Le pôle Mro Mouhou situé à Brandélé et consacré à l’agriculture biologique a accueilli hier une quinzaine d’agriculteurs de Mayotte en vue de les accompagner à obtenir une certification « agriculture biologique » (AB).
Dans le cadre de leur démarche de développement économique, la mairie de Bandrélé et l’Établissement public foncier et d’aménagement de Mayotte (EPFAM) ont eu pour ambition de contribuer à mettre en œuvre un système alimentaire à la fois ancré dans le territoire, résilient et durable. Pour cela, ils ont souhaité permettre un approvisionnement à partir de produits issus de l’agriculture locale. Ils ont mis à disposition d’agriculteurs des parcelles pouvant varier entre 0,5 et 2,5 hectares. Pour y parvenir, la municipalité a décidé, en partenariat avec l’EFPAM, de valoriser les 19 hectares du site de Mro Mouhou, dont 13 appartiennent à la municipalité de Bandrélé et 6 au Conseil dé-partemental, soit un total de 20 hectares où une dizaine d’agriculteurs peuvent produire en bio
L’objectif avoué de cette manifestation était avant tout de faire se rencontrer les différents agriculteurs qui cultivent des produits biologiques dans l’île et de pouvoir ainsi structurer la filière. La commune de Brandélé, très engagée dans ce domaine, a mis à disposition une parcelle de terre au sein de son territoire dans le but que des agriculteurs puissent y produire des produits de qualité, certifiés agriculture biologique. Pour le maire de Brandélé, cette thématique de l’agriculture bio suscite beaucoup d’espoir et d’ambition. « Depuis quelques années maintenant nous soutenons les projets d’agriculture bio car nous avons envie de développer ce type d’agriculture sur notre territoire, indique l’édile. Nous voulons produire de manière sécurisée des produits consommables et sains. De nombreux produits n’ont pas de traçabilité ce qui est problématique, notamment en ce qui concerne la conformité par rapport à la loi… ».
A Mayotte de nombreuses denrées alimentaires, notamment les fruits et légumes, sont proposés sans que l’on connaisse la provenance ou l’origine, d’où la nécessité de structurer la filière de l’Agriculture biologique encore balbutiante. « Notre volonté est d’apporter aux agriculteurs volontaires l’accompagnement nécessaire pour qu’ils puissent développer la production de produits bio », explique le maire de Brandélé. De nombreux enjeux découlent en effet de l’agriculture biologique comme la sécurité alimentaire, l’environnement, l’érosion, la fertilité des sols et bien sûr la santé des hommes et des femmes. Aussi, comme le rappelle le préfet de Mayotte, Thierry Suquet, « Il faut valoriser l’agriculture biologique en mettant en place des stratégies adaptées au territoire de Mayotte mais aussi en accompagnant les agriculteurs dans cette démarche. En 2020, il y avait seulement 2 agriculteurs certifiés bio, c’est trop faible ! Cela ne peut que progresser ».
L’agriculture biologique doit répondre à un cahier des charges bien spécifique comme le respect de la nature et de l’environnement, les circuits courts et la production locale ou encore le développement durable. « Le travail engagé à Mayotte est un travail de qualité, se félicite le préfet. Mais il n’y a pas sur le territoire d’organisme certificateur, ce qui ralentit le développement de l’agriculture bio d’où la nécessité de mettre en place un projet pour structurer la filière ». Actuellement une trentaine d’agriculteurs sont accompagnés et sont proches de la certification ou en cours de certification car comme l’indique Bryce Bouvard, coordinateur de l’Union des coopératives agricoles de Mayotte (UCAM), «Le parcours pour être certifié bio dure au moins trois ans…il faut donc aider les agriculteurs à produire bio mais aussi leur trouver des débouchés pour vendre leurs produits. Pour cela nous devons identifier des professionnels et mettre en place des filières d’approvisionnement et de distribution ».
A travers la création de ce pôle agricole, la mairie de Brandélé souhaite réaliser plusieurs objectifs parmi lesquels l’organisation d’une filière agricole, favoriser les circuits courts, promouvoir l’agriculture biologique et les produits locaux, et alimenter les cantines scolaires. Ce projet de pôle agricole représente au-delà de l’aspect économique un véritable enjeu de santé publique. La population sera en mesure de pouvoir consommer des produits locaux dont la traçabilité sera assurée. Un gage de qualité…
Parmi les agriculteurs présents hier, certains cultivent de la vanille, de la patate douce ou encore des piments. Le site de Brandélé a même mis en place une production de tomates bio protégée par des filets pour empêcher les mouches et certains insectes de passer. A terme, la volonté des agriculteurs bio de l’île est de créer une sorte de label ou une marque pour mettre en valeur la qualité de leurs produits et de pouvoir les identifier.
Par Benoît Jaëglé pour France Mayotte Matin

