TRIBUNE. « N'oublions pas Haïti» par les sénateurs du groupe d'amitié France-Caraïbes et de la délégation sénatoriale aux Outre-mer

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TRIBUNE. « N'oublions pas Haïti» par les sénateurs du groupe d'amitié France-Caraïbes et de la délégation sénatoriale aux Outre-mer

Un an après l'adoption au Sénat d'une résolution alertant sur l'effondrement sécuritaire et humanitaire d'Haïti, une trentaine de sénateurs emmenés par Hélène Conway-Mouret (groupe d'amitié France-Caraïbes), Micheline Jacques (délégation sénatoriale aux Outre-mer) et les présidents des groupes socialiste, communiste et écologiste signent une tribune pluri-partisane commune et exclusive pour Outremers 360 ce 18 mai, jour de la fête du drapeau haïtien. Leur message : la crise s'aggrave, le silence s'installe, et la communauté internationale ne doit pas laisser Haïti à « l'indifférence du monde 

En ce 18 mai, les Haïtiens célèbrent leur drapeau bleu et rouge. Un emblème national érigé par les révolutionnaires ce même jour de l’année 1803, alors que font rage les combats contre l’armée napoléonienne. En arrachant au drapeau français sa couleur blanche, les généraux emmenés par Jean-Jacques Dessalines disent leur refus de la colonisation et du système esclavagiste. Leur combat conduira à la proclamation de l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804.

Première république caribéenne indépendante, celle qu’Aimé Césaire désignera comme la « Terre où la Négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité » s’érige en phare pour les consciences. Mais le pays marque également les esprits par les crises et catastrophes qui semblent inlassablement jalonner son destin. Les séismes politiques succèdent ainsi aux ravages causés par une nature aux sursauts impitoyables pour l’île.

Il y a un an, à l’initiative du groupe d’amitié France-Caraïbes, le Sénat adoptait une résolution visant à mobiliser la communauté internationale face à l’effondrement sécuritaire et humanitaire d’Haïti. Un an plus tard, l’urgence est intacte – et peut-être plus pressante encore. Pourtant, le silence s’installe. Comme si la répétition de la tragédie finissait par la rendre invisible.

Nous refusons cet oubli.

Haïti traverse aujourd’hui l’une de ses crises les plus profondes. Depuis l’assassinat du chef de l’État en 2021, les gangs étendent leur emprise et contrôlent désormais 90 % de la capitale. Ils ont fait plus de 5 900 morts en 2025, 16 000 au total depuis 2022. Sans compter les dizaines de milliers de blessés, de kidnappés et les femmes et filles victimes de viols, nouvelle arme de destruction massive pour semer la terreur et anéantir l’espoir. Cette violence extrême a provoqué un déplacement de population d’une ampleur dramatique. Le pays de 12 millions d’habitants compte plus d’1,4 million de déplacés internes. Ceux qui le peuvent fuient à l’étranger. Les autres restent – familles déracinées, vies suspendues.

La crise humanitaire est tout aussi alarmante. Selon le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, la moitié de la population, dont 3,3 millions d’enfants, a besoin d’aide humanitaire et souffre d’insécurité alimentaire aiguë. Plus de 60 % des Haïtiens vivent avec moins de 2 $ par jour. L’année 2025 constitue la septième année consécutive de récession économique et l’inflation culmine à près de 30 % par an. Les services essentiels – santé, eau, éducation – sont en voie d’effondrement.

Face à cette situation, le rétablissement de la sécurité en Haïti constitue une priorité absolue et le préalable indispensable à la reprise d'un processus politique de sortie de crise. C’était le sens de la résolution que nous avons portée il y a un an, c’est encore plus vrai aujourd’hui.

La communauté internationale n’est pas restée inactive, et la France continue d'apporter soutien financier et humain à Haïti. Une Force multinationale d’appui à la sécurité a été déployée en 2023. Par une résolution du Conseil de Sécurité du 30 septembre 2025, elle a été transformée en Force de répression des gangs, devant déployer à terme 5 500 militaires et policiers en Haïti. Environ 1 500 sont arrivés à ce jour et luttent pied à pied contre les gangs.

Nous souhaitons que cette force soit déployée au plein niveau de ses capacités dans les meilleurs délais, afin que les conditions minimales de sécurité soient réunies pour permettre l’organisation au plus vite d’élections présidentielle, législatives et municipales – les dernières datant de 2016. La population haïtienne, qui a déjà fait la preuve de sa résilience extrême, doit pouvoir choisir librement ses représentants et retrouver une vie normale, sans violence.

C’est pourquoi, un an après notre appel et en ce jour symbolique du 18 mai, fête du drapeau haïtien, nous voulons redire une chose simple : Haïti ne peut être abandonnée à l’indifférence du monde. N’oublions pas Haïti.

 

Sénateurs signataires :

Mme Hélène Conway-Mouret, présidente du groupe d’amitié France-Caraïbes

Mme Micheline Jacques, présidente de la délégation sénatoriale aux outre-mer

M. Patrick Kanner, président du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain

Mme Cécile Cukierman, présidente du groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky

M. Guillaume Gontard, président du groupe Écologiste - Solidarité et Territoires

Mme Marie-Do AESCHLIMANN

M. Jérémy BACCHI

M. Bruno BELIN

Mme Sophie BRIANTE GUILLEMONT

M. Ian BROSSAT

M. Olivier CADIC

M. Yan CHANTREL

Mme Catherine CONCONNE

M. Édouard COURTIAL

Mme Brigitte DEVÉSA

M. Sébastien FAGNEN

M. Christophe-André FRASSA

Mme Florence LASSARADE

M. Victorin LUREL

M. Didier MARIE

M. Akli MELLOULI

M. Alain MILON

Mme Guylène PANTEL

Mme Evelyne PERROT

Mme Annick PETRUS

Mme Olivia RICHARD

M. Dominique THÉOPHILE

Mme Marie-Claude VARAILLAS