Le climat mondial est largement influencé par le phénomène El Niño, dû à une anomalie de la température des eaux de surface du Pacifique équatorial. Un nouvel épisode est en cours de formation et devrait très probablement débuter durant l’été 2026, entraînant des records de température, décuplés par le dérèglement climatique. Quel impact cela aurait-il dans les Outre-mer ? Le point avec une récente étude de Météo France.
Guadeloupe et îles du Nord, Martinique : dans ces territoires, les épisodes El Niño tendent généralement à rendre le climat plus chaud et, dans de nombreux cas, plus sec. L’effet le plus constant concerne les températures, qui augmentent en moyenne, surtout la nuit. Cela renforce la sensation de chaleur et peut accroître les situations d’inconfort thermique. En revanche, l’influence sur les précipitations est beaucoup moins prévisible. Même si une tendance à un temps plus sec est souvent observée, elle n’est ni systématique ni homogène selon les saisons.
« La réponse des pluies dépend fortement d’autres facteurs climatiques, comme les conditions dans l’Atlantique tropical ou la variabilité intra-saisonnière. (…) El Niño constitue un facteur important d’évolution du climat, mais son influence reste partielle et dépendante du contexte atmosphérique régional », souligne Météo France.
Guyane : « La phase El Niño apporte généralement des températures supérieures à la normale et des précipitations déficitaires en Guyane », relève l’étude. Toutefois, l’amplitude de ces écarts varie d’un épisode à l’autre, car les conditions atmosphériques globales influencent également la situation. Il devient donc difficile de tirer des conclusions générales en se basant uniquement sur l’indice qui mesure l’intensité d’El Niño.
Les effets d’un épisode El Niño sont à la fois directs et significatifs. En Guyane, ils influencent notamment l’étiage des fleuves, qui constituent un moyen essentiel de transport pour de nombreux habitants de l’intérieur, par opposition aux zones côtières. Ils favorisent également la remontée du biseau salin lors des périodes de basses eaux, un phénomène qui touche surtout les secteurs littoraux. Ces enjeux rendent la surveillance du phénomène particulièrement cruciale pour le territoire.
Anticiper le climat futur en Guyane
La Réunion et Mayotte : dans ces régions, El Niño influence le déroulement de la saison des pluies. Ce bassin de l’océan Indien se distingue par la présence d’autres anomalies océaniques susceptibles d’amplifier les effets de ce phénomène. On observe en moyenne un cumul saisonnier de précipitations supérieur à la normale, même si, à La Réunion, la répartition reste très contrastée en raison du relief. Les températures, quant à elles, se situent généralement au‑dessus des valeurs habituelles tout au long de la saison. El Niño exerce également une influence sur l’activité cyclonique de la zone. Toutefois, il ne modifie pas le niveau d’exposition des territoires à ce risque : on reste en moyenne autour d’un impact cyclonique par an.
« Comme La Réunion, Mayotte est confrontée aux spécificités du bassin de l’océan Indien, tout en étant localisée plus au nord. Elle est ainsi plus impactée par l’activité supplémentaire du dipôle de l’océan Indien qui intervient au début de la saison des pluies. Pour cette île, l’impact moyen est généralement positif sur le cumul de précipitations, globalement excédentaire sur le territoire. Les températures sont également généralement au-dessus des normales », observe Météo France.
Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna : sur le Caillou, « El Niño–oscillation australe » (ENSO) constitue la principale source de variabilité interannuelle des précipitations et des températures. Les précipitations y sont fortement influencées par ce phénomène, surtout durant la saison chaude, avec un impact particulièrement marqué dans le nord de la Grande Terre et sur les îles Loyauté. Les épisodes El Niño s’accompagnent généralement d’un risque accru de sécheresse, tandis que les températures minimales ont tendance à être anormalement basses.
« À Wallis-et-Futuna, qui se trouve le plus souvent en bordure des anomalies froides et chaudes de température de l’océan, ENSO n’a pas ou peu d’impact significatif sur la pluviométrie et la température », indique l’étude.

Polynésie : la variabilité climatique due à ENSO concerne les pluies, les températures et l’humidité, avec un impact hétérogène sur cet immense territoire. « En moyenne, les épisodes El Ninõ augmentent les cumuls de pluies sur l’archipel des Marquises et, à l’inverse, les diminuent sur les Australes. Les pluies fortes et extrêmes sont notamment plus fréquentes et intenses aux Marquises durant les phases El Ninõ. (…) Par ailleurs, il a été observé qu’en moyenne les phases El Ninõ favorisaient la formation des cyclones sur le bassin », précise Météo France.
Les pannes d’alizés associées à la phase El Niño, combinées à une hausse de la température et de l’humidité, entraînent une augmentation des situations différenciées où les températures ressenties sont particulièrement élevées aux Marquises et dans l’archipel de la Société. À l’inverse, dans les Australes, les phases El Niño s’accompagnent en moyenne d’un temps plus frais et plus sec.
Saint-Pierre-et-Miquelon : contrairement aux territoires d’Outre‑mer situés en zones tropicales ou subtropicales, la prévisibilité des conditions saisonnières à Saint‑Pierre‑et‑Miquelon est nettement plus limitée. « L'influence éventuelle d'un épisode El Niño y est non systématique, et dépendra notamment de la réponse en circulation atmosphérique sur l'Atlantique Nord », conclut l’étude de Météo France.
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