Dans une étude publiée récemment, l'Institut d'émission des départements d'Outre-mer (IEDOM) note que le cyclone Chido est intervenu alors que les entreprises mahoraises étaient déjà fragilisées par des tensions persistantes de trésorerie, une forte dépendance aux chaînes logistiques et un contexte économique bousculé par une succession de chocs extérieurs. La loi d’urgence répond aux besoins immédiats liés à la continuité des activités et à la stabilisation du tissu économique, mais elle ne couvre que le court terme. Les fragilités structurelles, antérieures au cyclone, exigent une approche plus globale. C’est dans cette logique qu’a été adoptée la loi de programmation pour la refondation de Mayotte, qui ambitionne de transformer en profondeur et durablement l’environnement économique et social du territoire.
Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido ravageait le département de Mayotte, affectant tous les secteurs d’activité économique dans un territoire déjà en crise. Cependant, tout au long de l’année 2024, les entreprises mahoraises avaient connu une dégradation continue de leur situation économique et financière, dans un environnement marqué par des blocages, des contraintes logistiques durables, une inflation importée et des trésoreries structurellement insuffisantes. L’examen conjoint des indicateurs conjoncturels et des données bancaires mettait en lumière un tissu entrepreneurial déjà fragilisé avant la crise cyclonique, caractérisé par des marges de manœuvre réduites et une exposition accrue aux perturbations économiques.
« Sur le plan financier, les constats étaient également préoccupants avec des recours massifs au crédit à court terme pour financer l’exploitation, des tensions extrêmes sur les trésoreries, une hausse rapide des créances douteuses et un investissement qui se maintient, mais n’est plus un levier de croissance. L’arrivée du cyclone est donc intervenue dans un contexte où les capacités du territoire et les marges d’absorption des entreprises et des banques étaient déjà fortement sollicitées. Tout choc exogène, même de dimension plus limitée que Chido, aurait été susceptible de déstabiliser le tissu entrepreneurial », constate l’IEDOM.

Lors d’une enquête menée au premier trimestre 2025, la totalité des secteurs sollicités par l’IEDOM déclaraient avoir subi des difficultés organisationnelles et des dégradations importantes (outils de production, surfaces de vente, bureaux, véhicules professionnels, locaux de stockage, etc.). Malgré tout, « dès fin décembre 2024, 96,5% des entreprises interrogées annonçaient avoir été en mesure de reprendre ou de poursuivre leur activité au moins partiellement. Parmi elles, 42,1% estimaient avoir retrouvé le même niveau qu’avant Chido », relève l’étude.
De façon générale, l’activité économique connaît, depuis le passage du cyclone, une évolution irrégulière et instable. Le regain d’activité et d’investissement observé provient essentiellement des opérations de reconstruction du territoire et de remise en état des outils de production. Les trésoreries, déjà fragiles, se trouvent fortement dégradées en raison de délais de paiement très longs, en particulier ceux des collectivités, qui ont encore augmenté après Chido. Cette situation est d’autant plus critique que près de 70% de l’activité des entreprises locales dépend de la commande publique.

« La situation des entreprises avant Chido a mis en évidence un tissu productif dont les marges de manœuvre étaient presque entièrement épuisées. La loi d’urgence Mayotte répond à ces vulnérabilités et vise à sécuriser la continuité économique du territoire », souligne l’IEDOM. Cette loi répond aux besoins immédiats provoqués par le cyclone, mais son action reste limitée au court terme, en soutenant la continuité d’activité et la stabilisation du tissu productif. Les fragilités structurelles, déjà présentes avant l’événement, exigent quant à elles une approche plus large et de plus longue portée. C’est dans cette logique qu’intervient la loi de programmation pour la refondation de Mayotte, promulguée en août 2025, qui ambitionne de transformer en profondeur l’environnement économique et social du territoire.
Le texte annonce notamment la mise en œuvre d’un programme d’investissements prioritaires de 3,9 milliards d’euros d’ici 2031, destiné à renforcer les infrastructures essentielles du territoire — logement, eau potable, énergie et équipements publics. Ces investissements ouvrent des perspectives significatives d’activité pour les entreprises locales, tout en contribuant à lever plusieurs contraintes structurelles qui freinaient leur développement, notamment l’irrégularité de l’accès à l’eau et l’instabilité de l’approvisionnement énergétique.

Qu’en est-il aujourd’hui de la conjoncture économique mahoraise ? Selon l’étude, le climat des affaires repose essentiellement sur les travaux de reconstruction, le secteur du BTP en étant évidemment le premier bénéficiaire. « Cependant, l’activité du secteur connaît aujourd’hui un fléchissement, et ce, malgré des carnets de commandes qui demeurent remplis. Les trésoreries des entreprises du secteur sont à un niveau très faible et les charges d’exploitation accusent une forte hausse. Cette évolution serait imputable, en grande majorité, au fait que les entreprises aient avancé les frais de réparation de leur outil productif en attendant une prise en charge par les compagnies d’assurance », précise l’IEDOM.
L’activité commerciale repart à la hausse au début de l’année 2025, enregistrant son premier véritable rebond depuis près de deux ans. Les chefs d’entreprise déclarent engager des investissements jugés indispensables, malgré un niveau de charges d’exploitation toujours élevé. Cette dynamique se traduit par une diminution des stocks de produits finis et une amélioration des délais de paiement. Toutefois, à partir du deuxième trimestre, le secteur commercial connaît une évolution irrégulière et instable. Les trésoreries se tendent de nouveau et les effectifs reculent, signalant un retournement de tendance, alerte le rapport.

PM





















