Ce jeudi 28 août, à l’occasion de LAREF 2025, la traditionnelle séquence consacrée aux Outre-mer s’est tenue dans après-midi sous l’égide du Comité Outre-mer du MEDEF. Les présidents et décideurs économiques venus de Guadeloupe, de Polynésie Française en encore de La Réunion ont pu interpeller directement le ministre des Outre-mer, Manuel Valls. Crise assurantielle, surcoûts liés aux normes, fiscalité, intégration régionale et stratégie d’internationalisation : voilà autant de sujets qui ont nourri les échanges. Dans un contexte de rentrée sociale et politique incertaine, le ministre a plaidé pour transformer les Outre-mer en pôles de compétitivité et d’ouverture.
« Beaucoup se demandent si le ministre qui est en face de vous sera encore là dans quelques jours… Nous verrons bien. » C’est par ces quelques mots que le ministre des Outre-mer Manuel Valls a introduit, non sans ironie, ses propos autour de quelques réflexions stratégiques qu’il souhaitait partager pour les territoires ultramarins. Ce jeudi 28 août, à l’occasion de la séquence dédiée aux Outre-mer, les représentants des MEDEF territoriaux ont interpellé le ministre sur des sujets aussi divers que la crise assurantielle et le désengagement des compagnies, la fiscalité et l’avenir des dispositifs de défiscalisation, le financement et la capitalisation des entreprises locales, ou encore les difficultés liées aux normes européennes et à la concurrence régionale. Le tourisme, moteur de croissance, la question des transports aériens et du coût des liaisons, la commande publique, l’intégration dans les bassins géoéconomiques voisins et, plus largement, la nécessité de renforcer la compétitivité et l’internationalisation des économies ultramarines ont également rythmé les échanges.
S’il a pris le temps de répondre aux questions posées, l’ancien Premier ministre a replacé dès le départ la discussion dans une perspective stratégique. Pour lui, l’avenir économique de la France ne peut s’écrire sans ses Outre-mer : « Grâce à ces territoires, notre pays dispose de la deuxième zone économique exclusive mondiale, plus de dix millions de kilomètres carrés. Les Outre-mer assurent à notre pays une présence sur trois océans et cinq continents », a-t-il rappelé. Cette position géographique, couplée à la richesse en ressources et en biodiversité, constitue selon lui un levier encore sous-exploité. Le ministre a néanmoins reconnu que ce potentiel restait trop souvent « théorique », car il se heurte à des réalités bien connues des acteurs présents. « Il faut transformer cet atout stratégique en avantage compétitif », a-t-il insisté, invitant à bâtir une stratégie d’ouverture régionale ambitieuse et à mieux intégrer les économies ultramarines dans leurs environnements respectifs : Caraïbes, océan Indien ou encore Pacifique.
Des fragilités structurelles qui freinent la compétitivité
Parmi les premières préoccupations soulevées lors de cette séquence figurait la crise assurantielle. Dans plusieurs territoires, la hausse continue, l’augmentation des franchises et le désengagement progressif des compagnies menacent directement l’activité économique. Les représentants du MEDEF ont alerté sur un risque de faillites en cascade, faute pour les entreprises et les collectivités de pouvoir se protéger efficacement face aux catastrophes naturelles ou aux sinistres.
Manuel Valls a reconnu l’ampleur du problème et rappelé les mesures déjà engagées. « La priorité du gouvernement est de garantir une mutualisation nationale du risque », a-t-il expliqué, soulignant que les territoires ultramarins ne pouvaient pas être laissés seuls face à des aléas climatiques de plus en plus fréquents.
Autre sujet sensible : l’impact des normes européennes et de la fiscalité environnementale sur la compétitivité. Les représentants de Guadeloupe ont dénoncé l’application de la taxe carbone sur l’aérien, qui renchérit le coût des liaisons transatlantiques et fragilise l’attractivité touristique, alors même que les pays voisins de la Caraïbe ne sont pas soumis à ces contraintes. Manuel Valls a indiqué que la France plaiderait à Bruxelles pour prolonger les exemptions en faveur des régions concernées.
Pour les chefs d’entreprise présents, toutes ces fragilités structurelles freinent toute ambition de compétitivité à l’échelle régionale comme internationale.
Fiscalité, financement et investissement
La question fiscale a également occupé une large place dans les échanges. Plusieurs voix se sont inquiétées de l’avenir des dispositifs de défiscalisation, en particulier de la réduction annoncée de 10 % du crédit d’impôt dans le projet de loi de finances 2026. Une évolution perçue comme un signal négatif pour l’investissement, dans des économies déjà fragilisées par leur isolement et la faiblesse de leurs marchés intérieurs. Le ministre des Outre-mer lui défend une ‘approche différenciée’, qu’il a qualifiée de ‘sur-mesure’. « Chaque économie ultramarine a ses spécificités. C’est à partir de ces réalités qu’il faut définir les outils fiscaux adaptés. » Au-delà des dispositifs fiscaux, la question du financement a également occupé une place centrale. Plusieurs intervenants ont souligné la difficulté chronique des TPE et PME ultramarines à accéder au crédit bancaire et à trouver des fonds propres suffisants pour se développer. La sous-capitalisation des entreprises locales, souvent familiales et de petite taille, constitue un frein majeur à leur internationalisation.
Pour répondre à cette préoccupation, Manuel Valls a confirmé le principe de création d’un fonds d’investissement public-privé dédié aux Outre-mer, dont la mission sera de soutenir la croissance des entreprises locales et de favoriser l’émergence de champions régionaux dans des secteurs stratégiques : transition énergétique, économie bleue, numérique ou encore agroalimentaire. « Nous devons accompagner la montée en gamme des économies ultramarines et leur permettre d’investir pour se projeter au-delà de leurs frontières immédiates », a-t-il affirmé.
Tourisme et intégration régionale : des leviers à consolider
Au fil des interventions, le tourisme est apparu comme un secteur transversal, capable d’irriguer de nombreuses filières locales. Plusieurs représentants, notamment de Martinique, ont insisté sur la nécessité d’un plan opérationnel. « Le tourisme représente parfois jusqu’à 10 % du PIB local et irrigue l’hôtellerie, la restauration, l’artisanat et l’agriculture.» Le ministre a annoncé le renforcement du partenariat avec Atout France et la volonté de bâtir une véritable ‘marque ultramarine’ pour mieux coordonner la promotion internationale et attirer des clientèles diversifiées. L’autre enjeu central abordé au cours de cette séquence a été celui de l’intégration régionale. Manuel Valls a insisté sur la nécessité pour chaque territoire de s’ancrer davantage dans son environnement immédiat : « Les Outre-mer doivent saisir les opportunités offertes par leurs bassins régionaux, que ce soit dans les Caraïbes, l’océan Indien ou le Pacifique. Ces territoires ne doivent pas être vus comme périphériques, mais comme des plateformes stratégiques de rayonnement français et européen ».
Cependant malgré ces échanges denses, une incertitude lourde plane sur l’avenir politique à l’échelle nationale. L’hypothèse d’une chute du gouvernement suscite chez les chefs d’entreprise ultramarins une profonde inquiétude, surtout en l’absence de visibilité sur les réformes en cours. Parallèlement, le climat social reste particulièrement tendu dans plusieurs territoires ultramarins, où des appels à la grève commencent à se faire entendre. Dans l’Hexagone, la mobilisation nationale est programmée pour le 10 septembre 2025.