Pour le nouveau président de l'Association des maires de Mayotte, le recensement de la population constitue l'un des dossiers les plus sensibles des prochains mois. Derrière les chiffres se jouent les moyens financiers accordés aux communes, dans un territoire confronté à une croissance démographique que les élus estiment largement sous-évaluée. Un sujet de notre partenaire France Mayotte Matin.
À peine élu à la tête de l'Association des maires de Mayotte, Ambdilwahedou Soumaïla identifie déjà le recensement de la population comme l'un des dossiers les plus stratégiques pour l'avenir des collectivités mahoraises. Lors d'un temps de parole dans la Matinale de Kwezi, le nouveau Président de l’Association des Maires a rappelé que les résultats du recensement conditionneront directement une grande partie des ressources financières attribuées aux communes.
L'enjeu est considérable. Les chiffres retenus par l'Insee serviront notamment au calcul de la dotation globale de fonctionnement (DGF), principale enveloppe financière versée par l'État aux collectivités. Pour Ambdilwahedou Soumaïla, une sous-estimation de la population entraînerait mécaniquement une sous-évaluation des besoins réels du territoire. « On ne va pas demander aux collectivités de mettre en place des politiques publiques pour 200 000 habitants alors qu'on est 500 000 », a-t-il expliqué, estimant que les communes risqueraient ensuite d'être tenues pour responsables de difficultés qu'elles n'ont pas les moyens financiers de résoudre.
Le président de l'Association des maires doit rencontrer prochainement les responsables de l'Insee afin d'évoquer les conditions dans lesquelles le recensement a été réalisé. Selon lui, plusieurs facteurs propres à Mayotte pourraient avoir compliqué l'opération. Il évoque notamment la période choisie pour effectuer le recensement, durant les vacances scolaires, alors que de nombreuses familles avaient quitté temporairement l'île. Certains logements ont ainsi pu être considérés comme vacants alors qu'ils étaient habituellement occupés.
L'élu souligne également les particularités migratoires du territoire. Il rappelle que les arrivées de population se poursuivent en permanence, rendant difficile une photographie exhaustive de la réalité démographique à un instant donné. À cela s'ajoutent les refus de certaines personnes de participer au recensement, y compris parmi des habitants régulièrement installés sur le territoire.
Pour Ambdilwahedou Soumaïla, la question dépasse largement le simple exercice statistique. Entre le dernier recensement général de référence et les chiffres qui seront prochainement publiés, près de dix années se seront écoulées. Dans un département où la croissance démographique reste l'une des plus fortes de France, cet écart pourrait avoir des conséquences importantes sur les capacités d'investissement des communes.
L'Association des maires entend donc porter ce sujet auprès du gouvernement. Son président réclame déjà un mécanisme de compensation ou de rattrapage permettant de tenir compte des évolutions démographiques intervenues au cours de la dernière décennie. Une revendication qui pourrait rapidement devenir l'un des principaux combats des élus locaux dans les mois à venir.
Anne-Constance Onghéna pour France Mayotte Matin

