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À La Réunion, le sport automobile joue son avenir sous haute surveillance

Par ~3 min lecture
À La Réunion, le sport automobile joue son avenir sous haute surveillance
© Facebook Tour Auto -Rallye de La Réunion

Chicanes pour casser la vitesse, caméras embarquées reliées au PC course: le rallye de Petite-Île se tient ce week-end à La Réunion sous très haute surveillance, sept mois après la mort de trois enfants qui avait conduit à l'interdiction de la première course de la saison et fait craindre pour l'avenir d'un sport très populaire.

 

D'abord interdite fin avril par la préfecture, l'épreuve des 13 et 14 juin, qui ouvre la saison 2026, fait figure de test: de son bon déroulement dépendra sans doute la suite du calendrier, avec une dizaine de rallyes par an et le Tour Auto en point d'orgue, en juillet.

L'inquiétude est née d'un drame. Le 26 octobre 2025, lors du rallye de Saint-Joseph (sud), une voiture avait quitté la route et fauché trois enfants, dont une fillette de 9 ans et son frère de 12 ans, dans une zone interdite au public où des spectateurs s'étaient massés.

L'épreuve, dernière de la saison, avait été immédiatement interrompue. Dans la commune, le traumatisme reste vif. «Ça a marqué tout le monde», rappelle à l'AFP Ibrahim Moullan, agriculteur dans les hauts de Saint-Joseph. «Je savais que ça allait arriver. Les voitures passent par la ville, au milieu des habitations. Et le public n'est pas toujours au courant de toutes les règles», ajoute-t-il.

Fin avril, invoquant «l'impossibilité pour l'organisateur de garantir une sécurité suffisante pour les riverains et le public», la préfecture a interdit la tenue du rallye de Petite-Île, initialement programmé en mai.

La décision a fait l'effet d'un coup de tonnerre chez les passionnés. «On met le doigt dans un engrenage», s'alarmait alors Loïc Payet, président de l'association de sports automobiles Run 974: «Si on supprime les rallyes, c'est la mort du sport automobile à La Réunion».

Les services de l'État faisaient valoir que dans l'Hexagone l'organisation de rallyes sur des routes étroites, en milieu urbanisé, est «à ce jour quasiment inexistante».

Une comparaison qui traduit «une regrettable méconnaissance de ce type de manifestation pourtant historique et extrêmement populaire», a répliqué l'Association sportive automobile (ASA) de La Réunion, organisatrice de l'épreuve.

Sur l'île, «impossible d'avoir des tracés exclusivement en dehors des zones habitées. Il y a trop peu de zones où il n'y a pas d'habitations», souligne M. Payet.

 «Une religion»

Le dialogue a fini par aboutir. Réunis le 7 mai à la préfecture de Saint-Denis, services de l'État et Ligue du sport automobile de La Réunion ont acté «des avancées significatives», ouvrant la voie à la tenue de la course.

Plusieurs mesures concrètes ont été mises en place: des chicanes installées dans les zones jugées sensibles pour réduire la vitesse des véhicules et des caméras embarquées seront connectées en temps réel au PC course.

En cas d'incident, ce dispositif doit permettre d'activer immédiatement un drapeau rouge et d'interrompre la spéciale sans délai.

Un soulagement pour les amateurs, qui ne pouvaient se résoudre à voir disparaître une tradition. «C'est une religion à La Réunion», résume Yannis Sellaye, président de l'association automobile JAP974.

«La passion de la voiture a toujours été ancrée dans la culture réunionnaise», abonde Malik Unia, pilote de rallye depuis 36 ans, qui rappelle que la voiture reste un marqueur de réussite sociale sur l'île, connue pour ses embouteillages monstres. «Quand les voitures sont arrivées sur l'île, seuls les plus fortunés pouvaient s'en acheter une. À ce moment-là, une fascination est née», résume-t-il.

Pour les pilotes comme pour les organisateurs, il faut désormais prouver que courir en sécurité est possible.

Mais certains habitants n'y croient plus. «Nous sommes près d'un million, il n'y a plus une zone qui n'est pas urbanisée, c'est trop dangereux», juge Ibrahim Moullan qui alertait dès 2024 sur les dangers de ces courses. «Il est par ailleurs totalement anormal qu'il n'y ait aucun contact entre les organisateurs et la population (...) Comme riverains, nous ne pouvons plus sortir de chez nous une journée entière pour que ces courses aient lieu», juge-t-il.

 

Avec AFP