Le 10 juillet 2026, Emmanuel Macron a reçu Cyril Ramaphosa à l'Élysée pour une visite officielle de trois jours. Parmi les invités du dîner d'honneur organisé ce soir-là en présence de familles de héros de la lutte anti-apartheid, Jean-François Hoarau, président de l'Université de La Réunion. Une présence inédite, qui illustre le rôle croissant de l'île dans la stratégie indo-pacifique française.
Les entretiens entre les deux chefs d'État ont abouti à ce qu'une source diplomatique française a qualifié de « grande convergence de vues » sur les crises au Moyen-Orient et en République démocratique du Congo. Les deux présidents partagent la même analyse de la « crise dans le Golfe et des conséquences économiques de la situation dans le détroit d'Ormuz », où le trafic maritime demeure très perturbé malgré l'accord conclu en juin entre les États-Unis et l'Iran. Sur la région des Grands Lacs, où l'armée congolaise affronte le groupe armé M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ils se sont accordés sur la nécessité d'« encourager les efforts régionaux pour la paix et la sécurité », l'Afrique du Sud y « jouant un rôle de stabilisation ». La situation à Madagascar, où le colonel Michaël Randrianirina est critiqué pour sa lenteur à réformer le pays, a également été évoquée.
Pour marquer le dynamisme de leur relation bilatérale, les deux pays ont décidé d'instituer un « dialogue annuel bilatéral au niveau des ministres des Affaires étrangères ». Cette visite officielle intervient en réponse à celle d'Emmanuel Macron à Johannesburg en novembre 2025, en marge du sommet du G20et après l'épisode du G7 d'Évian en juin, dont Ramaphosa avait été écarté, la France ayant invoqué une réduction du nombre de pays invités.
Parmi les convives du dîner, le Président de l'Université de La Réunion Jean-François Hoarau a confié avoir été lui-même surpris de son invitation. « Pour un Réunionnais, être invité à un dîner d'État avec le président de la République française et le président de la République sud-africaine, c'était effectivement une surprise au départ. Mais finalement, une présence qui se justifie totalement », dit-il.
Sa présence s'inscrit dans la stratégie indo-pacifique portée par la France. « Dans le cadre de cette stratégie, la Réunion, et en particulier l'Université de la Réunion, doit jouer un rôle majeur pour porter et décliner cette stratégie dans le bassin océan indien », explique-t-il. La légitimité de l'île tient aussi à des liens historiques avec l'Afrique du Sud : deux territoires marqués par l'histoire de la ségrégation raciale, l'apartheid d'un côté, l'esclavage et l'engagisme de l'autre, et une île qui, avant même que le monde occidental ne se mobilise, comptait des associations et des mouvements politiques qui défendaient déjà la libération de Nelson Mandela.
Coopérations académiques : des bases, mais des moyens manquants
Des partenariats existent déjà entre l'Université de La Réunion et plusieurs universités sud-africaines ( mobilité étudiante, projets de recherche sur l'énergie marine, la santé et les infections). Sur le plan institutionnel, l'Afrique du Sud et La Réunion représentant la France sont membres de l'Indian Ocean Rim Association (IORA), dans le cadre de laquelle a été créé l'UNIOR, un consortium dont l'Université de La Réunion et l'Université de Pretoria sont membres fondateurs.
Un obstacle politique qui freinait ces coopérations est en voie d'être levé : l'Afrique du Sud ne reconnaissait pas Mayotte comme île française, compliquant tout partenariat impliquant le territoire. « Maintenant, l'Afrique du Sud fait partie du programme Interreg. Ça va vraiment faciliter grandement le développement de partenariats futurs », note Jean-François Hoarau.
Pour la suite, il envisage des projets bilatéraux en sciences de la santé et, surtout, dans le domaine des sciences humaines et sociales,« trop peu exploité encore malheureusement », en sociologie et en géographie, en raison précisément des liens historiques communs. L'ambition à plus long terme est de déployer une stratégie à l'échelle de tout le bassin océan Indien, via le réseau de 7 à 8 universités de l'UNIOR.
Mais le président de l'Université de La Réunion pose une condition claire. « C'est bien d'avoir des ambitions, mais encore faut-il avoir les moyens de ces ambitions. Ce qui nous manque encore aujourd'hui, c'est les moyens nécessaires pour décliner rapidement cette ambition internationale. » Il reconnaît que la situation financière de l'université reste « compliquée », même si « on est en train de redresser la barre ».
Sur le fond géopolitique, Jean-François Hoarau est affirmatif : « Nous sommes les mieux placés aujourd'hui, les mieux structurés pour porter la stratégie indo-pacifique française et européenne dans notre bassin géographique. » Il insiste sur la nécessité que cette stratégie repose sur deux piliers : un pied dans l'océan Indien, un pied dans le Pacifique. Jean François précise travailler en ce sens avec la Nouvelle-Calédonie. « L'Indo-Pacifique est devenu une région stratégique très importante. La France doit défendre sa position, d'autant plus qu'elle est probablement le seul pays sur lequel le soleil ne se couche jamais, puisqu'elle est présente dans ces trois grands océans : le Pacifique, l'océan Indien et l'Atlantique. »
Sur le plan personnel, il retient de cette soirée « une très grande fierté ». « Je pense que c'est pas très souvent arrivé qu'un président de l'Université de la Réunion soit invité à un dîner d'État à l'Élysée en compagnie du couple présidentiel et d'un responsable d'un État important. Je suis très reconnaissant au couple présidentiel de faire confiance à l'Université de la Réunion pour porter la voix de la France dans notre bassin. »
La visite de Cyril Ramaphosa en France se poursuivait samedi avec des rencontres avec des chefs d'entreprise français, avant une commémoration dimanche du 110e anniversaire de la bataille du bois Delville à Longueval, dans le nord de la France, où plusieurs centaines de Sud-Africains furent tués pendant la Première Guerre mondiale.

