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Martinique : des résultats encourageants pour le projet de production de bananes biologiques BANABIO, selon le Cirad
Site expérimental de culture de bananes biologiques en Martinique ©C. Guillermet/Cirad

Après sept ans d’expérimentation, le dispositif BANABIO (Conception et évaluation de systèmes de culture innovants de BANAne BIOlogique), coordonné par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) en Martinique, démontre la faisabilité de la production de bananes en agriculture biologique et en agroforesterie, d’après une note de cet organisme. Il fournit des références inédites pour soutenir la transition agroécologique de la filière, assurer la santé des parcelles et explorer l’association avec le cacao comme levier de viabilité économique.

Mis en place en 2019, le projet BANABIO compare trois types de culture de la bananeraie martiniquaise : un système conventionnel, qui implique l’utilisation d’engrais minéraux et de produits phytosanitaires autorisés ; un système biologique, excluant les intrants de synthèse au profit d'amendements organiques ; et un système « agroforestier biologique », combinant bananiers, cacaoyers et autres arbres pour renforcer la fertilité des sols et la biodiversité. Objectif : évaluer, dans une perspective de long terme, l’efficacité agronomique, économique et environnementale de ces différents systèmes, pour déterminer les itinéraires techniques les mieux adaptés aux conditions spécifiques de la filière banane en Martinique.

Le Cirad observe que jusqu’à présent, l’état sanitaire demeure maîtrisé pour chaque système, avec notamment peu de dégâts causés par le charançon noir. « La cercosporiose noire demeure toutefois le principal défi phytosanitaire. À partir de 2023, les bananiers conduits en agroforesterie conservent davantage de feuilles fonctionnelles jusqu'à la récolte que ceux cultivés en monoculture, suggérant un effet favorable du microclimat sur la bio régulation du champignon créé par les arbres de service (arbres cultivés dans la même parcelle agricole que la culture de rente, avec pour objectif d'améliorer les fonctions de l'agroécosystème, ndlr) », précise le centre de recherches.

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Les résultats du dispositif BANABIO « confirment qu'une production de bananes biologiques est techniquement possible en Martinique », affirme le Cirad. Entre 2019 et 2024, les rendements moyens de la production de bananes ont représenté 67,6 tonnes/hectare/an en système conventionnel, 53,4 t/ha/an en agriculture biologique et 27,3 t/ha/an en agroforesterie. Parallèlement, les résultats soulignent l’intérêt de la diversification des productions. Les cacaoyers associés aux bananiers ont atteint en 2024 un rendement de 911 kg/ha de fèves sèches, pour dépasser 1,1 tonne/ha en 2025. Ces performances confirment le potentiel économique du cacao comme source de revenu complémentaire et renforcent la pertinence des systèmes agroforestiers dans une perspective de durabilité. 

Vue aérienne de la parcelle BANABIO ©J. Sainte-Rose/Cirad

Le projet Optimisation et Évaluation de systèmes innovants de culture de Banane biologique (OPEBAN) qui utilise les résultats du dispositif BANABIO a par ailleurs identifié trois leviers principaux d’optimisation : la fertilisation, la gestion de l'enherbement et la conduite des arbres de service. Par exemple, « le dispositif a testé, dans les deux modalités biologiques, un engrais organique élaboré majoritairement à partir de ressources locales afin de réduire la dépendance aux fertilisants importés. La valorisation des résidus de taille des pois doux (Inga ingoides) a été optimisée en l’utilisant comme paillage dans les parcelles. Les restitutions atteignent jusqu'à 11,1 tonnes de matière sèche par hectare, représentant près de 5 tonnes de carbone et 164 kg d'azote restitués au sol après un élagage, contribuant ainsi à renforcer l'autonomie du système en matière de fertilisation », rapporte le Cirad.

 Les travaux démontrent également que la fermeture de la canopée et l’accroissement des restitutions de biomasse réduisent naturellement le développement des adventices (pour les agriculteurs, plante qui pousse spontanément dans une zone cultivée ou aménagée sans y avoir été introduite intentionnellement, ndlr). Le débroussaillage diminue ainsi progressivement, rendant les coûts d’enherbement en agroforesterie comparables à ceux du conventionnel, sans recours aux herbicides. L’émondage manuel des arbres permet en outre de réduire fortement les coûts d’entretien, tout en maintenant les bénéfices agronomiques liés à la biomasse et à la fertilisation organique.

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Le projet BANABIO « permet, sur le long terme, un suivi détaillé de la croissance des bananiers (floraison, récolte, poids des régimes, développement végétatif, qualité des fruits), de la production de cacaoyers, de la fertilité des sols, de l'état nutritionnel des cultures ainsi que de la biodiversité des organismes du sol », constate le Cirad.

Depuis 2024, le dispositif a été complété par des stations météorologiques, des tensiomètres et divers capteurs, assurant une analyse continue des conditions climatiques et hydriques des parcelles. Toutes ces observations génèrent un ensemble de données essentielles pour étudier l’impact différencié des systèmes de culture et les interactions entre climat, sols, biodiversité et efficience agronomique. Ces résultats constituent un socle scientifique pour la conception des systèmes bananiers du futur, afin de les rendre plus robustes face aux effets du dérèglement climatique.