civilisation qui s’annonce », souligne Paul Vergès. Avant de conclure en citant Jean Jaurès : « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir ». 

Allocution de Paul Vergès au Sénat le 26 février 2014 sur la situation des Outre-mer

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