ÉCOUTEZ OUTREMERS 360 RADIO

Outremers 360°
Toute l'actualité des Outre-mer à 360°
Portrait. De la Martinique à Bruxelles, David Monthieux cultive l’art discret de servir, aux portes du pouvoir européen
© DR / Martin Lahousse

À 26 ans, David Monthieux évolue dans l’un des lieux les plus symboliques de la démocratie européenne : le Parlement européen. Huissier rattaché à la direction générale de la présidence, il côtoie ministres, chefs d’État, prix Nobel, députés et hautes personnalités. Mais lorsqu’il évoque son quotidien, au cœur du protocole européen, ce jeune Martiniquais ne parle ni de prestige, ni de pouvoir. Il parle d’abord de service, de rigueur, d’humilité et de travail. Pour Outremers360, il nous ouvre les portes de son univers.

 

Aux portes du Parlement européen

 « Le mot huissier vient de l’ancien français huis, qui signifie la porte », rappelle David.  Historiquement, l’huissier est celui qui veille à l’accès, ouvre ou ferme la porte, accompagne l’entrée dans un lieu réservé. Au Parlement européen, cette fonction conserve toute sa portée concrète et symbolique : « assurer le bon déroulement des réunions, des séances et des cérémonies, veiller au protocole, maintenir le calme lors des sessions et garantir la fluidité des interventions comme des prises de parole. » Un rôle qui exige aussi d’être physionomiste : savoir reconnaître les députés, les personnalités attendues, identifier rapidement les interlocuteurs autorisés et anticiper leurs déplacements dans un environnement où chaque minute compte.

Cette discrétion et cette humilité, David Monthieux les a faites siennes. Même s’il côtoie des personnalités de premier plan, il ne perd jamais de vue sa mission : accueillir, accompagner et servir l’institution avec justesse et respect. « Ce n’est pas parce que je les côtoie que je suis au même niveau », confie-t-il. Pour lui, cette lucidité est essentielle : quel que soit le rang occupé dans la société, « il faut avoir le sens du service ».

Des palaces parisiens aux grandes scènes internationales : une trajectoire d’exigence

Né en Martinique, où vivent encore ses parents, David quitte son île à 15 ans pour poursuivre ses études à Paris puis à Dublin. Après avoir obtenu un master Programme Grande École en management interculturel, et complète son parcours par un MBA spécialisé en expérience client. Une formation solide qui l’amène naturellement vers les métiers de contact, d’accueil et de service.

Il choisit ensuite de s’orienter vers la sécurité, un secteur porteur en France, dans lequel il peut valoriser son expérience de militaire de réserve, engagement qu’il a poursuivi pendant ses études. Pour lui, ce domaine représente aussi un défi en lien avec sa formation : comment conjuguer exigence, vigilance, sens du service et qualité de l’expérience offerte aux personnes accueillies ?

C’est ainsi qu’il travaille dans trois palaces parisiens, où la sécurité s’exerce dans un environnement d’excellence. En parallèle, animé par le goût du terrain et la découverte de nouveaux univers, il intervient sur de grands événements internationaux, comme Roland-Garros et le Tour de France. Il s’engage alors comme secouriste bénévole avec la Croix-Rouge, dans le cadre des Jeux olympiques 2024. Plus tard, au Luxembourg, David Monthieux travaille pour une entreprise, qui intervient notamment auprès de ministères et d’institutions européennes. Au vu de son parcours et de son expérience, on lui conseille alors de postuler directement au sein des institutions européennes. Il passe par le site EPSO, European Personnel Selection Office, qui rassemble les offres des institutions et agences européennes. Quelques mois plus tard, il est recruté. Le 3 mars 2025, il arrive à Bruxelles à la direction de la logistique et de l’interprétation des conférences. Un peu plus d’un an après, le 1er avril 2026, il intègre la direction du protocole du Parlement européen : « C’est un poste unique. Avant, nous étions une cinquantaine d’huissiers de conférence ; aujourd’hui, au protocole, je suis le seul à occuper cette fonction. »

Dans les coulisses du protocole européen

Ses journées ne se ressemblent pas. A la direction générale de la présidence, il accompagne des cérémonies, des événements institutionnels, des visites de hautes personnalités, les cérémonies de signatures des lois.

Le décor pourrait impressionner. Les tapis rouges, les haies d’honneur, les uniformes de cérémonie appelés les fracs, les rencontres au plus haut niveau. Pourtant, David garde les pieds sur terre. Le frac, inspiré de l’Assemblée nationale française, n’est pas pour lui un costume de prestige, mais un uniforme de responsabilité. Il représente une fonction, une institution. Et dans ce cadre, chaque détail compte : les drapeaux, les fleurs, les boissons disposées sur les tables, l’ordre d’entrée, les gestes et les silences.

Des valeurs ancrées, une ambition sans bruit

Ce goût du détail dit beaucoup de David Monthieux. Dans son travail, rien ne semble laissé au hasard. Il avance avec exigence et constance. Il ne se contente pas d’occuper un poste, il se forme régulièrement et approfondit sa connaissance des institutions européennes. « Je cherche continuellement à m’améliorer », résume-t-il simplement. Chez lui, l’ambition n’a rien de tapageur. Elle se vit de l’intérieure.

Son premier conseil tient en quelques mots : apprendre à éclairer son chemin. « La première chose à faire, c’est se renseigner. On ne peut pas avancer à l’aveugle. Il faut éclairer son environnement, le chemin. Et pour oser marcher sur ce chemin, il faut croire en soi. »

© Younous Omarjee

David Monthieux parle aussi de gratitude, comme d’une force discrète mais essentielle. « Exprimer de la gratitude, ça rajoute une autre dimension à notre vie et à notre travail. C’est quelque chose de moins tangible, mais de très puissant. » À ses yeux, l’ambition ne peut tenir dans la durée que si elle s’accompagne d’une capacité à accepter les épreuves : « Il faut se rappeler que l’échec est quelque chose de normal. Il nous permet de nous renforcer, de nous améliorer, et aussi de mieux savourer la victoire qui nous attend. »

Il ne nie pas les obstacles, mais refuse d’en faire une excuse pour renoncer. « Il ne faut pas se résigner », affirme-t-il. Avec le recul, il le reconnaît : certaines choses qu’il désirait autrefois l’auraient peut-être empêché d’être là où il est aujourd’hui.

Cette force intérieure s’est aussi construite dans une forme de solitude fondatrice. « J’ai grandi dans une famille monoparentale et j’ai commencé très jeune à vivre seul. Je pense que cette solitude m’a aussi permis de développer une forme d’introspection. » De cette expérience, il retient une autre leçon essentielle : bien choisir son entourage. « De toute façon, on est toujours influencé, c’est une réalité. C’est pour cela qu’il faut bien choisir son cercle. » Pour lui, avancer suppose parfois de prendre de la distance avec certaines relations, même lorsqu’elles paraissent agréables au premier abord. « Il faut vraiment très bien s’entourer, parce que, qu’on le veuille ou non, on est influencé. »

Son parcours porte enfin la marque d’un engagement total. Son énergie est consacrée à construire patiemment sa trajectoire. « Je n’ai pas connu beaucoup de vacances ces dernières années, avant d’entrer au Parlement », confie-t-il. Depuis son départ de la Martinique à 15 ans, il n’y est retourné que deux fois, « pour des décès », précise-t-il. Cette année, pour la première fois, il y retournera à Noël « pour le plaisir ».

Chez David Monthieux, la réussite ne se raconte donc pas comme une ascension spectaculaire, mais comme une discipline de chaque jour.

Unie dans la diversité

La devise de l’Union européenne, « Unie dans la diversité », résonne particulièrement dans son histoire. Il dit se sentir à sa place dans cet univers, tout en souhaitant voir davantage de personnes venues des Outre-mer travailler à ses côtés. « Je suis issu de la diversité, et c’est aussi pour cela que je me sens pleinement à ma place dans cet environnement multiculturel, dont la devise est “Unie dans la diversité”. J’aimerais voir davantage de personnes issues des Outre-mer travailler à mes côtés. Quand j’en vois, c’est toujours un grand plaisir. »

David Monthieux appartient à cette génération qui avance sans bruit. Dans un monde où la réussite se confond souvent avec la visibilité, son parcours d’homme de l’ombre, raconte autre chose : la dignité du service, la noblesse de la discrétion, la force du travail bien fait. Et peut-être est-ce, justement, ce qui rend le parcours de David Monthieux admirable.