L’année 2025 a constitué une année charnière pour l’économie mahoraise, encore fortement marquée par les conséquences du cyclone Chido. L’activité économique amorce un rebond progressif, largement soutenu par les chantiers de reconstruction, mais demeure fragile, selon une synthèse annuelle de l’Institut d'émission des départements d'Outre-mer (IEDOM). Toutefois l’absence d’un cadre de soutien étatique clairement identifié pèse sur la confiance des chefs d’entreprise. Dans un contexte d’inflation modérée, autour de 1,3%, la consommation des ménages se redresse lentement, portée par les besoins liés à la gestion post‑cyclone. Par ailleurs, l’année 2026 sera déterminante pour le redressement du territoire.
En 2025, l’indicateur du climat des affaires à Mayotte a largement progressé, dopé par les travaux de reconstruction. Le BTP profite largement des programmes, contrairement aux services et au commerce, toujours affectés par les conséquences du cyclone. « Outre les tensions sur la trésorerie, les chefs d’entreprise déplorent des délais de paiement allongés et une visibilité limitée sur leurs perspectives d’activité », remarque l’IEDOM. Du côté de l’inflation, elle poursuit son ralentissement en 2025, s’établissant à +1,3% contre +2,4% en 2024.
En ce qui concerne le marché du travail pour 2025, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A recule de 6%, mettant fin à la tendance défavorable observée depuis le second semestre 2024. Les moins de 25 ans (-3,8%) ainsi que les 50 ans et plus (-5,7%) profitent de cette amélioration, tandis que les 25-49 ans connaissent au contraire une hausse de 2,1%. En outre, l’après-cyclone a poussé à la hausse la consommation des ménages, de même que les importations (voir infographie ci-dessous).

Dans le BTP, les attentes des professionnels du secteur, qui espéraient une relance rapide de leur activité grâce aux travaux de reconstruction, sont en partie comblées. Le volume d’activité reste soutenu, les carnets de commandes demeurent bien remplis et la trésorerie s’améliore au rythme de la réduction des délais de paiement. Porté par cette dynamique, l’ensemble des indicateurs du secteur s’oriente favorablement : l’encours des crédits immobiliers aux entreprises progresse de 8,7%, tandis que celui des crédits à l’habitat destinés aux ménages augmente de 6%.
Bien que l’activité ait été fortement affectée en 2024 et que le premier semestre 2025 a souffert de difficultés, les entreprises du secteur commercial constatent une amélioration graduelle au second semestre. La situation financière s’assainit, portée par un renforcement des trésoreries et une contraction des délais de paiement. Cette dynamique positive s’accompagne néanmoins d’une réduction des effectifs. « Sur l’année, les encours des risques enregistrés pour le secteur font état d’une hausse de 4,3% », avance l’étude.
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« Au cours de l’année 2025, la collecte globale de dépôts par les établissements de crédit, qu’ils soient installés ou non à Mayotte, continue de progresser (+21,7% après +20,5% en 2024). Ainsi, les actifs financiers détenus par les sociétés et les ménages mahorais s’élèvent à 1,467 milliard d’euros », rapporte l’IEDOM. L’encours des crédits accordés aux ménages progresse nettement entre la fin de 2024 et le début de 2025, avec une hausse de 6,7% entre le 4e trimestre 2024 et le 1er trimestre 2025, puis de 3,9% entre le 1er et le 2e trimestre 2025. La croissance se poursuit ensuite, mais à un rythme plus modéré au cours des deux derniers trimestres de 2025 (+0,5% sur le second semestre). Au total, l’évolution annuelle atteint +11,6 %.
L’accompagnement financier des entreprises se maintient en 2025, avec une progression de 7% depuis la fin de 2024, malgré un début d’année marqué par une nette baisse des encours de crédit aux sociétés (–3,4% entre le 4e trimestre 2024 et le 1er trimestre 2025). Sur l’ensemble de l’année, les encours de crédits d’exploitation et de crédits de trésorerie reculent respectivement de 12,9% et 16,5%. À l’inverse, les crédits d’investissement affichent une forte hausse, atteignant +10,1%.

Quelles perspectives pour 2026 ? Après une année 2025 largement consacrée aux efforts de réparation post-Chido, 2026 s’annonce comme une phase de transition décisive pour engager la reconstruction durable de Mayotte. « La Loi de programmation du 11 août 2025, qui prévoit une enveloppe de 4 milliards d’euros d'ici 2031, demeure le pilier central de ce renouveau », précise l’étude. Les indicateurs de fin 2025 traduisent une dynamique de rattrapage, avec notamment une hausse de 7% des crédits d’investissement et une progression de 31,7% des importations de biens d’équipement.
Toutefois, la mise en œuvre opérationnelle de cette refondation se heurte à des obstacles structurels persistants. Le lancement des grands projets d’infrastructures — construction massive d’établissements scolaires, nouveau site aéroportuaire — demeure suspendu à la publication des décrets d’application, dont la lenteur administrative retarde la concrétisation sur le terrain. Par ailleurs, le contexte budgétaire national, marqué par une réduction des dépenses publiques et un objectif de baisse du déficit, fait peser un risque important sur la réalisation effective de ces projets.
PM





















