La série concernant les personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer continue sur Outremers 360. Aujourd’hui nous nous intéressons à l’itinéraire exceptionnel du Mahorais Younoussa Bamana, ce partisan de la départementalisation qui devint le premier et seul préfet noir de son archipel à ce jour, puis député et président du Conseil général.
Issu d’une fratrie de dix frères et sœurs, Younoussa Bamana est né le 1er avril 1935 à Kani-Kéli dans le sud de Mayotte. Au départ, rien ne prédestinait ce fils de modestes cultivateurs à développer le remarquable parcours qui fut le sien. Mais sa mère va changer le cours de sa vie. À l’âge de huit ans, elle l’emmène tout d’abord à Dzaoudzi à Petite-Terre pour qu’il effectue ses études primaires. Il poursuit ensuite son éducation à Madagascar dans l’élitiste lycée Gallieni d’Antananarivo, et passe un diplôme d’instituteur.
À son retour à Mayotte, il effectue une véritable révolution sociétale en initiant la scolarisation des filles, qui n’allaient pas à l’école à l’époque. Dans le même temps, il s’intéresse à la politique. Dans les années cinquante, les mouvements de décolonisation progressent. Dans l’archipel des Comores, trois îles commencent à militer pour leur indépendance (Anjouan, Mohéli et la Grande-Comore), tandis que Mayotte souhaite demeurer française. Younoussa Bamana crée alors le Mouvement Populaire Mahorais (MPM) vers 1970.
« Nous sommes quatre frères mais doit-on habiter dans la même maison ? Les quatre frères avec leurs femmes, leurs enfants doivent-ils rester dans la même maison ? Non ! Moi, je choisis d’être chez moi et ensuite je compose. Je peux inviter mes frères et sœurs un jour si le père est là pour un conseil de famille. Voilà comment je conçois les choses. Mais que les Comores réclament systématiquement Mayotte comorienne... Là, on ne se comprend plus. Nous avons choisi une grande nation, la France. Nous voulons être département français pour être libres », peut-on lire dans une de ses déclarations publiées par les archives départementales de Mayotte. Dans son combat, il est suivi par de nombreuses femmes, notamment les « Chatouilleuses » menées par leur icône Zéna M’Déré qui s’en prennent pacifiquement, en les chatouillant, aux politiques comoriens favorables à l’émancipation.

En 1974, la France organise un référendum pour ou contre l’indépendance de l’archipel. Seule Mayotte vote contre. Un nouveau chapitre s’ouvre alors pour Younoussa Bamana. Le 6 juillet 1975, l’Union des Comores est proclamée. Survient par la suite une période d’incertitude et d’instabilité pour l’île qui a choisi de rester française. Un « Conseil de circonscription » est alors créé, qui élit Bamana préfet de Mayotte le 21 juillet afin d’assurer notamment la continuité des services publics. Il reste à ce poste jusqu’à l’arrivée d’un préfet venu de l’Hexagone en 1976.
Mais ceci ne signe pas pour autant la fin de la carrière de l’ancien instituteur. L’île est dorénavant une collectivité territoriale, qui doit se doter de tous ses attributs institutionnels. C’est ainsi que le 13 mars 1977, Younoussa Bamana est élu député de la première circonscription de Mayotte à l’Assemblée nationale (il siègera sans étiquette) sous la Cinquième République, puis réélu le 12 mars 1978 sous les couleurs de l’Union pour la démocratie française (UDF) jusqu’en mai 1981 et l’arrivée du président socialiste François Mitterrand. Il devient en outre président du Conseil général de juillet 1977 à avril 2004.
Avide de politique, Bamana se présente en 1991 aux élections cantonales de sa ville natale Kani-Kéli, mais il est battu par son rival Zaïnadini Idaroussi. Qu’à cela ne tienne, il est élu la même année lors d’une élection partielle dans le canton de Chiconi. En 2004, il aspire à devenir sénateur mais il est battu par Adrien Giraud (Union centriste) le 26 septembre. Les dernières années de sa vie, malade et affaibli, il demeure quand même une figure incontournable du paysage politique mahorais, et nombreux viennent consulter celui qui a toujours une bonne histoire à raconter sur sa carrière et ses multiples rencontres de femmes et d’hommes politiques. Il s’éteint le 22 juin 2007 au Centre hospitalier de Mamoudzou à l'âge de 72 ans, quatre ans avant que Mayotte ne devienne le 101e département français, cause pour laquelle il s’était tant battu.
PM
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